La professionnalisation des auxiliaires de vie scolaire (AVS) : enfin une rentrée pour tous ?

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En France, depuis 2005, tout enfant présentant un handicap peut être inscrit dans l’école de son quartier (c’est la loi du 11 février 2005 pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes avec handicap). L’enjeu principal d’une telle législation est d’assurer aux élèves concernés une scolarité adaptée à leurs besoins.

Voici en résumé le parcours théorique des élèves concernées par cette loi :

  • La famille inscrit son enfant présentant un handicap1 dans l’école de son secteur.
  • L’école et la famille constituent ensuite un Projet Personnalisé de Scolarisation qui définit les modalités de la scolarité de l’enfant. En accord avec la MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées), l’enfant peut alors bénéficier d’un(e) auxiliaire de vie scolaire (AVS) qui l’accompagne dans la classe.
  • Si l’enfant est âgé entre 6 et 12 ans, il peut également bénéficier d’un enseignement adapté dans une classe pour l’inclusion scolaire (CLIS) qui est implantée au sein d’une école ordinaire. Les CLIS ont pour mission d’articuler les objectifs du Projet Personnalisé de Scolarisation de chaque enfant et le projet de l’école.
  • Pour les élèves des collèges et lycées, il existe également des Unités Localisés pour l’Inclusion Scolaire (ULIS) dont le projet est l’accessibilité pédagogique des élèves du second degré.

En réalité, la mise en œuvre de ces différentes modalités administratives est très souvent semée d’obstacles : certaines écoles refusent une inscription au motif que l’enfant présente trop de troubles du comportement, qu’aucune AVS n’est disponible, que l’école n’a pas les moyens de constituer une CLIS, que le nombre de places permettant un accueil adapté est insuffisant, etc. Ces difficultés concernent particulièrement les AVS, mais cette situation devrait connaître un changement dès la rentrée prochaine.

En effet, jusqu’ici même si les familles réussissaient à scolariser leur enfant et qu’elles trouvaient un(e) AVS, il n’était pas sûr que celle-ci ou celui-ci soit correctement formé(e). De plus, il fallait également espérer que leur enfant puisse avoir la « chance » de conserver son accompagnant d’une année sur l’autre. Pour tenter de résoudre ces difficultés, le gouvernement a annoncé le 21 août dernier la titularisation progressive de 28 000 AVS qui connaissent aujourd’hui une situation de précarité. En effet, leurs contrats ne peuvent pas être renouvelés après 6 ans. Des recrutements supplémentaires seraient également prévus. À terme, une telle mesure pourrait donc permettre aux familles d’être plus sereines quant à la pérennité d’un accompagnement scolaire pour leurs enfants. Néanmoins, même si les effectifs deviennent suffisants, encore faut-il que ces personnels accompagnants soient également bien formés. Car jusqu’à aujourd’hui, nombre d’AVS n’ont pas les compétences requises. C’est pourquoi le gouvernement a également annoncé sa volonté d’améliorer la formation des AVS en proposant notamment la création d’un diplôme d’Etat.

Alors, bientôt une rentrée pour tous ? Pas si sûr. Dans le cas de l’autisme par exemple, la plupart des formations actuelles reconnues par l’Etat pour les professionnels du médico-social sont loin d’être un gage de qualité. Dans la prise en charge des personnes avec autisme, la France accuse en effet un énorme retard. Si les formations des AVS prévues par le gouvernement s’inspirent de celles dispensées actuellement à la majorité des professionnels du soin, on est donc en droit de s’inquiéter. De plus, même si les AVS deviennent compétents, il ne faut pas oublier que la qualité de leur travail dépend également de leur bonne coordination avec les différents acteurs de l’Education Nationale et en première ligne les enseignants. Or pour eux, l’apprentissage adapté ne va pas toujours de soi.

Réjouissons nous donc des mesures avancées, mais il reste encore du chemin à parcourir.

