Merkel, la quatrième et (dernière ?) campagne

Une décision"mûrement réfléchie", mais qui ne surprend guère en Allemagne tant elle semblait ne pas avoir de concurrent dans son camp: Angela Merkel se lance donc dans une quatrième campagne pour la chancellerie. Avec un positionnement politique déjà très net...

Une candidature « anti-Trump »

Une candidature, mais pour quoi faire ? Hier à la CDU, puis sur la première chaîne publique, Angela Merkel a expliqué ce qui avait guidé sa décision de briguer un quatrième mandat. Et la chancelière de poser les grandes lignes de sa campagne: défendre les « valeurs » que sont « la démocratie, la liberté, l’Etat de droit, rejeter « la haine de l’autre ». A l’heure où les droites européennes se durcissent, ce discours tranche. Pour l’un des cadres de la CDU, Stanislas Tillich, « Angela Merkel est la réponse au populisme de l’époque, elle est quasiment l’anti-Trump ». L’intéressée n’a pas démenti formellement que l’élection de Trump avait joué un rôle important dans sa décision de se porter une nouvelle fois candidate. Mais selon elle, il serait « grotesque et absurde » de la qualifier de « dernier rempart » du monde libre face aux tendances autoritaires.
Cela va-t-il surtout convaincre l’électeur allemand ? Pour la Süddeutsche Zeitung, « Merkel est plus puissante sur la scène internationale que dans son pays. Etant donné l’étendue des crises internationales, il est compréhensible qu’elle ne voit pas la politique intérieure comme une priorité. Mais c’est une erreur. » Pour la Bild, la chancelière « doit regagner le cœur des électeurs de la classe moyenne qu’elle a perdu avec sa gestion de la crise des réfugiés. Car cette élection ne se gagnera pas avec des éditoriaux dans le New York Times, mais avec les électeurs allemands. »

Le plus dur est à venir…

La chancelière elle-même a prévenu: la campagne à venir sera très difficile, sans doute la plus dure de sa carrière. Car, comme le souligne la TAZ, « cette nouvelle candidature ressemble à un but vide pour les populistes d’extrême-droite, qui vont aiguiser leurs couteaux. » Des attaques qui viendront aussi du centre-gauche, alors même que le SPD est le partenaire de coalition de la CDU de Merkel. Dès hier, l’un des responsables de ce parti déclarait ainsi: « Merkel n’est plus imbattable ». « Le zénith de son pouvoir étant derrière elle, la reconduction de cette grande coalition ne sera pas un long fleuve tranquille pour la chancelière », souligne la FAZ. « Le SPD va lutter pour ne pas gouverner encore une fois avec une chancelière CDU, alors que son propre parti va un jour en avoir assez d’elle. Il ne serait donc pas surprenant si, après avoir gagné les élections, elle passait le témoin à mi-mandat. ». Pour Die Welt, « le fait qu’elle ne soit pas une personnalité clivante est un avantage décisif pour elle. Elle peut en effet travailler avec le SPD, les Verts, ou le FDP. Parfois, la fadeur est une vertu », tacle le quotidien qui évoque déjà l’après-Merkel: « Sa tâche la plus importante est maintenant de trouver un successeur. Cela s’annonce plus difficile que de sauver le monde occidental, et plus improbable que l’effondrement de l’Union Européenne. »

 

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