Avant France-Irlande, débusquons les secrets de l’Irish Coffee

Deuil d’une robe noire coiffée d’ivoire : fatal et angélique Irish Coffee. Douce violence d’une rédemption surgie du feu de la perdition : le vice au bras de la vertu aurait dit Hemingway ou Paul Claudel, ou vice-versa. Servir un Irish Coffee est un art que nous enseignent deux authentiques spécialistes : Rob Mc Hardy, qui officie au très select et très privé “Silencio” (le club créé à Paris par David Lynch) et Romain Llobet, barista du “Lockwood”, le cocktail-coffee-shop de la rue d’Aboukir.

Rob Mc Hardy est Irlandais pur jus, crane rasé, belle barbe, vous le trouverez habituellement aux commandes du bar du “Silencio”, mais, cette fois c’est au “Lockwood”, en compagnie de Romain Llobet, qu’il participait à une séance de spiritisme irlandais, une messe noire parfumée à l’arabica et au malt, dédiée à un breuvage diablement identitaire : l’Irish Coffee.
Plus légitime que Rob pour cet office religieux, vous ne trouverez pas dans tous les comtés de Clare, de Limerick et de Tipperary réunis. Dans les veines de Rob coule le même sang que celui de l’inventeur de l’Irish Coffee : Jo Sheridan, himself !
Jo Sheridan était le grand cousin de ma mère, explique-t-il. Il était chef cuisinier au restaurant de l’aéroport de Foynes Bay dans les années trente. » D’ici partaient les vols longs courriers pour les States, des hydravions décollaient depuis l’estuaire du Shannon. « Un jour, reprend Rob, le temps était très mauvais, un vol a dû faire demi-tour vers l’Irlande. Quand l’hydravion s’est posé, l’équipage et les passagers avaient été bien secoués et sous l’émotion ils grelottaient de froid. Jo Sheridan a eu cette idée géniale de faire chauffer du whiskey, de le mélanger avec un expresso et de recouvrir le tout d’une crème fouettée bien épaisse pour permettre d’adoucir chaque gorgée brûlante. ” L’Irish Coffee était né, les pilotes se chargèrent d’initier les barmans du monde entier.
Alors, de quoi cette potion magique - capable de rasséréner un équipage et ses passagers en moins de temps qu’il n’en faut pour chanter “Irland’s call”, l’hymne irlandais - est-elle composée ? “Il faut 4 cl d’expresso, indique Romain Llobet. Au “Lockwood”, nous choisissons les crus de la “Brûlerie de Belleville” pour la précision de leurs goûts, puis vous faites chauffer 1 cl de whiskey, nous aimons les Single Pot Still, et tout particulièrement les Redbreast, ou encore le magnifique Green Spot. Enfin, vous fouettez une crème bien épaisse dans un bol placé sur un lit de glace. Cette crème, vous la déposez délicatement sur le mélange café/whiskey. » Pour le sucre, à vous de voir… Voilà, vous savez tout. Bon match !

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