Les français et l’Union Européenne : un désamour assumé le 25 mai ?

Francetv info/ ADAM BERRY/Bloomberg/Getty Images

 

Le scrutin du 25 mai risque bien d’être un révélateur des coûts et avantages de l’UE tels que ressentis par les européens eux-mêmes. Les Eurobaromètres qui présentent l’avantage de sonder de façon homogène tous les européens sont une source d’information pertinente. Elle souffre cependant de ruptures statistiques et de la modification dans le temps des questions posées.

Relever les tendances moyennes établies sur l’ensemble des pays membres, et isoler le cas de la France, conduit à un benchmarking riche en enseignements sur le "désir d’Europe" des européens. Alors stop ou encore à l’Europe ? Quelle Europe ? Europe sociale, économiquement responsable ? soucieuse des questions environnementales ?...

Les forces politiques en présence affûtent leurs discours programmatiques en marquant leurs différences sur les questions de la taille de l’Europe, de l’Europe comme un recours aux problèmes nationaux ou au contraire, de l’Europe comme une contrainte, un frein à l’expansion. Retour à une Europe des six, poursuite de l’élargissement, ou pause de l’ouverture ? Les propositions ne manquent et sont soutenues par des arguments de natures économique, sociale mais aussi politique voire diplomatique.

Mais que pensent les électeurs, que révèlent-ils lors des sondages? des éléments de réponses sont à trouver dans les Eurobaromètres.

Le jugement sur l’appartenance à l’UE

En 2008 (dernière date de l’Eurobaromètre 70) la moyenne des européens (27 Etats membres)  reconnaissait à 53% que l’appartenance à l’Union Européenne était une bonne chose (contre 15% une mauvaise chose). En France le soutien à l’UE était de 49% contre 21% de rejet. Notons qu’en 2007 –avant la crise internationale- l’adhésion était à son plus haut (60%) tandis qu’en 2004 elle atteignait un point bas de 43%.

Il y a aussi beaucoup d’indétermination en la matière, puisque la plupart des européens, tout comme les français, font pour un peu plus du quart d'entre eux, une réponse sous forme de ni-ni.

Les bénéfices nationaux de l’adhésion européenne

L’Union Européenne est source d’avantages pour 56% des européens en moyenne, en 2008, contre tout juste 51% des français. Mais 38% des français ne voient pas de bénéfices à l’UE (31% des européens en moyenne).

Degré de confiance dans l’institution européenne

Le questionnaire des Eurobaromètres (Standard 80) a évolué, de sorte que l’on a une rupture statistique avec les questions posées précédemment. Néanmoins, on constate (automne 2013) que la confiance dans l’Union Européenne a fortement chutée entre 2004 et 2013. A un plus haut de 57% en 2007 sur la moyenne des européens, elle n’est plus que de 31% en 2013.

Le poids estimé de l’électeur par l’électeur : « Ma voix compte-t-elle en Europe » ?

Pour deux tiers des européens il est difficile de se faire entendre, c’est aussi ce que pensent près de 6 français sur 10. Ainsi, seuls 29% des européens et 36% des français considèrent que l’Europe est à l’écoute de leurs préoccupations.

Les sujets au cœur des préoccupations

Pour les européens (à 49%) comme pour les français (à 59%), la principale préoccupation en 2013 reste le chômage. On observe cependant 10 points d’écart entre ces deux groupes. La situation économique, puis l’insécurité sont les thèmes cités ensuite par les français, tandis que la moyenne des européens place en 3° position l’inflation juste avant la dette publique.

Le jugement sur la stratégie européenne 2020

Parmi les 7 mesures de la stratégie européenne 2020, les européens ont classé en tête l’aide aux exclus (qui est un sujet important pour 81% d’entre eux), puis la modernisation du marché de l’emploi (à 80% en moyenne avec une fourchette comprise entre 93% en Slovaquie contre seulement 70% en France), et le développement d’une économie moins consommatrice de ressources naturelles et moins génératrice de gaz à effet de serre (à 75% en moyenne contre 71% en France, mais 92% en Suède et seulement 64% au Royaume-Uni).

L’aide à la compétitivité de l’industrie (70% en moyenne), l’enseignement (69% en moyenne) et la recherche (61% en moyenne, mais 52% en France), et enfin l’e-économie (50% en moyenne, mais 32% en France) n’arrivent qu’après ces priorités. Est-ce à dire qu’en moyenne les européens seraient plus favorables à une Europe plutôt sociale et verte ?

Finalement, l’Europe fait-elle le bon choix des remèdes à la crise ?

