Avortement : vers la légalisation ?

Ce mardi (29), une décision du Tribunal Suprême Fédéral fait avancer le débat sur l'avortement.

Une avancée historique

Le Tribunal Suprême Fédéral a libéré ce mardi cinq personnes, condamnés pour travailler dans une clinique d’avortement clandestine à Duque des Caxias dans le Nord de Rio. Cette libération a été prise en statuant sur le caractère légal de l’avortement jusqu’à trois mois de grossesse. Cette décision est sans précédent au Brésil et une avancée car elle pourra permettre à des juges d’autres instances de suivre cette ligne de conduite.

Pour le juge Luis Barreto Barroso, membre du Tribunal, la loi anti-avortement du Brésil est une enfreinte aux droits fondamentaux des femmes que sont l’autonomie, l'intégrité physique et morale de la femme, sa liberté sexuelle et reproductive ainsi qu’une violation de l'égalité des genres. Mais aussi et surtout, une discrimination marquante contre les femmes de milieux pauvres qui ne peuvent avoir accès à un avortement dans des cliniques clandestines saines.

Selon lui c’est à l'Etat de mettre en place les moyens de limiter le recours à l'avortement grâce notamment à des cours d’éducation sexuelle, à la distribution de contraceptifs ainsi qu’en aidant les femmes disposant de peu de moyens d’avoir un enfant.

Une décision qui ne fait pas l'unanimité

Si ce jugement a été applaudi par les associations féministes ainsi que par certains médecins et juristes, il est loin d'avoir fait l'unanimité au sein de la classe politique brésilienne.

La décision à peine prononcée, le Président de la Chambre des députés, Rodrigo Maia, a annoncé la création d'une commission pour la renverser. Le député Diego Garcia, évangéliste, a quant à lui soutenu : "Le Tribunal a déchiré la Constitution, et a assumé un rôle qui n'est pas le sien, mais celui du Congrès, sans consulter personne. L'objectif avec la commission c’est de renverser cette décision absurde du STF. Et nous avons les votes pour la faire annuler en plénière grâce aux 300 députés pro-vie"

Propagande du Député Diego Garcia contre la décision du Tribunal Suprême Fédéral

Selon lui, des 587 membres de la Chambre, 300 seraient contre cette décision. Ce qui est certain c’est qu'au moins 87 députés font partie du Banc Evangéliste, groupement d’hommes et de femmes politiques évangélistes faisant front dans les votes et prises de décisions, et fortement opposés à la légalisation de l'avortement.

Une législation stricte

Au Brésil, l'avortement est puni d'une peine d'emprisonnement de trois ans pour la mère, quatre ans pour le médecin sauf en cas de viol, de danger vital pour la mère ou d'anencéphalie (absence totale de cerveau). Le cas de la microcéphalie avait soulevé la polémique avec l’épidémie du virus zika. Le débat sur l'avortement était revenu sur le devant de la scène et le 7 décembre, les juges devront se prononcer sur la possibilité d’avortement en cas d’infection de zika chez la mère.

Une étude de la Commission des Droits Humains du Sénat, effectuée en mai 2015, affirme qu'il y a  entre 1.000.000 et 1.500.000 avortements par an au Brésil. Un chiffre supérieur à ceux des pays où l'avortement a été légalisée.

Marie Ndenga Hagbe pour Fanny Lothaire.