Merkel à Trump: "nous ne nous laissons pas rouler dans la farine"

NDR

Face à la pression de l’actualité allemande et internationale, des relations difficiles avec les États-Unis aux abus des services d’asile allemands, la chancelière a voulu montrer sa sérénité hier soir, lors d'une longue interview à la télévision publique.

Ce n’est pas une période facile pour Angela Merkel. Affaiblie au niveau national par les récents scandales concernant l’immigration, elle peine aussi à maintenir l’équilibre sur l’échiquier politique international face au président américain Donald Trump et ses sanctions économiques. Dimanche soir, dans le talk-show politique de la journaliste Anne Will, la chancelière a répondu aux questions et accusations concernant les tensions au sommet du G7, ses hésitations face aux réformes européennes d’Emmanuel Macron, les irrégularités dans l’octroi d’asile en Allemagne, ou encore le meurtre d’une adolescente par un demandeur d’asile irakien.

Une Europe unie face aux États-Unis

Celle qui avait toujours défendu les liens étroits avec les États-Unis a dénoncé comme “décevant et déprimant” le tweet rageur du président Trump peu après le communiqué final du sommet sur le commerce. Face aux taxes douanières américaines sur l’acier et l’aluminium, qui vont à l’encontre des réglementations de l’organisation mondiale du commerce d’après elle, Angela Merkel a annoncé une stratégie plus offensive et des contre-sanctions européennes : “Nous ne nous laissons pas rouler dans la farine encore et encore, mais nous allons agir en fonction.”
Dans la même lignée, la chancelière a dit vouloir renforcer l’Union européenne et la loyauté entre ses États membres, pour opposer aux États-Unis et à la Chine une politique extérieure commune. “La première loyauté s’applique à la Nation, mais la deuxième doit s’appliquer à l’Europe”, a-t-elle résumé.

Des réformes européennes, mais à sa façon

Pourtant, Angela Merkel s’était montrée réticente concernant les propositions de réformes de l’Union européenne d’Emmanuel Macron. L'interview a été l'occasion pour elle de réitérer sa position : qu’elle soit critique envers les propositions du chef d’État français ne veut pas dire qu’elle ait peur de réformer l’Europe. Mais elle préfère insister sur la mise en place d’une uniformisation des procédures d'asile au niveau européen et d’un meilleur contrôle au frontières extérieures de l’Union : “Nous avons besoin de normes communes dans l’octroi d’asile et, si nous ne voulons pas mettre en péril la liberté de circulation, nous avons besoin d’une vraie police des frontières”, exige-t-elle.

Des ajustements dans la politique d’accueil

Sur le plateau de la chaîne nationale publique ARD, Angela Merkel a également été interrogée sur sa politique d’immigration, à nouveau sous le feu des critiques depuis deux scandales récents : les octrois d’asile illicites au service de l’immigration allemand de Brême et le meurtre d’une adolescente à Wiesbaden. L'auteur présumé de ce crime, un jeune Irakien dont la demande d’asile avait été refusée et qui était déjà connu des autorités comme auteur de violence, avait pu fuir l’Allemagne sous une fausse identité avant d'être arrêté au nord de l'Irak. L’affaire résonne en Allemagne avec d’autres meurtres de jeunes femmes par des réfugiés à Kandel et Fribourg.
Les accusations de fautes politiques dans le traitement de la crise des réfugiés n’ont pas fait douter Angela Merkel de sa politique d’accueil : elle a encore affirmé que la décision d’ouvrir les frontières en 2015 avait été la bonne, même si les services n’y étaient pas préparés. Ainsi, la chancelière assume une part de responsabilité dans la surcharge des services d’immigration et pour le millier d’octrois d’asile illégaux. “Je suis politiquement responsable pour ces choses”, a-t-elle dit.

La chancelière a affirmé que les mesures prises pour faire face à la vague de demandes d’asile n’avaient pas été suffisantes, mais qu’il s’agissait d’une “urgence humanitaire”. Face à la crise actuelle, Merkel s’est alors exprimée en faveur d’expulsions plus rapides de demandeurs d’asile déboutés. Elle soutient le ministre de l’Intérieur Horst Seehofer, qui propose entre autres la mise en place de “centres d’ancrage”, où les demandeurs seraient hébergés jusqu’à ce qu’une décision soit prise sur leur dossier. Ce n'est pas une nouveauté: depuis trois ans, Angela Merkel n'a eu de cesse de durcir ses positions sur l'immigration, mais sans que cela ne soit forcément perçu comme tel par l'opinion.

 

Par Anja Maiwald

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