Sur la prostitution, je n'ai que des questions... (et je voudrais des réponses plutôt que des invectives)

PROSTITUTIONIl est des débats dans lesquels mon expérience personnelle, mes lectures, des échanges constructifs avec des personnes éclairantes nourrissent ma réflexion et m'aident à me forger une opinion.

Il est un débat, aujourd'hui au cœur de l'actualité, dans lequel mon expérience personnelle est insuffisante, mes lectures trop peu enrichissantes et les échanges avec les un-es et les autres rarement constructifs : la prostitution.

Sur ce thème, je fourmille de questions. Et plus je tache de faire progresser ma réflexion et plus elles sont nombreuses, ces questions. Plus elles sont complexes aussi. Au point que parfois  j'envie - sinon admire - celles et ceux qui sont parvenu-es à se faire une ferme opinion.

Car non seulement les questions sont nombreuses mais encore faut-il, quand on les pose, s'attendre à ce que le seul fait d'interroger le sujet constitue en soi une prise de parti (et une prise à partie) puis suscite les réactions d'agressivité d'un camp ou de l'autre.

Elisabeth Badinter

Elisabeth Badinter

Si, poursuivant par exemple la pensée d'une Elisabeth Badinter qui conçoit le droit de vendre une prestation sexuelle comme une extension de la liberté à disposer de son corps, je me demande précisément si ce droit-là ne doit connaître aucune restriction pour peut-être protéger les individus d'eux-mêmes dans un contexte d'ultra-libéralisme potentiellement oppresseur, les anti-abolitionnistes me tombent illico sur le coin du pif en me supposant des tentations paternalistes : qui suis-je pour laisser penser ainsi que certain-es doivent être protégé-es d'eux-mêmes ? Qui suis-je pour questionner la réalité du consentement d'autrui quand il semblerait que je tiens pour acquise ma propre conscience de ce qui est bon ou pas pour moi et voudrais que d'autres la partagent dans les mêmes contours?

Alors, entendant la critique, je pose une autre question : ne peut-on considérer chaque adulte, pourvu qu'il ne soit le jouet d'aucun-e proxénète, sous l'emprise d'aucun réseau ni pris au piège d'aucun trafic, comme une personne parfaitement responsable d'elle-même qui peut faire le choix indépendant de se prostituer? Voilà alors que ce sont les abolitionnistes que je scandalise, et qui me répondent vertement que la question du "choix" est hors sujet et que d'ailleurs, je ne voudrais certainement pas que mon propre enfant embrasse la carrière de prostitué-e. C'est sans doute vrai. Mais il y a tant d'autres métiers, fatigants, éprouvants physiquement et moralement, stigmatisants et/ou dangereux, que je préfèrerais aussi que mon enfant s'épargne. Il y a aussi que je me pose forcément une autre question, au-delà du débat sur la prostitution : qu'est-ce qui fait qu'un métier répugne (j'entends citer à tout bout de champ celui d'éboueur-se, par exemple) et qu'un autre bénéficie a priori d'une appréciation valorisante? Et encore au-delà, qu'est-ce qui fait aussi qu'une activité puisse être considérée comme un "métier" et pas une autre, puisqu'il y a, pour commencer, un désaccord de fond entre abolitionnistes et règlementaristes sur cette notion-même de profession.

La députée Maud Olivier (c) Assemblée nationale

La députée Maud Olivier (c) Assemblée nationale

Puisque côté "choix" de la personne prostituée, je ne parviens à sortir du flou, je tourne mon regard ailleurs, du côté de la clientèle. C'est d'ailleurs là que le débat du moment se situe, puisque ce qui fait polémique, c'est la proposition de la députée Maud Olivier de pénaliser le client. Quand je lis les travaux de certain-es abolitionnistes sur les consommateurs de prostitution, j'ai du mal à cacher mon profond dégoût pour ceux qui réifient sans complexes d'autres êtres humains, qu'ils traitent avec un cynisme organique passablement écœurant. J'ai aussi du mal à ne pas trouver franchement hypocrite le discours fantasmatique de celles et ceux qui prennent des pincettes pour parler "d'escorts" plutôt que de "putes" et évoquent les salaires mirobolants que certain-es se feraient dans des hôtels 5 étoiles auprès d'une clientèle de bombes sexuelles qui les font jouir en plus de leur filer des billets craquants de 500.  Mais quelle horreur, en disant cela, je sers la soupe aux "abolos" et depuis l'autre camp, on me renvoie tour à tour à un extrémisme féministe hystéro-frigide (car c'est une des grandes joies de ce débat, le bashing euphorique du féminisme caricaturé en mouvement réactionnaire et liberticide) ou à des relents de puritanisme judéo-catho-coincé. Car c'est une évidence, si je prends en compte certains arguments pro-pénalisation, c'est que je dois être du côté de la morale étriquée et de la normativité sexuelle...

