7 raisons pour que le chômage continue d'augmenter

Le ministère du travail a indiqué aujourd'hui que le chômage en France continuait d'augmenter, pour se rapprocher du nombre record atteint en 1997. Cela va-t-il continuer jusqu'à battre ce record? Hélas oui, et voici 7 raisons pour cela.

1 la vraie surprise, c'est que le chômage ne soit pas plus élevé

Historiquement, une récession de l'ampleur de celle que nous connaissons actuellement aurait généré un demi-million de chômeurs en plus, indique l'économiste du travail Philippe Askenazy. Personne ne sait vraiment pourquoi la récession actuelle a comparativement peu d'effet sur le chômage, en France, mais aussi en Grande-Bretagne et en Allemagne. Mais le fait d'être chanceux n'est pas une garantie pour l'avenir.

2 Les politiques d'austérité ne vont pas s'arrêter de sitôt

Pour beaucoup d'économistes, il est vain d'espérer une inversion de la courbe du chômage tant que les politiques d'austérité subsisteront dans la zone euro. On voit mal pourtant comment celles-ci pourraient s'interrompre, et ce n'est pas le résultat de l'élection italienne qui y changera quoi que ce soit. Quand bien même les politiques macroéconomiques européennes changeraient de façon drastique, cela prendrait du temps; les budgets sont déjà déterminés et les politiques budgétaires sont lentes à agir. Surtout, il ne faut pas attendre de miracles de ces politiques, si elles sont menées à un niveau politiquement réaliste. De façon générale, la capacité d'influence des politiques nationales sur la croissance à long terme est faible. Et la croissance à long terme diminue sans que l'on y puisse grand-chose.

3 l'immobilier se porte mal

Les achats immobiliers sont l'un des meilleurs indicateurs prévoyant les récessions, si l'on en croit l'économiste Ed Leamer. L'inquiétude causée par les récessions incite les acheteurs à différer leurs achats de logement (et de biens durables en général). Or, les ventes de logements neufs s'effondrent. Autre caractéristique des chutes de l'immobilier : elles durent extrêmement longtemps.

4 Les chômeurs de longue durée sont très nombreux

Parmi les chômeurs, près de deux millions sont des chômeurs de longue durée. Or plus la durée du chômage augmente, plus il devient difficile de retrouver un emploi. Les gens s'éloignent du marché de l'emploi et de ses caractéristiques, leurs compétences deviennent obsolètes faute d'être utilisées et réactualisées; plus le chômage de longue durée s'installe, plus il s'enkyste.

5 Le gouvernement a épuisé ses cartouches

Pour lutter contre le chômage, le gouvernement français compte sur un miracle l'effet de ses politiques: Le crédit d'impôt compétitivité-emploi, les emplois d'avenir et les contrats de génération. Selon l'OFCE, peu suspecte de pessimisme sur l'effet de ces politiques, le crédit d'impôt compétitivité emploi devrait créer environ 150 000 emplois d'ici 5 ans; Il y aura, au mieux, autant d'emplois d'avenir. Le contrat de génération ne devrait quant à lui créer que 21000 emplois sur 5 ans, toujours selon l'OFCE. Et tous ces dispositifs coûtent extrêmement cher aux finances publiques, ce qui signifie que leur pérennité n'est pas garantie dans un contexte de chasse aux dépenses publiques. On peut donc tabler, en étant optimiste, sur un peu plus de 300 000 emplois créés sur 5  ans si ces dispositifs atteignent leur maximum d'efficacité, ce qu'ils ne feront sans doute pas.

A titre de comparaison, le nombre de nouveaux inscrits à pôle emploi était de 43 000 rien que pour le mois de janvier.

6 L'accord sur l'emploi n'ira pas loin

D'autres économistes diront que le problème du chômage en France est renforcé par le mauvais fonctionnement du marché du travail, qui dissuade les embauches. S'il est vrai que les réglementations ont un impact significatif sur le niveau d'emploi, elles n'expliquent pas la hausse du chômage actuelle. Et le récent accord entre partenaires sociaux sur l'emploi n'y changera donc pas grand-chose.

7 Le coût du travail est très élevé

Des économistes vous diront enfin que le problème de l'emploi en France est celui du coût du travail, en particulier pour les salariés peu qualifiés, les jeunes, et les seniors. Ils pourront faire remarquer, incidemment, que le salaire minimum français est de 9.43 euros bruts de l'heure; qu'il n'y a pas de salaire minimum en Allemagne, que le chômage y est moitié moindre de celui qui prévaut en France, et qu'il y a 8 millions de salariés en Allemagne qui touchent un salaire horaire inférieur au salaire minimum français.

Une diminution du salaire minimum, ou la création d'un SMIC-jeunes à l'anglaise, ne se produira pas. L'alternative serait un nouvel allègement de cotisations sociales sur les bas salaires, de l'ampleur des allègements actuels; selon Cahuc et Carcillo, cela pourrait préserver environ 800 000 emplois, pour un coût de 20 milliards d'euros pour les finances publiques. Mais ce sera perçu comme un énième cadeau aux entreprises, alors que les finances publiques sont exsangues. Peu de chances que cela soit mis en oeuvre.

A lire aussi