Est-ce bien utile de ressortir la vidéo de Sean Connery sur les violences domestiques?

 

En 1965, Sean Connery, portant mieux son nom que jamais, donnait une interview à Playboy dans laquelle il disait que "gifler une femme" n'était pas forcément "une mauvaise chose" selon "les circonstances" et si elle le "méritait".

En 1987, Sean Connery réitérait : quand une femme tient à "avoir le dernier mot", et qu'il n'y a pas d'autres "solutions" que de la taper, alors, c'est "absolument approprié".

Fin 2012, cette vidéo datée fait le tour du web. Précédée d'un commentaire de la journaliste du gossiper Gawker qui l'a déterrée et qui précise que Sean Connery a fait amende honorable depuis.

 

Comme des abeilles génétiquement modifiées sur un gros pot de Connery frelaté

 Mais quelle mouche du coche a bien pu piquer la toile pour qu'on se précipite comme des abeilles génétiquement modifiées sur un bon gros pot de miel, que dis-je une ruche géante de Connery frelaté?

 Pardon, mais j'ai beau être évidemment scandalisée par la stupidité affligeante des propos tenus par l'acteur, je sens le piège à plein nez. Trop fastoche d'aller chercher de la misogynie édifiante dans les temps passés. Trop facile de regarder dans le rétro ce qu'on n'a pas envie de voir devant soi.

 Oui, d'accord, on a compris, au temps de Napoléon, on était juste bonnes à astiquer l'argenterie et à sourire en société à défaut de pouvoir respirer dans nos corsets. Oui, c'est vrai, avant 1945, on n'avait pas le droit de voter parce qu'on était prise pour des gourdes manipulées par le curé. Oui, Sardou a chanté "femme des années 1980" et sous couvert d'éloge de notre sacro-sainte féminité, on s'est pris en pleine tête un bataillon de clichés. Oui, Sean Connery a dit il y a 50 ans et redit il y a 25 ans qu'un petit pain dans la tronche ça faisait presque pas de mal à une mouche, avant d'enfin se rétracter.

Avant, on était misogyne... Mais ça, c'était avant?

 C'est quoi le message?

 Qu'avant, la misogynie était ordinaire, mais que ça, c'était avant?

 L'avant a bon dos! Est-ce que se régaler de l'imbécilité brutale des témoignages du temps où les femmes étaient très très maltraitées, du temps où cette violence était banalisée, admise voire valorisée, c'est pas un peu une manière déguisée de nous dire "Eh! Oh! Z'avez vu tout ce que vous avez déjà gagné!!"

Et puis quoi? Nous faire passer pour celles qui arrachent le bras quand on leur tend la main, qui en veulent toujours plus, ne savent jamais s'arrêter dans leurs revendications? Puisque Connery demande pardon et que tout le monde (ou presque) s'accorde à dire que ses propos sont honteux, il est où le problème des féministes?

Elles ont bon dos, les mentalités du temps jadis qui renvoient la violence sexiste aux archives!

 Oui, Sean Connery en a dit de belles sur la violence domestique. Il ne les dirait plus aujourd'hui. Qu'il en soit revenu signifie qu'il a progressé, de son côté. Est-ce à dire que tout est gagné? Est-ce à dire que le discours sur les violences faites aux femmes n'est qu'une petite musique rétro dont la désuétude baroque rassurerait nos consciences "évoluées"?

 Quand pas plus tard qu'il y a deux jours, un commentateur écrivait en bas d'un de mes billets "Les femmes meurent sous les coups des hommes ...il y a toujours 53 % de femmes en France ... on peut en déduire que ça tue trop peu , manifestement !" (sic), je pense pouvoir affirmer que les Connery "d'avant" ont toujours droit de cité. Que les mentalités arriérées ne s'expriment pas que sur les cassette VHS du temps jadis mais qu'elles sont encore bien installées dans les mauvaises têtes machistes qui se défoulent par écran interposé.

 Ressortir la vidéo de Connery ne sert à rien, sauf à nous tendre un miroir flatteur qui nous conforte dans le sentiment douillet que l'on pense "mieux" aujourd'hui que deux décennies en arrière. Reste qu'en renvoyant la violence domestique à un document d'archives, elle donne indidieusement raison à celles et ceux qui voient dans le féminisme un combat d'arrière-garde, un combat du temps où l'on pouvait dire en toute impunité qu'une bonne torgnole, ça te calmait une bonne femme.

Un temps révolu, vraiment? Pourtant, pas plus tard que l'an passé, 122 femmes sont mortes sous les coups de leur conjoint. Ce n'était pas sous Napoléon, ce n'était pas avant 1945, ce n'était pas en 1965, ce n'était pas en 1987, c'était en 2011.

 

 

 

A lire aussi