Immigration : conflit ouvert entre Merkel et son ministre de l’Intérieur

DPA

Angela Merkel semble de plus en plus isolée sur la question migratoire. En conflit avec son ministre de l’Intérieur Horst Seehofer, qui doit présenter une grande réforme sur le sujet, elle perd aussi des soutiens au sein de son propre parti.

Comme s’il ne suffisait pas que la politique d’immigration oppose les différents partis allemands, le débat se cristallise désormais au sein même de l’Union des partis gouvernementaux de droite, la CDU et la CSU. Ces derniers jours, la chancelière et son ministre de l'Intérieur se sont livrés à une bataille verbale, qui a révélé la position difficile d'Angela Merkel.

Mardi, Horst Seehofer devait présenter officiellement son nouveau plan sur l'immigration, l'un des points-clés de l’accord de coalition entre conservateurs et sociaux-démocrates en Allemagne. Le ministre et son parti conservateur bavarois CSU veulent pouvoir refuser l'entrée à la frontière de tout réfugié qui a déjà été enregistré dans un autre État européen ou qui n’a pas de papiers. Ils suggèrent de plus la mise en place de “centres d’ancrage” où seraient pris en charge les demandeurs d’asile tout au long de la procédure d’asile, pour accélérer les démarches et faciliter les expulsions.

Seehofer sous pression en vue des élections régionales

Ce sont les mesures phares du nouveau ministre, qui a fait d'un durcissement de la politique d’immigration allemande son cheval de bataille depuis la gestion controversée de la crise des réfugiés de 2015 par Angela Merkel. Engagé dans un bras de fer avec la chancelière, Horst Seehofer joue sa crédibilité politique et l’avenir de son parti : en Bavière les élections régionales sont prévues en octobre, et les populistes de l’AfD pourraient récupérer une large partie de l’électorat déçu de la CSU.

Mais les propositions du ministre n'ont pas trouvé l'approbation de la chancelière : la présentation du projet de loi a été annulée à la dernière minute en raison de désaccords importants. Les deux se sont entretenus en privé, avant qu’une séance du groupe parlementaire CDU-CSU ne révèle la position isolée d’Angela Merkel dans ce débat : d’après l’agence de presse allemande DPA, aucun député n’est intervenu en faveur de la chancelière, onze prises de parole soutenaient les propositions de Horst Seehofer.

Merkel veut défendre son approche européenne

Angela Merkel, elle, ne veut pas renoncer à l’approche européenne qu’elle défend depuis le début : une politique aussi unilatérale de la part de l’Allemagne pourrait mettre en péril ses efforts de fonder une politique d’accueil commune au sein de l’Union européenne. Des États-clés dans la gestion de la crise des réfugiés comme la Grèce ou l’Italie ne devraient pas être ravis de voir la police allemande refuser des réfugiés à la frontière. “Il s’agit d’une mise en balance d’intérêts européens et nationaux”, a insisté la chancelière. D’après elle, les propositions de Horst Seehofer vont de plus à l’encontre de la législation européenne. Elle veut "que le droit européen prévale sur la législation nationale", a-t-elle affirmé dimanche soir lors d'une interview télévisée.

Il n’empêche qu'Angela Merkel et son parti, la CDU, doivent eux aussi honorer l’accord de coalition et répondre aux inquiétudes de l’opinion publique, qui, dans le contexte des récents scandales, réclame une meilleure gestion de l’immigration. Fragilisée dans son propre parti et dans l'opinion, la chancelière va sans doute être contrainte de céder sur quelques points au moins. L'art du compromis.

 

Par Anja Maiwald

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