Pourtant, je comprends aussi les arguments des prostituées indépendant-es réuni-es en syndicat qui s'opposent à la pénalisation du client. Moi-même travailleuse indépendante, je serais probablement inquiète et en colère si du jour au lendemain ma clientèle devait être poursuivie par la police pour avoir fait appel à mes services. Quelle traîtresse à la cause féministe fais-je en osant ce parallèle, me lance-t-on dans le camp abolitionniste, et quelle posture bourgeoise intellectualisante je tiendrais en prétendant comparer ma situation de cheffe d'entreprise bien installée à celle d'une immigrée de 20 ans ma cadette qui ferait des passes pour rembourser la dette de son "passage" ! Il n'empêche que si j'ai une seule certitude dans ce débat, c'est qu'il est hors de question de taper sur les prostitué-es ni de les précariser ou de dégrader leurs conditions d'existence en s'attaquant à la prostitution. Or, je me pose des questions sur les effets immédiats d'une pénalisation sur les conditions de vie et de travail des personnes prostituées, qu'elle pourrait, disent certain-es, renvoyer à une encore plus grande clandestinité et priver toujours davantage de droits.

2722566Mais ma pauvre, me dit-on en face, ce syndicat qui défend les droits des prostitué-es n'est pas représentatif ! On lui reproche essentiellement d'être animé par une "élite" qui défendrait les intérêts d'une minorité de travailleur-ses du sexe et serait en dehors des réalités de l'immense majorité de la prostitution. Minorité/Majorité, représentativité/réalité, on entre ici dans la guerre des chiffres... Et puisque le sujet est hautement tabou, ben, des études un peu solides et pas trop partisanes, on en manque. Nous disposons de rapports d'information parlementaire et de synthèses réalisées par l'OCRTEH (Office central pour la répression de la traite des êtres humains) qui  évaluent à environ 20 000 le nombre de prostitué-es en France et affirment que 80% environ sont issu-es de la traite. Le syndicat des travailleur-ses du sexe sus-nommé conteste ces données au motif qu'elles ne tiendraient compte que de la prostitution de rue, la plus édifiante et la plus scabreuse, la plus visible et la plus dérangeante, et oublieraient de comptabiliser les personnes qui font commerce de leur corps ailleurs que sur le trottoir. Alors les "vrais" chiffres, selon le syndicat, feraient à la fois grimper la réalité prostitutionnelle à plusieurs centaines de milliers d'individus concernés mais encore feraient-ils baisser proportionnellement la part d'entre eux victimes de la traite (qui ne s'établirait plus à 80 % mais tomberait à 3, 4 ou 5%). 20 000 prostituées contre plusieurs centaines de milliers ; 80% d'esclaves sexuel-les contre 5% à peine... Comment savoir, comment se faire une idée quand il y a de tels écarts entre les données avancées par les un-es et les autres?

enteteQuand aussi, le sérieux des études et de leur traitement laisse à désirer, ainsi qu'en témoigne par exemple la récente affaire du "canular de Gaïa" : voulant démontrer que le syndicat des travailleur-ses du sexe détournerait les travaux de recherche sur la prostitution à des fins militantes, Gaïa Lassaube, une militante abolitionniste, a construit et diffusé un faux témoignage sur la "prostitution choisie", semblant servir le discours des anti-abolitionnistes. Et celles et ceux-ci de se faire piéger en publiant "avec enthousiasme" ce faux, "aux côtés de communications de chercheurs du CNRS". La riposte aura été de crier à la manipulation et de décrédibiliser les "abolos" à travers leurs "méthodes merdiques". Accusation de manipulation contre accusation de manipulation. L'affaire m'aura abandonnée perplexe, toute à mes interrogations, observant les échanges d'insultes entre les deux camps sur Twitter comme l'insaisissable balle fusante d'un championnat de ping-pong. S'en mêler, comme je le fais présentement, c'est risquer de la prendre aussi en pleine tronche, cette balle, envoyée sur les flancs depuis l'un ou l'autre des côtés de la table.

Je ne doute d'ailleurs pas que ce billet lui-même, qui pourtant ne fait part que de mes questionnements, de mes doutes et de mon besoin d'être mieux informée et mieux avisée sur un sujet hautement compliqué qui convoque des thèmes aussi sensibles que le rapport au travail, à l'argent, à la sexualité, au corps, à la place de la morale dans le débat public, pourrait me valoir de part et d'autre, quelques réactions méprisantes et/ou outrées. Chacun-e pourra y voir que je défends l'autre, il sera peut-être dit que mes questions sont orientées et contiennent en elles-mêmes des réponses suggérées. Je m'y attends, mais je promets sincèrement que ma demande n'est autre que d'avoir un débat enfin éclairant, appuyé sur des travaux de qualité et amené avec pédagogie et si possible une certaine sérénité propice à la compréhension fine des enjeux par les non-initié-es...

Sinon, on peut aussi laisser le dernier mot à Elisabeth Levy et sa bande de salauds, aux antiféministes primaires, aux putophobes et aux libéralo-réacs de l'époque, mais je doute que tout le monde, à commencer par les personnes prostituées, s'y retrouvent.

 

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  • Jef Tombeur

    Je comprends votre cheminement : je me suis posé les mêmes questions.

    Mais il faut finalement opter. Or, je ne veux pas qu'une minorité présentée comme telle (les indépendant·e·s) soit sacrifiée : depuis quand une minorité n'oppressant pas la majorité est-elle condamnable.

