Ma semaine de 35 heures... à une trentaine près!

Voilà, c'est fait. Nous voilà arrivés au bout de ces 96 heures de garde à vue. Non sans mal. Non sans fatigue. Oh, bien sur, je le répète toujours avant qu'on ne me l'oppose, ce n'est pas la même fatigue que ceux que j'avais en face de moi, durant ces 96 heures. Certes.

Cette semaine aura commencée au plus tôt. Comme souvent en pareilles circonstances. Avec une nuit très courte; mêlée d’anxiété, de stress, d'adrénaline, mais aussi... de la peur de ne pas se réveiller. Je crois que nous sommes bon nombre dans ce cas. La hantise de en pas entendre le réveil; les collègues qui attendent, etc... A ce jour, cela ne m'est pas arrivé. Je touche du bois.

Arrive le moment de grimper dans la voiture. Je met le contact... les rues sont désertes. Forcément, à quatre heures du matin, il y a encore peu de monde debout. Ou pas encore levé, c'est selon. Cela me rappelle cette petite technique que nous avions, il y a vingt ans (oui, ça fait vieux con, je sais), lorsque je travaillais de nuit. Au moment de contrôler un véhicule, selon que le conducteur vous disait bonsoir ou bonjour, il ne s'était pas encore couché, ou était déjà debout. Bref, je m'égare...

Les premiers messages arrivent "debout tout le monde, y'a un peu de boulot ce matin"... un peu... l'euphémisme... Tout le monde a bien conscience que la semaine va être longue et difficile. J'ai, constamment, depuis plusieurs jours, cette crainte: me tromper de porte. Cela peut paraitre surprenant; j'ai fais tout ce que je pouvais faire pour être le plus sur "possible". Mais on ne l'est jamais, lorsqu'un appartement n'est pas au nom de l'objectif, et que ce dernier n'apparait nulle part. Il y a toujours le doute. Et, se trompant de porte, il se pourrait que l'objectif entende; prenne la fuite ou, dans une moindre mesure, fasse disparaitre des éléments de preuve.

Nous arrivons devant notre objectif. Difficile de ne pas se faire remarquer avec, pour certains, des tenues de "tortue-ninja"; rien de péjoratif dans ce que je dis, mais cela me fait toujours penser à ça. Tout se passe très vite. Et bien; tout le monde est rassuré. Sauf lui, bien évidemment. On enchaine les actes, sur place, les avis, puis la perquisition. Retour au service. Déjà, les médias commencent à sortir des infos. Il n'est pas encore huit heures. Je sais que, durant quatre jours, je serai "délocalisé"; trop de monde pour un petit endroit. Au risque de paraitre un peu superflu, cela n'est jamais très agréable de ne pas être dans son environnement, dans ces circonstances; on aime bien avoir son environnement de travail, ses habitudes.. Mais bon, c'est ainsi. Dans quelques mois, ce genre de problématique n'aura plus lieu d'être, à partir du moment où tout le monde sera aux Batignoles. Retour au service; on s'enquiert de ce qu'il se passe ailleurs. tout le monde est là? Ok; c'est déjà pas mal. Nous sommes sur de bons rails... il va falloir tenir. Comme souvent en pareil cas, le déjeuner sera rapide. Beaucoup de choses à faire autour. A vrai dire, ça sera le cas toute la semaine.

Ce premier jour prend fin, il est vingt deux heures passée. Le temps d'aller dormir un peu. Difficile de ne pas regarder ce qui se dit dans les médias. A la fois, c'est surprenant. par l'ampleur et la précision de certaines éléments qui ont filtré. C'est ainsi. Que dire, si ce n'est faire avec; nous sommes en 2017, le moindre fait est médiatisé; alors, en pareilles circonstances... Mais bon, je serai tout de même étonné par le fait que certains photographes ou journalistes puissent avoir des détails très précis; jusqu'à certaines adresses... Bref, cette fois-ci, cela n'aura pas nuit aux investigations. parce qu'il est bien là, le risque. Arrive le temps des auditions qui commencent. Comme toujours, on commence par les identités; on balaye un peu la vie de chacun; famille, études, passé criminel, etc... Et puis on en arrive aux faits.

