Ils enterrent à Berlin des migrants morts en Méditerranée pour éveiller les consciences

Une centaine de personnes vêtues de noir dans le cimetière musulman de Gatow, le 16 juin dernier à Berlin. Deux cercueils blancs et un imam qui prononce la prière. Un enterrement traditionnel ou presque …

Car c’est sans compter la foule de journalistes venus couvrir l’événement. Un coup de pub réussi pour les membres du Centre pour la beauté politique (Zentrum für politische Schönheit).

"Nous voulons offrir à ces personnes un enterrement selon les rites de leur religion et leur redonner la dignité qu’ils ont perdue aux frontières de l’Europe", explique Justus Lenz, un membre du groupe.

Mardi, c’est une mère syrienne et sa fille de deux ans qui ont été inhumées. Parties de Damas, elles avaient rejoint la Libye avec toute leur famille avant de traverser la Méditerranée, et de mourir dans de le naufrage de leur embarcation de fortune. Le père et les trois autres enfants sont sains et saufs, réfugiés en Allemagne. Ils n’ont pu assister à l’enterrement.

Une action coup de poing

Par cette action, les militants entendent dénoncer le sort que l’Union européenne réserve à ces migrants. "Ce sont les responsables politiques européens qui contraignent les gens à prendre les bateaux, pas les passeurs", déclare Stefan Pelzer, responsable de l’opération sobrement intitulée "Les morts arrivent".

Ils sont partis chercher les corps d’une dizaine de migrants à Lampédusa, les ont extraits des fosses communes pour les inhumer dignement. "Aujourd’hui, cette femme et sa fille sont arrivées en Europe mais elles ne sont plus en vie", se désole l’organisateur.

Un groupe qui fait régulièrement parler de lui

Mais avec ce collectif d'artistes, la polémique n'est jamais loin. Les sièges de la chancelière Angela Merkel et du ministre de l’Intérieur Thomas de Maizière, invités pour l'occasion, sont restés vides. Ils n’ont pas souhaité participer à l’évènement. Il faut dire que l’opération a été vue comme une énième provocation à l’égard du gouvernement.

En novembre 2014 déjà, à l’occasion des 25 ans de la chute du Mur, les membres du groupe avaient volé des croix en souvenir des Allemands de l’Est, tués en tentant de passer à l’Ouest.

Elles étaient "réapparues" quelques jours plus tard à Melilla, enclave espagnole au Maroc et lieu de passage privilégié par les migrants africains, avant que l'on apprenne qu'il s'agissait en réalité de copies. Les membres du Centre pour la beauté politique sont des spécialistes du happening politique (rien ne dit d'ailleurs que des corps soient réellement inhumés pour l'opération Les morts arrivent) et ils ne souhaitent pas s’arrêter là...

"Les morts arrivent", acte III

Point d'orgue de ces manifestations : la marche funèbre du 21 juin où une tombe devrait être creusée devant la chancellerie. Pas sur qu'avoir des corps sous ses fenêtres ravisse Angela Merkel... Mais pour les membres du collectif, "tant que les murs ne tomberont pas aux frontières de l'Europe, les morts continueront d'arriver à Berlin". A bon entendeur ...

D'autres enterrements sont prévus cette semaine à Berlin et l'action devrait se poursuivre dans les prochains mois.

Rappelons que l'Allemagne reste le pays qui accueille le plus de migrants en Europe ; 450 000 pour l'année 2014. Le gouvernement a également décidé de doubler l'aide financière allouée à l'immigration, soit un milliard d'euros pour l'année prochaine. Toujours pas suffisant pour les militants du Centre pour la beauté politique.

 

Par Camille Wormser

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