    Par ailleurs, je le développe en divers endroits (sites), cette loi est liberticide, et comme l'infraction ne suffit pas, on fera du recours aux services prostitutionnels un délit avec inscription au casier judiciaire et interdictions professionnelles.
    C'est ce qui se produit aux États-Unis (très nombreux exemples quotidiens).

    Mais un « prostitueur », cela se fabrique. Donc un pouvoir totalitaire (ou simplement autoritaire) pourrait fabriquer des clients à de toutes autres fins.

    Sur l'argumentation des indépendantes, consulter l'Appel aux parlementaires de Mylène (une indépendante) sur Scribd.

    http://fr.scribd.com/doc/179428724/Lettre-ouverte-Mylene-pdf

    • Marie Donzel

      Mon cheminement est un "think in progress" : je suis sûre que ce débat est très profond, qu'il agite des questions fondamentales, je veux qu'elles soient dignement explorées... Et oui, il faudra à un moment ou à un autre, se faire une "option", sinon une religion, comme vous le dites...

  • lyseam

    Quel méli-mélo !

    Ce n'est pas une fourmilière (les fourmis sont très organisées), c'est au mieux une pelote emmêlée.

    je vous cite :
    "d'ailleurs, je ne voudrais certainement pas que mon propre enfant embrasse la carrière de prostitué-e. C'est sans doute vrai. Mais il y a tant d'autres métiers, fatigants, éprouvants physiquement et moralement, stigmatisants et/ou dangereux, que je préfèrerais aussi que mon enfant s'épargne."

    et plus loin sur" les éboueurs" (métier peu attractif mais indispensable au bien de tous et qui ne réduit pas l'éboueur à un objet)

    "stigmatisant" ? pour qui .? des snobinards qui se permettent de fantasmer sur la prostitution des autres mais se pincent le nez devant leurs propres ordures ?

    doit-on vous souhaiter que votre enfant devienne (soyons délicat) escot-girl/boy plutôt qu'éboueur ?

    je préfère pour le(s) mien(s) le contraire, -à devoir choisir.

    votre non position est comme votre article : décevant et loin de la réalité.
    Qui voulez-vous donc ménager ? ceux (ou celles) qui font partie de votre réseau et sont connu(e)s pour utiliser des prostitué(e)s ?

    le clip de osez-le féminisme est plein de" subtilités" (oui ! y compris le père qui se pourlèche en pensant à la chair fraîche que représente aussi sa propre gamine) mais sans doute aurait -il "gagné" à exister aussi avec une grande ado super-excitée à l'idée de faire prostituée comme formation =>comme cela dans les deux cas, vous pouviez vérifier qu'un haut le cœur vous gagnait.... ou pas (et si "pas", alors là il y a de quoi s'inquiéter sur votre humanisme)

    • Marie Donzel

      Je m'attendais effectivement à une réaction plutôt vive de votre part. Comme chaque fois, je vous lis avec intérêt et je tiens compte aussi de vos remarques pour cheminer, même si je sens que vous me soupçonnez de parti pris.

      Je n'ai pas écarté délibérément le clip d'Osez le féminisme. Il m'avait échappé. Sur vos conseils, je vais donc le regarder.

  • lyseam

    à propos le clip d'osez le féminisme est une démonstration par l'absurde. on va jusqu'au bout d'une logique pour aboutir à une conclusion qui ne peut qu'être rejetée donc c'est que l'hypothèse de départ était fausse.
    j'espère que mon commentaire précédent passera aussi.

  • lyseam

    voilà une réponse que vous avez eu avant d'écrire cette article mais que vous avez pris soin d'écarter : une démo par l'absurde :
    clip sur le (non-)métier de la prostitution :

    http://www.osezlefeminisme.fr/
    Si vous demandez des réponses et que quand vous les avez, vous faites la sourde oreille aux plus claires et aux plus imparables pour pouvoir continuer pareil, cela ne sert à rien de choisir un tel sous-titre !

  • Francostars

    Il vaut mieux de taxer la prostitution. En plus les clients des prostituées ne sont pas peu des gens et en conséquence, les politiques doivent voir à leurs votes!

  • shatonga

    faut légaliser et encadrer pour une question de SANTE PUBLIQUE (dia, chtouille, etc)... le reste, la morale, tout ça, ça change selon les époques.

    rappelez-vous que les maisons closes ont été fermées en France pour des raisons politiques, pour éviter les scandales en direction de la classe politique et industrielle, friande de filles de joie, ces dernières pouvant facilement créer le scandale et fragiliser la république... pas du tout pour des raisons de morale, ou de soi-disant lutte contre la criminalité.

    En tous cas, quelque soient les raisons, on peut bien remarquer que ça n'a pas fonctionné s'il s'agit de "bonnes mœurs" ou de lutte contre des réseaux criminels.