Les auditions s'enchainent les unes après les autres, un peu partout... S'en suit le compte rendu au chef de groupe; qui, lui-même répercute; à la fois auprès de la hiérarchie administrative que judiciaire. On avance, tout doucement. Mais surement. Arrivent alors les premières prolongation de garde à vue; On repart pour vingt quatre heures.

Difficile de rester couché une fois qu'on a ouvert un œil. L'attention est très vite attirée vers ce qu'il va falloir faire, l'organisation de la journée. Les quelques PV qui restent à faire, des exploitations de scellés... et puis, à nouveau des auditions. Le mardi soir, ça commence déjà à "tirer". Et je sais, d'avance, que je vais me lever tôt le lendemain. Devant m'absenter trois heures en matinée, il va falloir que je prenne de l'avance pour l'après-midi. Arrive le troisième jour... je me retrouve au service, devant la porte de l'ascenseur. Sans badge. Il est 06h30, autant dire qu'il y a peu de passage... je me retrouve à hurler dans les escaliers en esperant qu'une femme de ménage m'envoie l'ascensur après m'avoir reconnu. Cette matinée sera triste. Et difficile. Mais il faut y retourner. Je reviens tout juste à 13h; le témoin que j'ai convoqué est déjà au service. Pas moi. Et c'est reparti. Un témoin, une audition de gardé à vue, un autre témoin, une autre garde à vue... le temps file... l'on a le temps... de rien! Je me rends compte que je n'ai même pas eu mes enfants au téléphone depuis deux jours! L'on est comme dans une spirale. On sait où on va... on y file.... droit... mais sans regarder à coté. Et puis, en même temps, c'est nécessaire. Rester dans le match; resté concentré. La hantise: la faute; celle qui annulerait tout ou partie. Après des semaines de travail intensif, ça serait catastrophique, à tous les niveaux. A vrai dire, on sent la pression, même si elle ne s'exerce pas directement. Il faut le dire, les pare-feux jouent leur rôle, ce sont eux qui emmagasinent la pression. Pourtant, à la fois, on se la met. Mais aussi, on la sent, tout autour, avec cette médiatisation. Impossible de faire sans!

Le quatrième jour arrive. Les auditions commencent à se préciser. Il faut commencer à penser la mise en page du tout. Et puis, chacun gère ses "objectifs", et le bout de procédure qui va avec. C'est le jour le plus difficile... encore que... on n'est pas prêts pour rendre le tout. ça veut dire que l'on va devoir aller au bout de la mesure, jusqu'aux 96 heures. Mais ça veut surtout dire qu'il va falloir se lever pour déférer en étant au tribunal... à 06h00.

 

Voilà, c'est fait. Trois mois de travail. Le résultat est là; même si je reste un peu déçu sur certains points. Mais bon, c'est ainsi; difficile de tout avoir. L'objectif principal est atteint. Enfin presque. La route est encore longue jusqu'à un éventuel procès. Et les heures de travail vont probablement encore s'accumuler. Elles seront différentes, mais bel et bien là.

Se reposer? Oui, on va essayer. Mais, par expérience... un dossier en chasse un autre. toujours.

 

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  • rosaliecesar

    Bravo à nos policiers qui se démènent pour nous protéger et résoudre les crimes de notre société.Dommage qu'en France la Justice défasse le travail de la Police selon moi.

    • Daniel Chollet

      Je vous rassure, il existe encore des états policiers où vous pourriez tester la douceur de vivre.

    • FranceUnie

      La justice fait la même chose que la police actuellement.
      C'est a dire : rien, ou pas grand chose.

      Quand nous avons des policier qui frappent des manifestant et que la Justice les relâche, c'est honteux.
      Quand nous avons la justice qui concerve en prison une femme battu qui a vu ses filles se faire violer, c'est honteux
      Quand nous avons la justice qui ne condamne qu'a du sursis les crimes d'aggression, de viol, de racisme, de discrimination, de sexisme, de fraude fiscale, c'est honteux.
      Quand nous avons des policiers qui disuade les personnes de porter plainte, c'est honteux.
      Quand nous avons des policiers qui ne veulent pas enquête très loin sur une affaire, alors que les éléments sont présents, c'est honteux.

