Mon psy est un sale con

James Cromwell

À force d’entendre des personnes de mon entourage se plaindre de leurs thérapeutes, une idée a fini par m’effleurer l’esprit : réaliser une compilation de leurs anecdotes les plus truculentes.

En entrant chez mon psy, je croise le regard de la patiente précédente qui vient de finir sa séance. Malgré ses grands yeux hagards et bouffis, elle tente de garder bonne figure comme pour me dire : « mais non, je ne suis pas folle. Et puis… j’prends pas de médocs ». Mon vague sourire lui répond sensiblement la même chose, sauf qu’en réalité je suis terriblement angoissé et que je n’arrive pas à me sevrer de ces putains d’anxiolytiques.

Je suis tout seul dans la salle d’attente. Comme tous les mardis, je suis arrivé pile à l’heure, il n’y a pas de patients avant moi, et pourtant, je vais attendre au moins vingt minutes.

Venant de l’autre côté du mur, j’entends des bruits. Mon psy s’agite dans son bureau. Il se lève pour venir me chercher ? … Non, pas encore.

Cette fois, je crois bien avoir entendu des flatuosités. Mon psy pète ! Il se lâche entre deux patients. Après tout, les êtres humains pètent et mon psy est un être humain. Il perd de son charisme, j’aime bien, d'habitude j’ai tendance à le prendre pour Dieu le Père.

Enfin, il vient me chercher et m’invite dans son bureau. Je prends place, face à lui. Depuis environ deux ans que je le côtoie, chaque mardi, il est habillé exactement pareil : chaussettes noires, chaussures noires, jean noir et polo noir à manches longues. Aurait-il tout en double ? ou bien c’est sa tenue du mardi ? Ou alors, c’est qu’il lave ses vêtements chaque soir ? C’est peut-être aussi un gros dégueulasse… Mais je dois admettre une variante dans son costume à partir du mois de mai : un polo noir à manches courtes.

Alors que certains reprochent à leur psy d’être muets comme des carpes, le mien au moins, est un grand bavard. A peine m’a-t-il demandé comment étaient mes vacances qu’il commence à me raconter les siennes. C’est plutôt sincère de sa part puisqu’au fond, il s’en fout de mes vacances. Sauf que moi aussi je me fous de ses vacances et ce que je veux, c’est qu’on parle de mes problèmes !!! Rien à faire de son séjour à Bordeaux, de l’aménagement de sa nouvelle piscine en forme de haricot ou de sa collection d’étiquettes de bouteilles de vin (collection entamée depuis son internat de médecine, il m’a montré des photos, je dois avouer que c’est plutôt impressionnant).

J’ai donc du mal à rester attentif, mais je m’accroche. Je guette une pause dans sa logorrhée pour y introduire ma vie de merde. Ce n’est pas facile…Attention… Ça ne va pas tarder… Ennnnfin, ça y est, il inspire ! C’est le moment d’en placer une.

C'est à son tour de m'écouter. Je vais essayer de lui faire un résumé car il ne reste plus que 10 minutes avant la fin de la séance. 110 euros la séance, soit 11 euros la minute. Heureusement, j’ai une putain de mutuelle, ça me rassure.

J’ai un bon rythme, je sens que mon discours est cohérent, que ça va l’aider à me cerner encore un peu mieux. Pourtant, j’ai l’impression qu’il n’est pas totalement attentif, qu’il est un peu ailleurs. Je m’écoute parler, c’est vrai que c’est un peu mou tout ça, monocorde. Et plus je m’écoute, plus je me trouve ennuyeux et chiant. C’est donc sûrement de ma faute si mon psy commence à s’endormir.

Je m’arrête de parler, je n’ose pas le réveiller. J’espère qu’il va émerger rapidement, il ne reste que 2 minutes. Ah, il a encore pété. J’éclate de rire. J’ai un peu honte, mais au moins il émerge.

Il regarde son portable et m’annonce la fin de la séance. Malin, il en profite pour envoyer un texto. Il me dit que la prochaine fois, on reprendra « tout ça ». Je n’ose rien dire. Je paye et il me raccompagne vers la sortie.

Je crois que j’ai bien avancé.

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