    • Didier Bois

      Voila le résultat de la légalisation Allemande:

      « Les conditions de travail des femmes prostituées ont empiré au cours des dernières années. Dans l'ensemble, beaucoup plus de services sont fournis dans des conditions plus risquées [sans préservatif] et pour moins d'argent qu'il y a 10 ans.» (La travailleuse sociale Weppert) (Der Spiegel, "Comment la légalisation de la prostitution a échoué en Allemagne", 2013/05/27)
      http://enquelquesorte.blogspot.ca/2013/06/dossier-du-spiegel-bordel-allamagne.html

      « La loi de 2002 ... n'a fait que renforcer la position des proxénètes
      et affaibli les femmes... Depuis les bordels sont moins contrôlées
      que les restaurants. » (Aktualisiert am Freitag, 05.04.2013)
      http://www.focus.de/politik/deutschland/tid-28714/menschenhandel-und-prostitution-das-brutale-geschaeft-der-rocker-mit-kaeuflichem-sex_aid_885638.html

      • shatonga

        je vous cite

        """ sont moins contrôlés""""

        il semble bien qu'il s'agisse d'une *** mise en oeuvre*** défectueuse... le "comment" est le plus important, et il y a des options.

        car on peut trouver des exemples de fiasco dans absolument tout les domaines. Car les moyens sont nombreux, et pas tous bons.

        • Didier Bois

          "Une mise en oeuvre défectueuse..."quand il s'agit de 300 000 femmes qui vivent l'horreur de la prostitution par la contrainte, il s'agit de CRIMES, pas de "mise en oeuvre défectueuse".

          • shatonga

            non, il s'agit bien de mise en oeuvre déféctueuse d'un texte de loi. Les termes ont une signification juridique précise. Un crime, c'est complètement autre chose juridiquement parlant. S'il s'agit d'un point de vue de votre part, c'est à votre honneur, mais cela n'engage que vous.

  • Didier Bois

    « j’aimerais bien qu’on m’explique comment une loi qui pénalise non plus les putes mais leurs clients, pourra faire pire que celle effectuant l’exact inverse () ce que je pressens fortement c’est que, sur le lieu de la passe et au moment de la transaction, l’existence même de cette loi pourrait équilibrer le rapport de force en faveur des putes. Au moindre dérapage, et pour peu que les représentants de la force publique soient dûment formés, les clients pourront être dénoncés, et je pense que rien qu’à cette idée ils se poseront un peu plus la question du respect de l’autre. » Artémise survivante de la prostitution

    https://spermufle.wordpress.com/2013/11/02/les-lois-qui-tuent/

    Dans la situation actuelle, pénalisation des personnes prostituées et impunité des michets, le rapport de force est inverse, c'est le client qui est en force, d'où les protestations des michets contre le projet de loi.
    N'oublions pas que les personnes prostituées sont extrèment souvent victimes de violences, de viols,... de la part des clients.

    En Zambie, en Thaïlande, en Turquie et en Afrique du Sud, respectivement 82, 55, 80 et 66% des personnes prostituées ont déclaré avoir subi des agressions physiques, alors que 78, 57, 50 et 57% ont été violées par un prostitueur (Farley, Baral, Kiremire, & Sezgin, 1998, pp. 405-426). En Allemagne, en Colombie et au Mexique, respectivement 61, 70 et 59% des personnes prostituées ont été physiquement violentées, tandis que 63, 46 et 47% d’entre elles ont été violées (Farley et al., 2003, pp. 33-74).

  • Didier Bois

    LA PROSTITUTION a des conséquences profondes qu’on ne retrouve dans
    aucune autre activité (Rapport sur la prostitution et ses conséquences du Parlement européen, 2012). L'un des problèmes courants de santé psychologique des prostituées sont les idées suicidaires récurrentes et les TENTATIVES DE SUICIDES 170 FOIS PLUS FRÉQUENTES QUE LA NORMALE ( A Teixeira, 2011). Philip Chester en 1994, avait déjà constaté que les femmes prostituées comptent pour 15% des suicides dans les hôpitaux américains.
    http://algarvedailynews.com/news/4613-suicidal-prostitutes-in-shocking-new-report

    L’anthropologue spécialisée en santé publique Rose Dufour au Canada notait aussi : « pensées suicidaires et leurs tentatives de suicide » ( Je voue salue..., 2005). Meme constatation en France par la Dre Judith Trinquart, par la psychiatre Muriel Salmona, ou par la spécialiste de la santé mentale Christine Goirand-Fadhlaoui : « elles finissent par montrer des signes d’épuisement et de souffrance psychique. D’ailleurs, le taux de suicides chez les prostituées
    est bien plus élevé que la moyenne de la population française. »

    « Et si JE MEURS AVANT MON SUICIDE, C’EST QU’ON M’AURA ASSASSINÉE,
    je mourrai entre les mains d’un fou, étranglée par un client parce que j’aurai dit un mot de trop(), je mourrai d’avoir tu ce que je pense passionnément, MA CONTRIBUTION À CE QU’IL Y A DE PIRE DANS LA VIE » Nelly Arcan, Putain, p. 87. N Arcan s’est suicidée en septembre 2009, à 36 ans. Elle vécut à Montréal où elle a été prostituée pendant plusieurs années.

  • TheGreatDoudou

    Bonjour,
    Très bon article, merci. Effectivement, il y a trop de passion dans ce débat, comme il y en a eu trop dans celui du mariage homosexuel. En fait, ce problème ressurgit aussitôt qu'il s'agit de rediscuter le droit de certains de nos concitoyens.

    Malheureusement, je crois que cela fait partie du système politique actuel. Comment peut-on trouver des solutions aux problèmes posés si l'essentiel de l'argumentation repose sur la décrédibilisation du camp adverse ? On ne peut pas. Et en général, on finit par sauter des étapes, et le camp qui a la majorité à l'Assemblée gagne.