La réponse est plutôt ambigüe. Ce sont les pays hors zone euro, qui jugent plus explicitement l’UE efficace, et considèrent à 51% que l’on va dans la bonne direction (contre 24% ayant un jugement opposé). En revanche, les pays de la zone euro sont plus sévères. Ils ne sont que 38% à estimer que l’Europe a fait les bons choix, contre 33% à penser le contraire.  C’est en France que le jugement est le moins tranché, puisque 40% approuvent les choix quand 37% les désapprouvent.

Plus de 60% des français et des européens restent favorables à l’euro. Ce soutien est plus fort, chez les classes dites moyennes et supérieures, alors qu’il est tout juste majoritaire chez les ouvriers. Les discours anti-euro développés par les partis d’extrême droite en général, ou le FN en France, s’adressent à dessein à ceux que les politologues ont appelés « les gaucho Lepénistes ». Electeurs issus de la classe ouvrière qui sont passés de la gauche au FN.

La France : un cas à part, qui pourrait annoncer un nouveau vote sanction ?

Le rapport national pour la France de l’Eurobaromètre (standard 80) publié à l’automne 2013, est à la fois révélateur et inquiétant. Il donne en effet l’image d’une France isolée au sein de l’Europe, et qui semble aussi aller à contre-courant d’une tendance européenne.

Ainsi, quand on leur demande de juger la situation économique, les français sont très critiques et disent à 91% la situation « mauvaise », quand Suédois ou Allemands sont à plus de 80% satisfaits.

Un pessimisme que l’on retrouve dans l’appréciation de la crise et de ses effets sur l’emploi. Ainsi, pour deux tiers des français "le pire est à venir". C’est aussi ce que pense un européen sur deux en moyenne.

Ce constat, pourrait aussi traduire un manque de crédibilité des annonces présidentielles et gouvernementales françaises. En envoyant sans relâche des messages se voulant rassurants, l’exécutif a -jusqu'à présent-  pêché par excès de confiance. Il a brouillé la communication en annonçant l’inversion de la courbe du chômage pour fin 2013. Et à en croire les Eurobaromètres, les français restent convaincus à 41% que les douze mois à venir seront moins bons en matière d’emploi. Moins de deux français sur 10 pensent l’inverse et le double envisage le statu quo. Un jugement, traduisant  là encore, une plus grande défiance, comparé à ce qu’expriment la plupart de nos voisins européens.

D’un point de vue personnel, un français sur deux envisage une stabilité de sa situation financière et professionnelle. Paradoxalement, seuls 5% des sondés voient leur situation professionnelle se dégrader.

Ajoutons que plus de huit français sur dix se disent  "satisfaits de leur vie en général". La comparaison avec des cas de crises plus profondes comme celles sévissant chez certains voisins comme la Grèce, ou le Portugal, a peut-être appris aux français à relativiser.

Quelles conséquences attendre pour le scrutin ?

On ne peut qu'être inquiets lorsque l'on analyse ces jugements fondés sur des constats empiriques de situations réelles. D’autant que ces constats sont encore corroborés par les jugements plus « subjectifs », comme ceux fondés sur l’image de l’Europe.

Depuis 2011 on a observé une dégradation de l’image de l’Europe au sein de ses membres. Depuis 2013 elle ne bénéficie d’une bonne image qu’auprès de 31% des sondés quand 26% la jugent mauvaise. En France l’appréciation est plus sévère encore, avec un tiers de jugements négatifs contre 31% d’avis positifs. Globalement, ce sont les cadres qui ont une bonne image de l’Europe, à 51% contre seulement 21% des ouvriers. Une fois encore se profilent des choix électoraux qui risquent d'arbitrer entre partis pro-Europe versus  partis  anti-Europe.

Si plus d’un français sur deux (et 44% des européens en moyenne) considèrent que l’Europe ne protège pas des méfaits de la mondialisation. Ils sont cependant 85% à penser que "sans l’Europe cela serait pire" !

L’avenir de l’Union Européenne, est envisagé avec optimiste dans une majorité des Etats membres, mais pas en France. Une fois de plus les français se distinguent en étant majoritairement pessimistes (56%).

Le cas particulier de la France dénote en Europe par l'excès de pessimisme, la sévérité des jugements, le manque de confiance dans l’avenir et dans les promesses des politiques. Tout ceci ne laisse pas augurer un plébiscite en faveur de l’Europe le 25 mai. Est-ce à dire pour autant que des partis s’affichant anti-européens arriveront en tête ? C’est une autre question.

 

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