En Hongrie, les manifestations s’intensifient contre Viktor Orbán

Des milliers de manifestants ont défilé en Hongrie et dans les rues de Budapest ce samedi 19 janvier. Ils s’opposent à une loi sur le travail “esclavagiste” mais aussi à la dérive autoritaire du président Viktor Orbán.

C’est une manifestation comme on en voit peu souvent en Hongrie. Samedi 19 janvier, ils étaient des milliers à défiler dans les rues de Budapest à l’appel des opposants du Premier ministre Viktor Orbán. La cause, une réforme du Code du travail qualifiée “d’esclavagiste” par les syndicats qui permet aux patrons d’imposer aux salariés jusqu’à 400 heures supplémentaires contre 250 actuellement en les payant jusqu’à trois ans plus tard. Certes, le pays est en manque criant de main d’oeuvre (le chômage avoisine les 4%), souffre de la fuite de ses travailleurs (près de 600 000 depuis 2010) et de la baisse de la natalité. Mais cette loi, adoptée le 12 décembre, est très défavorable aux salariés : si un employé est au chômage technique après une période où il a effectué beaucoup d’heures supplémentaires, son employeur peut faire la moyenne du volume de travail effectué. Un mode de calcul faisant tout simplement disparaître les heures supplémentaires et qui scandalise les syndicats. Ces derniers n’ont pas été consultés lors de l’élaboration de la réforme, les poussant à s’unir pour l’occasion.

Viktor Orbán cristallise la colère

Car depuis le 8 décembre, le pays fait face à une mobilisation inédite. En huit ans, jamais le gouvernement d’Orbán n’avait fait face à un tel rassemblement dans la capitale hongroise mais aussi dans les 19 provinces du pays. Il faut dire que la personnalité du Premier ministre hongrois crispe certains de ses concitoyens. Lors de la manifestation samedi, son gouvernement était qualifié comme étant “à la limite entre une démocratie et une dictature” ou encore une “dérive monarchique”. À la tête de la Hongrie depuis 2010, réélu triomphalement une troisième fois en avril, Viktor Orbán est vivement critiqué pour ses remises en cause de l’équilibre des pouvoirs et ses dérives autoritaires : réforme du système judiciaire, nomination de juges, muselage de la presse, accords de marchés publics à des proches, croisade contre les ONG, criminalisation des SDF, opposition à l'accueil des migrants et réfugiés, etc.

L’Europe comme bouc émissaire

Des mesures qui choquent en Europe. Chose inédite, le Parlement européen a invité, en septembre dernier, les États membres à sanctionner la Hongrie pour atteinte aux règles démocratiques européennes, violations des droits civiques et corruption. Opposé à Emmanuel Macron et Angela Merkel, Viktor Orbán rêve de renverser la vapeur lors des élections européennes, rejetant une vision de la démocratie libérale, “incapable de garantir la liberté et la sécurité au peuple, de maintenir notre culture chrétienne”. C’est en signe de défiance que drapeaux hongrois et européens flottaient ensemble samedi, lors de la manifestation, sous les tout nouveaux bureaux du Premier ministre. Pour le moment, le Fidesz, le parti d’Orbán au gouvernement a perdu trois points d’intentions de vote mais reste en tête à près de 32%, loin devant ses opposants.

L’info en + : Même si Viktor Orbán a énormément limité le droit de faire grève, les syndicats de la fonction publique ont déclaré qu’ils feraient grève le 14 mars prochain.

Rédaction : Alban Mikoczy et Louis Rayssac

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