Déclassement des instits, suite

MYCHELE DANIAU / AFP

(Billet modifié le 28 novembre à 10h23. En effet, une partie des informations relayées était erronée)

Voilà qui ne va pas redonner le moral aux enseignants du premier degré, même si leur quotidien ne s’en trouvera pas modifié pour autant. Eux qui ont souvent le sentiment d’un déclassement de leur profession ne risquent pas de changer d’avis après la publication de données sur l’état de la fonction publique et la rémunération de ses agents.

Statistiques salariales

Le rapport publié par la DGAFP (Direction générale de l’administration et de la fonction publique) fournit d’intéressantes données sur le salaire du corps enseignant. Il apparaît notamment que la politique menée depuis une décennie envers les fonctionnaires a favorisé le développement des primes et des indemnités, au détriment du salaire indiciaire. Or les enseignants du primaire bénéficient de très peu de primes et indemnités : le salaire effectif perçu par les instits a donc fortement stagné, malgré le coup de pouce aux jeunes entrants dans le métier. Un professeur des écoles touche aujourd’hui 1660 € nets en début de carrière, 2132 € en milieu de carrière et 2531 € en fin de carrière.

Comparaisons

En comparaison avec les profs du secondaire, qui font des heures supplémentaires (ce que ne peut faire un instit), touchent primes et indemnités en plus d’un traitement indiciaire supérieur (c’est-à-dire un salaire de départ plus important), le salaire perçu par un instit en milieu de carrière est en moyenne de 600 € inférieur chaque mois ! Pourtant, même niveau d’étude au recrutement, bac +5, et même statut officiel, cadre A.

Certains cadres B de la fonction publique, recrutés à bac ou bac +2, touchent même davantage que les instits par le jeu des heures supplémentaires et des indemnités : un fonctionnaire de police, malgré un traitement indiciaire inférieur, touche en moyenne 200 € de plus chaque mois.

Profession intermédiaire

Désormais, l’administration ne considère plus, dans ses classements internes, les professions selon leur catégorie (cadre A, B…), mais selon la grille des PCS (Professions et Catégories Sociales) de l’Insee. Instaurée en 2003, cette grille avait déclassé les enseignants du primaire de « profession intellectuelle supérieure » à « profession intermédiaire », alors que les enseignants de secondaire restaient aux yeux de l’Insee des « professions intellectuelles supérieures ». Depuis plusieurs années, enseigner en primaire n’est donc plus considéré comme une profession intellectuelle. Mais c'est la première fois que l'administration, à travers la DGAFP, considère officiellement que les instits exercent une profession intermédiaire.

En considérant les enseignants sur la base de leur rémunération et les catégories de l’Insee, et non plus leur niveau d’étude, l'administration isole donc de fait les profs du primaire des profs du secondaire, entérinant une inégalité de traitement qu’elle avait tenté de réduire en créant le corps des professeurs des écoles en 1990.

L’OCDE, déjà…

Une inégalité que l’OCDE avait mise en évidence il y a quelques semaines dans ses Regards sur l’éducation 2012 : en France, les instits sont les parents pauvres de l’enseignement, la 5e roue du carrosse éducatif, et les écarts avec les profs de secondaire sont particulièrement importants. Le rapport révélait notamment qu’un prof de primaire enseigne plus de 30% de plus qu’un prof de secondaire (un des plus gros écarts de l’OCDE) ou encore que l’écart entre le salaire perçu par un instit par heure d’enseignement et celui perçu par un prof de second degré est l’un des plus élevé de l’OCDE.

Pire, les chiffres de l’OCDE doivent être amendés vers le bas. En effet, pour ce qui est des salaires en fin de carrière, l’OCDE fonde son étude comparative sur le traitement maximal. Or, dans les faits, seuls 3,42% des instits terminent leur carrière à l’échelon terminal ! Autant dire que les chiffres annoncés par l’OCDE dans ce domaine sont loin de la réalité.

Morosité

La grogne des instits, ces derniers temps, est parfois mal comprise, y compris par les autres corps de l’enseignement, qui voient trop rapidement les mouvements d’humeur du premier degré comme relevant de la réaction, voire de la plainte. A chacun sa réalité, qui ne permet pas toujours de voir celle de l’autre. On sous-estime largement, à mon avis, le malaise des enseignants du primaire : leur net déclassement, hier de l’ordre du ressenti, aujourd’hui officiellement entériné, est une des raisons non pédagogiques majeures à l’actuel état des troupes : morose. Très, très morose.

 

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