Les effets surprenants du stress sur votre santé

Michelle Robinson

Pensez-vous que le stress puisse nuire à votre santé ?

Sans hésitation, vous répondez "oui" à cette question (près de 34 % d'entre vous estiment même le stress affecte beaucoup la santé). Il est en effet de notoriété publique que le stress est un facteur de risque de certaines maladies comme le diabète, l'obésité, l'hypertension, la dépression ou les maladies cardiovasculaires.

Et maintenant une 2ème question plus tordue : pensez-vous que le simple fait d'être persuadé que le stress puisse nuire à votre santé soit aussi un facteur de risque ?

Voici les éléments de réponse à cette étonnante question…

Définition du stress

D'un point de vue physiologique, le stress est une réaction défensive de votre organisme provoquée par un évènement qui menace son équilibre. Vous ressentez un état de stress lorsque les exigences de votre environnement mettent à l'épreuve vos capacités d'adaptation. Mais les effets d'un même évènement stressant peuvent être différents selon les individus. Ce n'est en effet pas seulement la nature de l'évènement stressant qui détermine la réponse de stress, mais également la manière dont vous percevez cet évènement et les ressources dont vous disposez pour y faire face. On parle alors de "stress perçu" pour souligner ce caractère subjectif de la réponse.

Les effets du stress sur votre santé

Plusieurs hypothèses ont été proposées pour expliquer les liens entre stress perçu et pathologies. D'une part, le stress peut augmenter les risques d'apparition de maladies par le biais de mécanismes biologiques, tels que qu'une augmentation de la fréquence cardiaque et de la tension artérielle ou une élévation de la sécrétion de cortisol. D'autre part, ce risque peut augmenter indirectement via des comportements tels que la consommation de tabac ou d'alcool.

Au-delà du stress perçu : le stress du stress

Une étude parue en 2013 dans l'European Heart Journal à cherché à savoir si les personnes qui déclarent que le stress nuit à leur santé courent un risque accru de coronaropathie, comparativement à celles qui déclarent que le stress n'a pas d'impact négatif sur leur santé (la coronaropathie est la forme la plus courante de maladie du coeur et survient lorsque les artères coronaires se rétrécissent ou sont obstruées). En d'autres termes, les auteurs de cette étude ont cherché à savoir si le simple fait de penser que le stress puisse être mauvais pour la santé pouvait en soi être un facteur de risque de coronaropathie.

7268 participants à l'étude ont été suivis pendant 18 ans. Sur cette période, 352 participants sont décédés d'une maladie coronarienne ou ont été victimes d'un infarctus du myocarde. Les auteurs ont montré que les participants ayant déclaré au début de l'étude que le stress pouvait affecter énormément leur santé avaient un risque plus important de mourir d'une maladie coronarienne ou d'être victime d'un infarctus par rapport aux participants qui n'ont pas rapporté d'effet du stress sur leur santé. Ce lien est statistiquement significatif, alors même qu'ont été pris en compte les autres facteurs de risque relatifs aux variables biologiques, comportementales ou psychologiques (comme les niveaux de stress perçu ou de soutien social). En résumé, les individus qui rapportent que le stress peut être néfaste pour leur santé ont un risque accru de pathologies coronariennes indépendamment de leur niveau de stress perçu (c. à d. à niveau de stress perçu équivalent).

En plus des caractéristiques objectives des évènements stressants et du niveau de stress perçu, la perception de l'impact du stress sur la santé serait donc une variable supplémentaire à prendre en compte pour expliquer les différences individuelles dans les réponses de stress.

L'enjeu de tels résultats sur les politiques de santé : les effets paradoxaux de la prévention du stress

Ces résultats font froid dans le dos1. Car en plus de votre niveau de stress perçu, c'est également votre perception de l'impact du stress sur votre santé qui pourrait aussi prédire l'apparition de maladies. En matière de santé publique, c'est à se demander si certaines annonces de prévention sanitaire ne devraient finalement pas être limitées. Des campagnes d'information sont en effet régulièrement menées par les autorités de santé et relayées par les médias pour vous mettre en garde contre le trop plein de stress. Mais à force de vous avertir des conséquences néfastes du stress sur votre santé, de tels messages de prévention, a priori louables, ne risqueraient-ils pas au contraire de vous rendre plus malades encore ?

Pour aller plus loin : comment expliquer les résultats de cette étude ?

Pour les plus acharnés d'entre vous, il reste une question encore sans réponse : comment expliquer que le simple fait de penser que le stress puisse impacter votre santé soit néfaste pour votre santé ?

Si l'on vous dit qu'il faut absolument que vous ne soyez pas trop stressés car cela pourrait mettre votre santé en danger, vous risquez alors de tout faire pour ne pas être stressé en vous engageant dans des comportements d'évitement et de lutte souvent contre-productifs, puisque les évènements stressants restent inévitables ! Or il a été démontré que ces évitements et ces luttes conduisent justement à l'apparition de symptômes psychologiques (l'évitement est par exemple corrélé avec les troubles anxieux). La boucle est bouclée : l'évitement du stress crée du stress qui peut nuire à votre santé.

Et ce n'est pas fini. Il arrive malgré tout que vous réussissiez réellement à éviter des situations stressantes ou à mettre en place des stratégies pour échapper à court terme à des évènements pénibles. Vos comportements d'évitement et d'échappement sont alors encouragés à se reproduire dans le futur (on dit qu'ils sont renforcés). Ce qui veut dire que plus vous cherchez à éviter, plus vous éviterez !

Enfin, tout ce temps et cette énergie dépensés à vous battre contre des moulins à vent ont également l'inconvénient de vous éloigner de ce qui compte vraiment dans votre vie. C'est en quelque sorte du temps en moins pour profiter de sources de satisfaction, ce qui peut générer de la souffrance supplémentaire.

Ps, après avoir lu ce post, vous aurez donc appris qu'il est néfaste pour votre santé de penser que le stress peut impacter votre santé… Vous voilà donc maintenant entraîné vers d'autres pensées tout aussi problématiques du type : "il ne faut pas que je pense que le fait de penser que le stress peut impacter ma santé est néfaste pour ma santé". C'est tout le paradoxe du langage…

  1. Comme tous les résultats de recherche, ceux-ci sont à relativiser. Il ne s'agit que d'une étude prospective (évaluation du risque d'apparition de complications coronariennes selon que le participant pense ou non que le stress est mauvais pour sa santé). Des études complémentaires utilisant d'autres méthodologies de recherche sont nécessaires pour déterminer si le risque de maladie peut réellement être réduit en augmentant l'attention donnée aux participants qui se plaignent que le stress affecte leur santé.

Références :

Keller, A., Litzelman, K., Wisk, L. E., Maddox, T., Cheng, E. R., Creswell, P. D. et Witt, W. P. (2012). Does the Perception That Stress Affects Health Matter? The Association With Health and Mortality. Health Psychology, 31(5), 677-684.

Monestès, J. L. et Villatte, M. (2011). La thérapie d'acceptation et d'engagement ACT. Issy-les-Moulineaux: Elsevier Masson.

Nabi, H., Kivimäki, M., Batty, G. D., Shipley, M. J., Britton, A., Brunner, E. J., …Singh-Manoux, A. (2013). Increased risk of coronary heart disease among individuals reporting adverse impact of stress on their health: the Whitehall II prospective cohort study. European Heart Journal, 34, 2697-2705.

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