    Le problème est très complexe, en effet. Peut-on, oui ou non, faire en sorte de protéger :
    - les prostituées ; quel statut peut-on leur accorder, quels droits à la retraite (cela semble ridicule, mais il faut bien y penser), quelle protection sociale (risques de MST, pénibilité,...), etc.,...
    - les clients ; peut-on garantir l'anonymat ? Le faut-il seulement ? Je fais un parallèle avec ce qui existe pour l'agroalimentaire : pour un souci de traçabilité des produits et de contrôle, un nombre assez hallucinant de mesures, de normes, de certifications existent. Comment endiguer une épidémie de MST ? Comment auditer l'activité d'une prostituée en respectant l'anonymat des clients ? Je crois qu'on ne peut pas. Pour une protection maximale il faut repenser l'activité de prostitution, ce qui implique une médiatisation, forcément malsaine sur un sujet tel que celui-là.
    - le reste ; comment protéger les enfants d'une exposition involontaire ? Quelles seront les conséquences sociétales de la légalisation ? La prostitution honnête existe-t-elle seulement et peut-elle exister ?

    Cela me dépasse. J'ai juste envie de me débarrasser du problème : étant donné que, quoi qu'on fasse, personne ne sera content, écartons-le : laissons nos principes juges. Et de ce point-là, c'est très clair : le principe même de la prostitution est contraire aux valeurs que l'on m'a enseigné, c'est une pâle parodie de l'amour et un mensonge, en plus d'une banalisation supplémentaire du libertinage. Soyons plus fermes avec la prostitution.

    Si j'admets que le problème me dépasse, il est plus inquiétant de voir que ça dépasse la classe politique, qui s'appuie comme moi sur des arguments facilement contestables, liés aux valeurs personnelles.
    J'ai bien peur qu'on ne pourra jamais raisonner ce débat, tant que personne de compétent ne s'en occupe. Et même, j'aurais tendance à me méfier d'une telle personne...

  • Didier Bois

    L'Inspection générale des affaires sociales (IGAS), dans son rapport sur la santé des personnes prostituées, alerte sur les divers et nombreux problèmes liés à l'exercice de la prostitution : maladies sexuellement transmissibles,
    addictions et pathologies liées à la précarité, problèmes
    gynécologiques, lésions secondaires consécutives à des violences…

    On retiendra notamment le témoignage d'un gynécologue hospitalier, ayant examiné de nombreuses femmes victimes de réseaux criminels : « Les
    lésions constatées chez ces femmes sont des cicatrices (…) consécutives au fait d'avoir été attachées, traînées, griffées, ainsi que des arrachages de cheveux et des brûlures de cigarette.

    Conséquences gynécologiques de la prostitution : « Au niveau vulvo-vaginal, l'examen retrouve des vulves très déformées, et parfois des vagins cicatriciels durs et très douloureux, notamment dans la partie haute du vagin où il existe parfois des cicatrices rétractiles en diminuant nettement la longueur. »

    La violence est inhérente à l'activité prostitutionnelle. Pour ne citer qu'une
    de ces violences, auxquelles les personnes prostituées doivent faire face, en Europe, entre 16 % et 76 % des femmes prostituées déclarent avoir été victimes de viol dans les douze derniers mois. Mortalité 6 fois plus importante que la normale.

    Certains tentent de réduire la question de la santé au seul problème que
    constituent les maladies sexuellement transmissibles. Cette démarche est inefficace et dangereuse. De fait, elle occulte complètement les violences, les viols, les agressions, les traumatismes auxquels les personnes prostituées doivent faire face et qui constituent des risques pour leur vie même.

    Il faut rappeler que la santé constitue – selon la définition de l'Organisation
    mondiale de la santé – un bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité. (IGAS, Le Monde, 2013/11/13)

  • Luug

    " je me demande précisément si ce droit-là ne doit connaître aucune restriction pour peut-être protéger les individus d'eux-mêmes"
    Protéger les individus d'eux-mêmes... la base des meilleurs scénarios de science-fiction décrivant des états totalitaires.

    L'enfer est pavé de bonnes intentions...

  • Luug

    je ne vois pas pourquoi vous vous prendriez la balle en pleine tronche vu que le fond de votre article est "je n'ai pas d'avis sur la question, pouvez-vous m'éclairer ?". Les uns et les autres vont plutôt chercher à vous convaincre.

    Etonnant de votre part, vous qui avez généralement des avis bien tranchés. Je n'ai qu'une interprétation à cette indécision : votre féminisme vous pousse à l'abolitionnisme et votre raison vous crie que vous renieriez et bafoueriez vos convictions profondes si vous adoptiez ce nouveau dogmatisme. Intéressant dilemme...

    J'attends de voir si, sur le cheval de la raison, vous allez franchir le rubicon ou rester sur la rive à avaler une couleuvre et adopter une position plus "politique".

    En tout cas pour le moment, vous n'osez même pas prendre parti sur les méthodes de certains abolitionnistes car oui celle employée par Lassaube est méprisable : elle ne fait absolument pas avancer le débat et ne vise qu'à salir le camp opposé au moyen d'une tromperie. Si même des procédés mesquins et misérables vous n'êtes pas capable de juger, c'est assez révélateur de votre situation !

