Inspecteurs en colère !



Il semble finalement que la situation soit plus préoccupante qu’il n’y paraît, monsieur Chatel… Passe encore que les instits soient mécontents (et même un peu plus) au point par exemple d’entrer en « résistance pédagogique »… De toute façon, un instit est mécontent par nature, par paresse ou par calcul, on ne peut attendre rien de bon de ce corps-là. Mais si les Inspecteurs s’y mettent, alors là… Car les inspecteurs sont les hauts cadres de l’Education Nationale, tout de même !

Tout d’abord il y a les Inspecteurs de circonscription (IEN, Inspecteur de l’Education Nationale), ceux qui gèrent des groupes d’écoles et chapeautent des enseignants, qu’ils inspectent. Accessoirement, ce sont eux qui doivent veiller aux remplacements des instits. Et, forcément, ils sont eux aussi confrontés au manque d’effectifs, donc mis dans la panade dès lors que le nombre de remplaçants diminue sans cesse. Ainsi cette IEN de Versailles qui, le 10 janvier dernier, envoie un courrier à son supérieur, l’Inspecteur d’Académie (grand manitou de l’académie, donc) des Yvelines. Dans ce courrier, révélé sur le site « Sauvons l’école » et accessible ici dans son intégralité, voici ce que dit l’IEN :


« Je me permets de porter à votre connaissance les difficultés rencontrées dans les écoles de la circonscription de Versailles pour assurer le remplacement des maîtres absents. (…) Plusieurs signes inquiétants attestent clairement de la dégradation de l’image de l’école aux yeux des parents d’élèves et de l’inquiétude des élus. (…) Plusieurs directeurs m’ont signalé des démarches massives de parents d’élèves pour inscrire leurs enfants dans l’enseignement privé, suite aux difficultés de remplacement rencontrées dans ces écoles. (…) Les enseignants qui doivent régulièrement supporter la charge d’élèves d’autres classes sont confrontés à des effectifs pléthoriques et montrent des signes de fatigue (d’où un probable effet « boule de neige »). (…). Tous ces signes me semblent inquiétants pour l’avenir de l’école publique à Versailles et ont un effet extrêmement décourageant sur tous les enseignants, fidèles au poste, qui œuvrent chaque jour pour la qualité du service public d’éducation ».


Puis l’inspectrice présente un bilan chiffré : sur 29 remplaçants, 11 sont sur des postes à l’année (des postes vacants en début d’année, c'est fou je croyais qu'il y avait trop de profs...) plusieurs sont en remplacements pour une longue durée, il ne reste que 4 instits remplaçants disponibles sur toute la ville (85 000 habitants). Conséquence, la semaine de la rentrée, 16 classes n’ont pu être remplacées. Et dans les semaines à venir, 4 départs en congé maternité sont à prévoir…


A la lecture de cette lettre, on se remémore certaines réflexions développées ici même sur les suppressions de poste, mais aussi sur les écoles privées et la bienveillance du gouvernement à leur égard…

Les IEN sont traditionnellement et structurellement des personnes dévouées à l’administration, fonctionnaires d’un certain rang faisant fonctionner dans tous les rangs, appliquant les circulaires et les décrets et les faisant appliquer sans la moindre discussion. C’est dire à quel point cette lettre étonne et laisse penser que la grogne s’étend.

Mais ce n’est pas tout. Car au-dessus des IEN, il y a l’Inspecteur d’Académie (IA). Lui c’est le big boss, après il n’y a plus que le Recteur, et le Ministre. Et bien figurez-vous que le Syndicat des Inspecteurs d’Académie (SIA) vient de publier un communiqué. Tenez-vous bien.


« Le SIA relève le grave manque d’ambition des politiques ministérielles qui portent depuis plusieurs années atteinte à la qualité du Service Public d’Education Nationale – suppression de postes par milliers – avec une nette aggravation prévue au budget 2011, fermetures de classes, diminution des possibilités d’accueil des enfants de deux ans à l’école maternelle, disparition des RASED, (…) hausse des effectifs des classes (…). Le SIA, dont les membres assurent avec engagement et loyauté leurs missions au service du système éducatif sont particulièrement soucieux de la réussite des élèves et notent avec inquiétude le blocage de « l’ascenseur social » qui fonctionnait grâce à l’école publique. Cette situation porte en elle les germes de graves périls pour l’avenir du pays. (…) Cette prise de position publique de hauts fonctionnaires de l’état doit contribuer à éclairer chaque citoyen sur les graves conséquences qu’aurait pour la jeunesse de France la mise en œuvre du budget 2011 tel qu’il est actuellement arrêté ».


Et le SIA d’appeler ses adhérents et proches à participer à la journée d’action du 22 janvier prochain « de la façon qui leur paraîtra la plus appropriée à leur situation personnelle ».

Comme le note Sébastien Rome sur Mediapart :

« Pour dire les choses clairement, il n’y a plus que 32 personnes qui n’appellent pas à manifester : les 31 recteurs d’académie et le Ministre Luc Chatel ! ».

Quand je vous dis, Monsieur le Ministre, que l’heure est grave.


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