Virus Zika, le débat sur l'IVG relancé

"Les riches avortent. Les pauvres meurent". Panneau d'une manifestante lors d'une manifestation pour l'IVG à Sao Paulo. Photo Louis Perrin

Les Nations Unies souhaite que les pays touchés par le Zika donnent accès à la contraception et à l'avortement. Au Brésil, c'est un droit illégal. Cependant la prolifération des cas de microcéphalie relance l’épineuse question de l'IVG.

Au Brésil, l'avortement est considéré comme un crime contre la vie. Une femme enceinte qui avorte risque jusqu’à quatre ans de réclusion criminelle. Même peine encourue pour le personnel soignant. La loi brésilienne ne fait que quelques exceptions en la matière : grossesses dues à un viol, danger vital de la mère ou cas d'anencéphalie. Cette maladie désigne l’absence totale de cerveau, entraînant généralement la non viabilité du fœtus. A l’inverse, la microcéphalie renvoie à un sous-développement du cerveau. Elle peut être détectée pendant la grossesse et ne cause pas nécessairement la mort de l’enfant. Une maladie qui ne justifie pas l'avortement.

Actuellement, le Gouvernement n’a pas vraiment donné de directives aux femmes enceintes. Il se refuse à leur demander d’éviter une grossesse, considérant que cela équivaudrait à une atteinte à leur liberté. Problème: la majorité des femmes enceintes qui ont plus de risque de contracter le virus, résident dans des quartiers populaires, des zones urbaines peu développées où les eaux stagnantes et les foyers de prolifération de moustiques sont nombreux. Des femmes souvent peu éduquées et qui n’ont aucune idée de comment se protéger du Zika, ni, a fortiori, de prévenir le risque de microcéphalie. A ce jour, les seules mesures préconisées par le gouvernement sont les suivantes :

  • porter des vêtements serrés couvrant la peau au maximum, en particulier au niveau des chevilles
  • appliquer de la lotion anti moustique, pourtant normalement déconseillée aux femmes enceintes.

Ce peu de connaissances et l’angoisse provoquée par la mobilisation de la communauté internationale incitent de plus en plus de femmes à avoir recours à l’avortement illégal.

Si, dans les faits, l’avortement reste illégal, pour les plus fortunées, il est néanmoins possible d’avorter sans risque et dans l’anonymat, pour une somme s'échelonnant de 5 à 15 milles reais. Une fortune pour la majorité de la population. Un article du journal Folha de Sao Paulo relate ainsi que trois médecins de Sao Paulo, de Bahia et du Nord-Est ont fait face à des cas de jeunes femmes issues de familles aisées, atteintes du Zika et ayant eu recours à l'avortement avant même d'avoir le diagnostique final, dans des conditions semblables à l'Europe. Pour les autres, les conditions sont comparables à celles des faiseuses d’anges en France. Drauzio Varela, le médecin le plus populaire du Brésil, écrivain de best-sellers et détenteur d’une chaîne youtube, résume ainsi la situation : “Interdire l’avortement, c’est punir celles qui n’ont pas d’argent

Dans le pays, l’opinion publique est fortement divisée et certains médias brésiliens prennent fortement position, comme le montre ce poste Instagram du journal Globo.

Instagram Portail G1

"Le médecin disait que je n'avais aucune chance de survivre. Comme beaucoup de gens, il avait tort." Ana Carolina Caceres, Journaliste avec une microcéphalie.

Quant au Gouvernement, il ne souhaite pas se positionner, par peur de froisser les autorités religieuses, très puissantes au Brésil.

En octobre 2015, le pays avait assisté à un recul de la législation. La Chambre des Députés avait approuvé un projet de loi modifiant la loi d’assistance aux victimes de violence sexuelle en interdisant la vente de produits abortifs. Sous entendu, la pilule du lendemain, ce qui limitait encore plus la marge la liberté sexuelle des Brésiliennes.

Manifestation contre un projet de loi en novembre 2015 réduisant l'accès à la pilule du lendemain.

Manifestation contre un projet de loi en novembre 2015 réduisant l'accès à la pilule du lendemain/ UOL

Face à la situation actuelle, le groupe qui, en 2012 avait obtenu le droit à l’avortement en cas d’anencéphalie, retrousse désormais les manches pour faire plier le Tribunal Fédéral Suprême sur la question du Zika. Son argument phare : les femmes ne devraient pas payer pour le manque de prévention des autorités brésiliennes qui ont laissé le moustique Aedes Aegipty se développer.

L’issue de ce débat est cruciale au Brésil puisque selon l’Organisation Mondiale de la Santé, tous les deux jours une femme meurt des conséquences de l’un des 800 milles avortements illégaux ayant lieu par an.

Le débat devrait s'intensifier puisque le Haut-Commissaire aux droits de l'Homme des Nations Unies souhaite que les pays touchés par le Zika donnent accès à la contraception et à l'avortement. Cette recommandation s'adresse en particulier aux pays qui n'autorisent ni la pilule, ni l'avortement et qui conseillent aux femmes de ne pas tomber enceintes face aux risques de microcéphalie. Même si le gouvernement brésilien se refuse à donner de telles recommandations aux femmes enceintes, le pays n'en reste pas moins concerné par la recommandation de l'ONU. Reste à savoir si cela parviendra à faire plier les autorités publiques.

Pour en savoir plus sur la microcéphalie et ses liens avec le zika virus, lire ce résumé de Allo Docteur, Pourquoi le virus Zika est-il dangereux pour le foetus ?

Fanny Lothaire et Marie Ndenga Hagbe

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