Bernard Jullien : "Aulnay va fermer mais PSA n'est pas sauvé pour autant"

 

Bernard Jullien est le directeur du Gerpisa (Groupe d'études et recherche permanent sur l'industrie et les salariés de l'automobile). Il nous a reçu dans son bureau à l'Ecole normale supérieure de Cachan. Cet économiste a envie de "challenger" l'analyse communément donnée de la situation de PSA. Il pose clairement la question : "Le plan social, la suppression de 8 000 emplois et la fermeture de l'usine d'Aulnay vont-ils assurer l'avenir de PSA ? Rien n'est moins sûr."

Le cabinet d'experts Secafi, mandaté par les syndicats, doit présenter le 11 décembre lors d'un comité central d'entreprise la synthèse de son étude sur la situation du constructeur automobile qui prévoit de supprimer 8 000 postes en France et de fermer son usine d'Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) pour redresser la barre. Alors que tout le monde ou presque semble indiquer que vouloir fabriquer dans un site à hauts salaires des modèles bas de gamme est un contresens économique, Bernard Jullien conteste vigoureusement l'analyse de la situation.

Et si on "challengeait" l'analyse ?

Pour Bernard Jullien, le problème de PSA  tourne autour du volume de la production : "Que le cœur du marché français des petites voitures consommées à 55 % par les Français continue d'être fabriqué sur le site France, ça paraît tout à fait envisageable". D'autant plus envisageable, explique l'économiste, que "Ford, qui n'a pas la réputation d'être une entreprise philanthropique, vient de décider de poursuivre et relancer la fabrication de sa Ford Fiesta à Cologne dans des conditions d'emplois et de salaires qui ressemblent beaucoup à ce que l'on peut avoir à Aulnay".

A-t-on, jusque-là, fait la bonne analyse de la situation de PSA et du déclin du marché automobile ? Bernard Jullien répond sans détour non. En ajoutant : "Il y a un consensus pour faire comme si les lois de la nature s'abattaient sur Aulnay mais on peut proposer une alternative tout aussi crédible."


Quelle serait la bonne stratégie ?

Une vision stratégique, selon Bernard Jullien, aurait cruellement manqué à PSA ces dernières années. L'économiste ne voit qu'une solution pour assurer la survie du groupe que PSA se défende là où il était fort : "Redevenir compétitif sur leur cœur de gamme comme la C3 ou la 208 avant d'espérer réussir en vendant des voitures à 45 000 euros sur le marché international ". Bernard Jullien en est convaincu :  "Les entreprises qui réussissent leur montée en gamme et trouvent des débouchés dans les pays émergents sont celles qui sont solides chez elle, chez Volkswagen, ce n'est pas Audi qui fait Volkswagen mais Volkswagen qui fait Audi."

Quant à l'avenir, pour le directeur du Gerpisa, "il est urgent pour PSA de trouver un partenaire digne de ce nom capable d'épauler sa survie".

 

Le plan social va-t-il sauver PSA ?

Aulnay va fermer, et après ? Comme semble l'indiquer le rapport Secafi qui sera remis aux partenaires sociaux la semaine prochaine, la situation financière du groupe ne lui donne plus les moyens de ses "ambitions stratégiques".

Bernard Jullien confirme lui aussi que ces suppressions d'emplois ne règlent en rien les problèmes du constructeur. Difficile de croire, selon lui, la direction de PSA lorsqu'elle dit : "Nous perdons beaucoup d'argent mais nous avons la bonne stratégie."

A la question de savoir si le plan social proposé par PSA, la suppression de 8 000 emplois et la fermeture de l'usine d'Aulnay vont assurer la survie du constructeur automobile, Bernard Jullien répond :  "Si rien n'est modifié dans la stratégie, le plan social a toutes les chances de ne pas marcher et ne sauvera pas PSA". Il rejoint ainsi l'analyse du rapport Secafi.

 

 

 

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