D’une pression sociale à enfanter

jean-louis zimmermann

À partir d’un certain âge, nombreuses sont les femmes (et parfois les hommes) ne pouvant ou ne voulant pas avoir d'enfants qui témoignent de leurs difficultés à supporter une certaine pression sociale de la part de leur entourage : famille, amis ou collègues peuvent être en effet insistant à ce sujet. Illustration :

Lydie et Géraldine, deux femmes, la trentaine, font connaissance au cours d’une soirée.

Géraldine : …et alors toi, t’as des enfants ?

Lydie : ben non …

Géraldine : Ah bon ! mais ça te fait quel âge ?

Lydie (gênée) : Bah…34

Géraldine : Ah ouais quand même ! Parce que moi, tu vois, j’ai déjà deux bouts de chou, 8 et 5 ans, et je peux te dire que depuis, je suis beaucoup plus épanouie (bla bla bla), je me sens plus femme (bla bla bla), et je ne comprends pas comment on peut passer à côté d’une telle expérience (bla bla bla), c’est tellement…enrichissant ! (bla bla bla), enfin, tu verras ! (bla bla bla). Et toi sinon, tu t’y mets quand ?

À ce moment de la discussion, plusieurs réponses possibles s’offrent à Lydie, selon différents cas de figure :

  1. Lydie souhaite avoir des enfants, mais elle est célibataire et ne conçoit pas de les élever seule : « tu t’es d’abord demandée si j’avais un mec, connasse ?! ».
  2. Lydie rêverait d'être enceinte, elle est heureuse dans sa vie de couple, mais est dans l’impossibilité médicale d’avoir des enfants : « on m’a retiré mes ovaires à cause d’un cancer… Alors j’apprécierais que tu évites de m'asperger avec ton discours foireux sur la maternité ».
  3. Lydie ne veut pas avoir d’enfants : « J’ai choisi de me passer d’une descendance, et je t’emmerde ! "

(Lydie est un personnage au langage un tantinet vulgaire)

La pression sociale provoque chez certains des réactions émotionnelles souvent désagréables qui peuvent se traduire par des comportements sarcastiques, comme chez Lydie. Dans les cas de figure 1 et 2, la valeur négative de ces manifestations émotionnelles renvoient à ce que Lydie ne peut obtenir (l'enfant). Il s'agit d'un sentiment de frustration, surtout dans le cas où la grossesse est biologiquement impossible. Dans le cas de figure n° 3, la réaction de Lydie fait référence à une injonction implicite d’avoir ce qu'elle ne désire pas (l'enfant, toujours). Dans ce dernier cas, on a affaire à un sentiment de rejet dû à la négation de son choix. Pourtant, Lydie ne pense pas avoir besoin d'être une mère pour se sentir une femme heureuse et épanouie. Dans tous les cas, les femmes (ou les hommes) sans enfants qui se disent "sous pression" ont souvent l’impression de devoir se justifier.

Cette tendance sociale s'explique bien sûr en partie par l'influence de la norme. S'écarter des comportements habituels d'un groupe social a toujours interpellé les autres. Hors ici, il s'agit d'une norme sociale soutenue par un héritage biologique : la reproduction est en effet un comportement de survie inscrit au répertoire comportemental de notre espèce.

Dans la mesure où notre héritage biologique pourrait participer à cette pression sociale à se reproduire, en plus d’une incitation politique, on se dit que la pauvre Lydie n'a pas fini de devoir se justifier. À moins qu'une décision légale mette un jour en place un contrôle des naissances dans notre pays, érigeant alors peut-être en nouvelle mode le fait de ne pas avoir d’enfants.

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