Les français ont une mauvaise image de l’école (surtout s’ils sont de droite et sans enfant scolarisé)

(Crédit Martin Bureau / AFP)

C’est un sondage, publié cette semaine, qui est passé un peu inaperçu. En pleine polémique sur le collège, i-Télé a demandé à BVA de lui fournir un tableau de l’image que les français ont de l’école et de son rôle.

Un vrai clivage politique

Les français ont une image assez négative de l’école, et particulièrement du collège : 71% des sondés pensent que celui-ci fonctionne mal, 59% pour le lycée.

L’école primaire s’en sort mieux, les français sont partagés sur l’école élémentaire (47% pensent qu’elle fonctionne bien, 50% mal) et plébiscitent l’école maternelle : 76% d’opinions positives.

On n’est pas vraiment surpris de ces résultats, vu le contexte : fronde massive contre la réforme du collège, impopularité et stigmatisation de la ministre de l’Education Nationale, mécontentement envers le gouvernement, activisme politique de l’opposition, bain médiatique défavorable… Rien d’étonnant à ce que tout ceci se traduisent dans les sondages (ce d’autant qu’il y a quelque chose mécanique et d’inconscient : puisqu’on réforme le collège, c’est qu’il ne fonctionne pas, on ne réforme pas quelque chose qui marche).

La confirmation vient, jusqu’à la caricature, quand on considère les résultats par orientation politique : comme de bien entendu les sympathisants de gauche, et singulièrement ceux du PS, se montrent beaucoup moins critiques (38% positifs sur le collège, 54% sur le lycée, 71% sur l’élémentaire, 92% sur la maternelle) ; les sympathisants de droite, et ceux de l’UDI, plus encore que ceux de l’UMP, sont très critiques (négatifs à 79% sur le collège, à 68% sur le lycée, à 64% sur l’élémentaire et même à 31% sur la maternelle ; quant aux sympathisants du FN, c’est encore plus tranché : négatifs à 84% sur le collège, 72% sur le lycée et l’élémentaire, 52% sur la maternelle…).

Bien sûr, on perçoit, dans la position des uns et des autres, toute la part d’adhésion ou de rejet du gouvernement en place, les uns l’appuyant autant que les autres le repoussent par idéologie politique. On a ici la confirmation que l’école est devenue un des sujets de sociétés les plus clivant dans ce pays, un enjeu politique majeur car il permet des positionnements tranchés et marqués idéologiquement.

On retrouve ce clivage sur la question des priorités de l’école : si tout le monde est d’accord pour placer la transmission des connaissances en tête des missions de l’école (80%), les sympathisants de droite placent la transmission du goût de l’effort en deuxième position (50%, à gauche cette mission vient en 5ème position avec 21%), quand ceux de gauche placent au deuxième rang l’épanouissement des enfants (34%, à droite cette mission est 4ème avec 18%). Enfin, si les français se préoccupent globalement peu que l’école puisse réduire les différences sociales, ils sont quand même 23% à gauche à penser que c’est important, contre… 3% à droite.

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Il y a les français, et les parents d’élèves

Sur les sujets d’éducation, je suis toujours très étonné qu’on ne distingue pas davantage l’opinion des parents d’élèves de celle des français en général. Autant les uns sont aux premières loges, voient se dérouler sous leurs propres yeux la scolarité de leur progéniture, et ont donc les éléments constitutifs d’une opinion avisée, autant les autres ne peuvent s’appuyer que sur les on-dit, les on-lit, les on-croit, c’est-à-dire qu’ils sont particulièrement poreux, qu’ils le veuillent ou non, qu’ils en soient dupes ou pas, face au prisme médiatique et à la manipulation politique.

Dans ce sondage, l’opinion des parents d’élèves vient nuancer de façon assez sensible celle des français dans leur ensemble.

Le seul endroit où les opinions se superposent est le lycée : 38% des français et 37% des parents d’élèves pensent qu’il fonctionne bien, contre 59% et 61% qui pensent le contraire.

Pour le reste, c’est plus complexe :

- si 27% des français seulement pensent que le collège fonctionne bien, contre 71% qu’il fonctionne mal, les parents de collégiens sont sensiblement moins durs : 38% estiment que le collège fonctionne bien, 62% le contraire.

- un écart presque similaire existe pour l’école élémentaire, et cela n’est pas anodin car cela fait basculer l’opinion générale : les français pensent majoritairement que l’école fonctionne mal (50%, contre 47% qui pensent qu’elle fonctionne bien), alors que les parents d’élèves pensent majoritairement qu’elle fonctionne bien, 54% contre 42%.

- le plus étonnant est sans doute le regard porté sur la maternelle : alors que les parents d’élèves sont moins durs que les français sur le collège et l’école élémentaire, ils sont un peu moins enthousiastes sur la maternelle : si celle-ci recueille 76% d’avis positifs (contre 22% d’avis négatifs) chez les français, ils sont 68% des parents d’élèves à estimer qu’elle fonctionne bien, et 32% à penser le contraire.

En somme, les parents d’élèves, qui constituent la seule zone de contact entre la société et son école, viennent dire que le collège et surtout l’école fonctionnent mieux que ce que pensent les français, et la maternelle moins que ce que l’on croit.

On retrouve un écart significatif entre parents d’élèves et français sur le sujet des missions de l’école, et cet écart varie selon que l’enfant est en primaire ou en secondaire. Ainsi la transmission des connaissances (79% des français) est une priorité plus importante pour les parents d’élèves en secondaires (76%) que pour ceux d’élèves en primaire (67%). Ces derniers valorisent davantage le goût de l’effort (48%) que les parents de secondaire (43%) et l’ensemble des français (36%), mais aussi, nettement, l’épanouissement de leur enfant (41% contre 28% des parents de secondaire et 25% des français). Enfin, réduire les inégalités sociales est encore moins important pour les parents d’élèves (8%) que pour l’ensemble des français (12%) : quand son enfant est concerné, on pense moins aux autres.

On le voit, le fait d’être parent d’élève modifie sensiblement la donne. Et encore, les parents d’élèves font partie des français, dans le total exprimé. Pour mesurer le véritable écart entre ceux qui ont des enfants scolarisés et les autres, il faudrait connaître les scores des français sans enfants scolarisés : on peut imaginer jusqu’à 10 ou 15 points d’écart sur certaines questions, avec les parents d’élèves…

Une bonne claque pour les antiquités et les sciences

Pour le coup, la droite et la gauche sont d’accord sur les matières à enseigner en priorité : français (95%) et maths (70%) viennent en tête, il y a ensuite un léger désaccord sur les langues (pour 53% des gens de gauche, 37% des gens de droite) et l’histoire-géo (37% et 45%). Derrière, les autres matières viennent bien plus loin : l’informatique, avec 15%, vient nettement avant les sciences (6%, et même 1% pour les sciences naturelles à droite !) et avant le latin et le grec (3%).

Cette dernière donnée vient relativiser le considérable brouhaha constaté au sujet des langues antiques, dont tout le monde ou presque semble se ficher.

En revanche, on peut être particulièrement étonné du peu de cas fait des sciences, grandement déconsidérées, ce qui laisse songeur quand on sait le besoin du pays en chercheurs de premier plan.

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