    Vous comprendrez que je ne prenne plus la peine de contribuer au "débat" sur le fond du sujet étant donné que vous ne vous engagez jamais dans l'échange d'arguments dans les fils de vos articles.

  • Didier Bois

    Situation aux PAYS BAS :
    « 50 à 90% des femmes derrières les vitrines sont prostituées sous la contrainte » Police National Néerlandaise (KLPD), Service d’Investigation Criminel, July 1, 2008, p 13-15.

    AMSTERDAM ferme peu à peu ses maisons closes, car :
    « il ne s’agit plus de petit criminels, mais d’organisations CRIMINELLES
    DE GRANDES AMPLEURS IMPLIQUÉES DANS LA TRAITE DES ÊTRES HUMAINS, LE TRAFIC DE DROGUES, DES MEURTRES et d’autres crimes » Job Cohen maire d’Amsterdam de 2001 à 2010 dans une interview accordée
    au « N Y times ».
    « Maintenant il est clair que la légalisation a échoué. A Amsterdam, plus que
    jamais, les femmes [des vitrines…] sont contraintes à la prostitution par des proxénètes: "Nous avons réalisé que c'est devenu pire. La légalisation n’a servi qu’à couvrir la traite des êtres humains" Marijke Jansen-Shahsavai, conseiller
    municipal. » (Interview accordée à "L'Atlantique").
    http://www.tageblatt.lu/nachrichten/europa/story/12965920

    « c’est de l’esclavage… du crime organisé » a même dit le maire d’Amsterdam en 2011. Amsterdam a récemment procédé, pour 15 millions d’euros, au rachat du tier des vitrines du Red Light District, qu’elle considère aujourd’hui comme un lieu d’esclavage moderne et un repaire du crime organisé. (Le Monde,
    2011/12/23)
    http://www.lemonde.fr/style/article/2011/12/23/pays-bas-flop-de-la-legalisation-de-la-prostitution_1621755_1575563.html

    Louise 50 de prostitution à Amsterdam : explique que rien n'est comme avant : "Les femmes venues de l'est ne se connaissent plus, ne se parlent plus et
    LES BORDELS SONT AUX MAINS DES MAFIAS ÉTRANGÈRES".
    (France Info, l'histoire du jour, 2013/03/12) Environ 80% des personnes prostituées sont des étrangères.

    La situation des personnes prostituées s’est détériorée. L’étude « Daalder » menée pour le Ministère de la Justice révèle que :
    _« il n’y a pas eu d’amélioration de la situation des prostituées »
    _le « bien être émotionnel des prostituées est plus faible qu’en 2001 sur tous les critères »
    _« L’utilisation de produits sédatifs a augmenté »
    _Les demandes de sortie de la prostitution sont importantes, mais à peine
    6% des municipalités proposent une assistance pour cela

    • shatonga

      >>> LES BORDELS SONT AUX MAINS DES MAFIAS ÉTRANGÈRES

      l'Etat doit donc reprendre la main et vérifier le consentement des personnes en question (car OUI il y en a qui font celà par choix, car elles ne souhaitent pas travailler, par paresse ou par manque d'idée). Et on peut imaginer que dans ce cadre, des formations professionelles soient données pour changer de "carrière".

      LE veut-il ? le peut-il ?
      Sans suivi, aucune loi, qu'il s'agisse de prohibition ou de permissivité n'est capable de lutter contre les réseaux criminels dans n'importe quel domaine.

      Le problème de la Hollande, comme d'autres, c'est qu'il se contente de permettre (canabis, putes etc) sans contrôles.

      Donc c'est voué à l'échec.

      Problème de mise en oeuvre.

      • Didier Bois

        Les Pays Bas controle, comme tous les pays qui ont voulu décriminaliser. Mais,
        ___ d'une part, meme dans le secteur légal, du trafic, contraintes et des crimes ont lieu:
        Dans l’ « affaire Sneep » dans laquelle deux proxénètes Germano-turcs, et 30 de leurs complices, ont été condamnés pour avoir exploité avec violence plus de 100 femmes aux Pays-Bas, en Allemagne et en Belgique. Or, il s’est avéré que toutes les femmes exploitées avec extrême violence aux Pays Bas l’étaient dans le secteur légal, licencié, taxé et contrôlé par l’Etat néerlandais.
        A Amsterdam, selon la police nationale, sur les 8000 femmes prostituées travaillent dans les seules vitrines au moins 4000 d’entre elles seraient contraintes.
        Un rapport mené conjointement par la Ville d’Amsterdam et le Ministère de la Justice[1] montre en effet qu’une partie considérable du secteur légal de l’industrie du sexe n’échappe pas à l’exploitation et à la traite des êtres humains. Ainsi, la moitié des « licences d’exploitation » de lieux de prostitution ou de coffee shops (marijuana) sont détenus par un ou plusieurs entrepreneurs déjà condamnés par la justice.
        [1] (Gemeente Amsterdam, Ministerie van Veiligheid en Justitie ; Projectgroep Emergo (2011). Emergo – De gezamenlijke aanpak van de zware (georganiseerde) misdaad in het hart van Amsterdam. Achtergronden, ontwikkelingen, perspectieven. Amsterdam : Boom Juridische Uitgevers.)