1. Liste des troubles pris en compte, selon la MDPH :

- Troubles des fonctions cognitives ou mentales (dont les troubles spécifiques du langage écrit et de la parole)

- Troubles envahissants du développement (dont l’autisme)

- Troubles des fonctions motrices (dont les troubles dyspraxiques)

- Troubles de la fonction auditive

- Troubles de la fonction visuelle

- Troubles multiples associés (pluri-handicap ou maladie invalidante)

 

Lire le discours de Mme Carlotti sur la professionnalisation des AVS le 22 août 2013.

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  • Laurence Bourdeaux

    Toutes ces mesures pour titulariser progressivement et former ces AVS semblent être une bonne nouvelle vu de l'extérieur mais ce que le gouvernement a omis d'annoncer c'est que pour donner à ces AVS un statut "plus confortable et avec moins de précarité" dès la rentrée 2013 les nouveaux contrats(toujours pour un an) s'accompagneront d'une baisse de salaire de 20%!!!!
    Là personne n'en parle et l'effet est immédiat pas besoin d'attendre....

    Les AVS en colère non à la baisse de nos salaires!!!!!

    • lyseam

      Ce que le gouvernement ne dit pas non plus c'est que la "titularisation" demande des conditions que très peu remplissent, que de toutes façons avant ou après ils sont mal payés,(et dans une position difficile en étau entre l'enfant, les parents, le maître) que les postes AVS sont souvent aussi (et j'en suis sûre pour le primaire) pour le primaire des postes de qques mois, aidés, très très temporaires avec du personnel précaire aussi bien déclassé, -mais plutôt sans formation spécifique pour cela (quelle formation ? où ? comment ?)- que sans aucune formation ni bagage et que beaucoup sont aléatoires au gré de plaire ou pas aux parents (à juste titre ou pas).
      (Ce n'est pas une critique mais un constat et pour ULIS c'est totalement différent).
      En revanche, cette promesse permet de paraître donner une bonne nouvelle et je suppose va diviser les AVS (encore que dans une même école il y en a rarement beaucoup !) et risque de restreindre les recrutements à qui a fait telles au telles études dans le social/éducateur etc....
      (Non je ne suis pas AVS mais j'en connais)

    • Sylvie Moy

      Comment peut-on baisser un salaire qui est déjà au smic ? Ça me semble très improbable. Mon contrat a été renouvelé cette année sans baisse de salaire. Arrêtons les rumeurs.

  • lyseam

    Merci.

    Je crois que beaucoup de lecteurs vont se tromper sur les modalités des inclusions scolaires et les difficultés de l'établissement à les mettre en œuvre en vous lisant. Un peu plus de détails ?
     
    Par exemple, il y a un taux maximum d'élèves possible à placer en classe comme ULIS parmi les autres élèves ne relevant pas de ce dispositif. Cela soulève des problèmes bien sûr de mise en oeuvre de l'apprentissage pour tous avec des cours avec des niveaux différents dans la même classe et à un rythme différent et intermittent pour les élèves ULIS, mais aussi des problèmes d'intégration (ou pas) qui reposent grandement  sur la réaction des autres élèves (et de leurs parents)  tant bien même une action pédagogique d'introduction aura été menée avant.

    Il est aussi très troublant que les troubles pris en compte sous le même format en ULIS soient aussi bien des troubles auditifs ou visuels donc des handicaps physiques comme des troubles de fonction cognitive ou mentale ou bien envahissants du développement donc des handicaps "psychiques". Même si souvent les deux sont présents, il n'en demeure pas moins que leur amalgame au niveau de l'orientation scolaire n'est pas adapté (ni même entre handicaps psychiques différents comme l'autisme "scolarisable").
    En même temps une partie des parents cherchent par cette inclusion une main vers la "normalité" et puis ils n'ont guère le choix : inclusion ou institution ?

    Oui il y en aurait des choses à faire !

    Quant au référant "AVS" ULIS dévoué, il est bien seul....

    • jeromelichtle

       Bonjour,
      Merci pour ces précisions.

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