      Police et justice, en réalité ca ne fait qu'1.
      Et pour le moment, tout deux ne font rien pour rendre justice.

  • Ysgawin

    Et tout ça pour un salaire qui ressemble à un "pour-boire" d'un "cadre sup' "... Vous avez vraiment le moral et la vocation. Félicitations.

  • FranceUnie

    De tout façon, que l'on le veille ou non, dans un futur proche la règle du travail va changer pour être des journées de 6 heures (30-32 heures en semaines)

    Pourquoi :
    1/ parce qu'il est plus facile de faire 4 plages de 6 heures dans une journée entière, ou pour une entreprise qui ne travail que le jour 2 plages de 6 heures.
    2/ le stresse et la fatigue augmentent avec des journées à ralonge de 8 heures sans compté heures supp, ce qui engendre beaucoup de maladie et d'accident du travail, si vous regardez les chiffres c'est édifiant.
    3/ les journées de 6 heures permettrons :
    a) de se retrouver en famille (retrouvaille, éducation, repas familliaux, ...)
    b) de pouvoir plus se reposer, decompresser, sortir, ...
    c) de pouvoir s'occuper des enfants (écoles, activités secondaires, ...)
    d) de consommer (restaurants, shopping, activités familiales, ...)
    4/ parce que la compétitivité augmente quand les salariés, ca peut aussi être le cas du patrons pourquoi le mettre à part lui aussi peut se reposer, sont mieux reposé, détendu, attentif, déstressé (moins aggressif)
    5/ parce qu'un patron dans une entreprise qui permet à ses salariés d'avoir de meilleurs conditions de travail et donc de vie personnelle en parallèle, aura moins de journées de congés, une plus grand complicité, une plus grande efficacité, un meilleur développement, moins de conflit sociaux et syndicaux. (Voir exemple en autriche, allemagne, danemark, pays bas, finlande, Suède, Norvège, ...)
    6/ que la nouvelle génération qui arrive dans le monde du travail ne veut pas être comme l'ancienne souffrir au travail pour être payer plus. La nouvelle génération veut juste une meilleur vie.
    7/ que le partage du travail fera obligatoirement :
    a) plus de création d'emploi, et l'emploi fait baisser le chômage
    b) des salariés pourront se concentrer sur une activité professionnelle parallèle (par exemple une secrétaire qui en retrant chez elle devient créatrice de bijoux).
    c) un production en hausse, puisqu'il y aura plus de travailleurs, donc plus de consommateurs
    8/ vis a vis des compte public, si plus de production, plus de travailleurs, plus d'équité, plus de développement d'entreprise, meilleur condition de vie pour le peuple. Tout cela ne pourra être que positif pour :
    a) les impôts
    b) les retraites
    c) le désendettement
    9/ une meilleur répartition du travail entre privé et profession, fera aussi de meilleur condition sanitaire, corporelle, mentale, .... et beaucoup d'autre chose.
    Sans parler que sur le point de vu des vacances, culture, sortie, etc. C'est là aussi assez positif.

  • Francis

    Qu'un policier qui prend son service ne sache jamais vraiment quand il aura terminé, surtout en P.J. , c'est une réalité indéniable. Et c'est une vrai contrainte, en particulier vis à vis des obligations familiales.
    Mais des fonctionnaires de police faisant 65 heures par semaine, quels que soient les grades ou les fonctions, je n'en ai jamais vu.
    Et j'ai plutôt eu du mal à leur expliquer, pour en avoir embauché pas mal parmi les "jeunes retraités" (qui voulaient un salaire en plus de leur pension), que des horaires de travail en entreprise, ce n'est pas "je viens quand je veux" ; et que les 35 heures, ce n'est pas 20 heures par semaine sous prétexte qu'il s'agit d'un "service actif".