        ___D'autre part, LA LÉGALISATION DE L’INDUSTRIE DU SEXE N’A PAS EMPÊCHÉ UNE AUGMENTATION DE LA PROSTITUTION « ILLÉGALE » OU « CACHÉE »En 2010, le « RIEC Noord-Holland », organe gouvernemental en charge de la prévention de la criminalité a révélé dans une étude[2] que seules 17% des publicités pour de la prostitution publiées dans les journaux et sur Internet renvoyaient à un établissement du secteur légal de l’industrie du sexe.
        (2) RIEC Noord Holland (19 October 2010). Methodiek ‘Inzicht in prostitutiebranche’.

  • rondd

    après avoir lu tous les posts, je ne suis pas plus avancé que MD dont je partage la perplexité au vu des arguments pour et contre qui sont nombreux dans les deux cas. mais il y a au moins une chose dont je suis convaincu, c'est que l'état français (des deux bords) n'a pas déclaré la guerre au trafic et à l'exploitation des êtres humains alors qu'il aurait du le faire depuis longtemps avec un arsenal répressif des plus sévères pour éradiquer ce crime de masse qui sévit quasiment en toute impunité en France (et ailleurs) depuis toujours. je ne sais pas s'il existe une prostitution acceptable parce que choisie, mais je sais qu'il en existe une qui est inacceptable a minima parce que non consentie. avant de décider du sort ou des modalités pratiques de la prostitution consentie, il serait judicieux d'éradiquer celle qui ne l'est pas. ce serait au moins une bonne première étape, une bonne chose dans tous les cas, et ce serait toujours mieux que de continuer à y penser comme on disserte sur le sexe des anges, sans rien faire pendant que des personnes souffrent.

    • Didier Bois

      PÉNALISER L'ACHAT D'ACTES SEXUELS EST PLUS EFFICACE pour lutter contre la traite qu'arrêter uniquement les proxénètes. Car dès qu'un réseau est arrêté, d'autres réseaux prennent la place. C'est été, sur la D609, après 2ans d'investigation et avec l'aide de 130 gendarmes, un réseau roumain fut démantelé. Mais une semaine après, à nouveau une trentaine d'africaines les avaient remplacées !
      (TF1,sept-a-huit/2013/09/01)

      Les réseaux se font déjà la guerre pour placer leurs esclaves sur les
      trottoirs, lorsqu'un réseau tombe, les autres applaudissent et
      occupent le terrain à sa place

      Pourquoi attendre que le crime est lieu ? Voila pourquoi il est
      nécessaire de pénaliser l'achat d'actes sexuel, pour couper la
      raison de la traite.
      80 % de toute la traite des êtres humains est à des fins de prostitution (ONUDC, 2012). Les mafieux contraignent des femmes à la prostitution car ils savent que des michets paieront pour du sexe. Sans l'argent des clients, la traite s'effondrerait d'elle même.

      • rondd

        je pense que si les proxo, trafiquants et autres intermédiaires prenaient 30 ans ferme et incompressible, ça changerait bien la donne. ces gens méritent les peines les plus lourdes car en plus d'asservir des personnes, ils pratiquent le meurtre à la petite semaine non pas comme une fin mais comme un moyen de gestion de la "ressource", juste pour faire des exemples pour mater les "fortes têtes" ou se défaire de "poids morts". ces gens sont des assassins sans circonstance atténuante. ils méritent des sanctions exemplaires au lieu des peines ridicules qu'ils encourent aujourd'hui au regard de ce qu'ils font. pour le reste, j'ai un gros doute sur l'efficacité de la mesure "verbaliser le client". regardez ce que les amendes produisent comme résultat, par exemple sur le trafic routier. elles n'empêchent pas les gens de rouler comme des dingues ou bourrés, drogués ou sans permis, alors je ne suis pas convaincu que ça puisse changer significativement les choses de verbaliser les clients des prostitué(e)s. on ne pourra pas mettre un policier derrière chaque prostitué, le client habituel se fera verbaliser une fois sur 100, bof, pas vu, pas pris, pas compris et si pris, c'est pas de chance mais ça change rien aux habitudes. au pire, les clients français iront dans les pays frontaliers si ça devient trop cher en France, comme pour le tabac.

  • Dominique

    L'actuelle proposition de loi dont l'un des articles prévoit de pénaliser le client d'une prostituée est un texte liberticide car il pénalise les clients des prostituées qui exercent librement, sans contrainte. Il se mêle de la vie intime de ces personnes, entend la restreindre.

    La solution se trouve peut-être du côté du Royaume Uni : la loi anglaise est plus subtile que la proposition de loi française :

    "Au Royaume-Uni, la personne reconnue coupable de l’achat d’un tel acte auprès d’une personne prostituée soumise à la contrainte encourt une amende dont le montant maximal équivaut à 1 160 euros. Le juge fait application de cette peine de manière automatique et n’a pas l’obligation de vérifier l’état de connaissance du client quant à l’exploitation de la personne prostituée par un tiers." [rapport de l'assemblée nationale]

    Le client n'est poursuivi que si la personne prostituée est soumise à la contrainte (que le client soit au courant ou non de la contrainte).

    Et donc le client n'est pas poursuivi si la prostituée exerce sans contrainte.

    Cela semble être une voie à suivre.

    Pourquoi interdire toute prostitution ?

    Ni l'existence des violences conjugales au sein de quelques couples mariés, ni l'existence des mariages d'intérêt ne conduisent le législateur à une interdiction du mariage …

    En dehors de la prostitution, dans le mariage même, il y a aussi des rapports sexuels sans désir et/ou des rapports sexuels sans amour : par exemple, les rapports par devoir ("devoir conjugal").

    Au 19 ème siècle, le désir n'avait pas moralement la côte, le devoir conjugal était même alors, avec la procréation, le seul motif légitime de l'acte sexuel.

    Cette proposition de loi nie qu'une prostituée puisse être effectivement
    volontaire, consentante. Elle présuppose que tout rapport sexuel rémunéré est
    une chose tellement basse, abjecte, vile, horrible que la prostituée ne peut
    pas y consentir librement mais uniquement sous la contrainte de tiers (réseau,
    proxénète …) ou en proie à la plus grande misère sociale, économique, mentale, psychologique …

    Les prostituées effectivement consentantes, j'en ai rencontrées, j'ai recouru à leurs services, je les appréciées, respectées. Elles m'ont apporté du bonheur. Deux d'entre elles sont devenue des amies.

    A la base de cette proposition de loi, on a l'idée que tout rapport vénal est à considérer comme dégradant pour la prostituée : comme si le rapport sexuel vénal était nécessairement plus éprouvant, plus salissant (plus violent, moins réussi ...) que le rapport non vénal !!!!

    Certains rapports sexuels conjugaux, notamment ceux faits la nuit de noces, ont été et sont encore de quasi viols.

    Pourquoi hiérarchiser les relations et mettre systématiquement en bas de l'échelle, les relations clients/prostituées ?

    La plupart des clients ne choisissent pas une relation vénale pour avilir, violenter ou dominer une femme. Ils font ce choix pour être enfin acceptés comme partenaires, pour obtenir une relation intime sans avoir à passer par une entreprise de séduction, de drague, souvent déplaisante pour les hommes et les femmes.

    Derrière chaque client, il y a une histoire, un besoin et dans le rapport sexuel vénal comme dans tout rapport sexuel, il peut y avoir un échange entre les personnes qui peut être (dans les 2 sens) source de bien-être sensuel et aussi d’enrichissement spirituel, affectif. De quel droit le méconnaitre et l’interdire ?!!

    Mieux vaut laisser un espace de liberté aux prostituées effectivement consentantes et aux clients qui les respectent.

    Plutôt que d'essayer d'éradiquer toute prostitution, il vaut mieux combattre fermement et exclusivement la prostitution sous la contrainte (les réseaux et souteneurs notamment) et les rapports sexuels violents.

    La loi anglaise qui responsabilise le client en pénalisant le client d'une prostituée contrainte semble être une voie judicieuse dans la lutte contre les réseaux et maffias. Tout en permettant de respecter la liberté et la vie intime des adultes consentants.

  • rondd

    Au lieu de s'interroger sur le fait de savoir si la prostitution est une bonne ou une mauvaise chose uniquement pour les personnes qui la pratiquent ou pour celles qui y ont recours, c'est-à-dire une minorité de personnes, il n'est pas interdit de se poser la question autrement : la prostitution est-elle une bonne ou une mauvaise chose pour la société en général et plus spécialement pour la majorité de la société qui n'a aucun lien avec la prostitution ? Formulé autrement : cette pratique qui ne concerne qu'une minorité affecte-t-elle négativement ou positivement la majorité ? Si on veut trouver des effets positifs pour la majorité, on en trouvera, mais à quel prix ? en particulier, quelle image des hommes et des femmes cette pratique véhicule-t-elle dans les esprits ? Parce que l'être humain généralise facilement, allez lutter contre ça, sous prétexte que quelques milliers de femmes monnayent leurs charmes, on en vient facilement à penser que TOUTES les femmes peuvent le faire potentiellement. De même, sous prétexte que quelques milliers d'hommes achètent du sexe, on en vient facilement à penser que TOUS les hommes peuvent le faire à l'occasion. Cette généralisation à partir d'un phénomène minoritaire affecte significativement les relations existant entre TOUTES les femmes et TOUS les hommes car ces soupçons sont bien répandus et bien ancrés. Est-il acceptable que la majorité des personnes, qui n'a aucun lien avec la prostitution, aie à souffrir d'une pareille image alors que rien dans ses agissements ne justifie cette image ? Je pense que non et je pense qu'en démocratie, la majorité a le droit d'imposer par la loi ses valeurs à une minorité quand les agissements de cette minorité portent atteinte à l'image et au bien être de la majorité. La prostitution est un fait minoritaire qui porte atteinte à l'image et au bien être de la majorité des hommes et des femmes de notre pays, la majorité doit donc imposer à cette minorité de cesser cette pratique. A défaut, chaque homme continuera d'être regardé comme un client potentiel et chaque femme continuera d'être regardée comme une prostituée potentielle. Désirons-nous que cela change ou non ?