Leçon de biologie à la cantine


Hier il y avait du lapin à la cantine. Moi j’adore ça, le lapin. Même à la cantine, c’est dire si j’aime. En revanche, à coup sûr, si vous mettez du lapin dans l’assiette des enfants, 95 % ne le mangent pas. Pas tant à cause du goût, même s’ils vous assurent que c’est pas bon. Pas non plus à cause des os (c’est vrai, les os de lapin cassés dans un civet par exemple, ça peut être pénible). Non, juste parce qu’ils ont LU sur le menu de la cantine qu’il y avait du lapin.

Ils ne l’auraient pas lu, ils l’auraient peut-être bien mangé, leur lapin, et avec des miams encore. Surtout que celui de la cantine était farci (bon d’accord la farce était pas top). Mais, un peu à l’anglo-saxonne, l’idée même de manger du lapin semble les révulser au plus haut point. Depuis qu’ils ont lu le menu, ils se sont préparés à affronter une assiette de lapin en visualisant tous les lapins les plus mignons et craquants de la création. Ce d’autant plus facilement que de nos jours, le lapin est devenu un animal de compagnie pour les petits citadins. La semaine dernière encore, une mère d’élève est venue chercher sa fille avec le lapin de la demoiselle devant l’école, à midi, pour aller faire un pique-nique. Véridique.

Donc, pour la plupart, c’est CE lapin qui leur était servi hier, farci en plus.

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Photo : Joseph Sardin

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Pour ma part, vu que j’étais de service à la cantine, j’ai fait œuvre de prosélytisme culinaire goguenard en affirmant à longueur de tablées la supériorité du goût du lapin aux élèves qui n’en avaient pas pris. Les élèves me connaissent, ils savent que j’aime bien plaisanter, je leur confiais donc qu’en plus du goût délicieux du bestiau ils auraient du le voir vivant comme je l’avais vu le matin en arrivant à l’école dans sa cage livrée aux cantinières : une merveille.

«  Mais on devrait pas en manger, de lapin, vraiment c’est dégoûtant !

- Oui, et c’est pas gentil !

- Nous on les préfère vivants, les animaux !

- Ah bon, rétorquai-je, et les vaches d’hier dans votre assiette, elles ne vous ont pas posé trop de problème ?

- … c’est pas pareil les vaches, c’est moche !

- Tu dis ça parce que tu n’as pas vu les bonnes vaches, je t’en présenterai des ravissantes.

- … pfff…

- Moi de toute façon, je suis ovolactovégétarienne ! »

Alors celle-là je l’avais pas vue venir.

Ses copines non plus, vu leur tête.

« Ca veut dire que je ne mange que des œufs, du lait et des légumes.

- Tu vas manquer de protéines, non ?

- Non, je mange beaucoup de soja.

- Tu as raison, mais ce sont des protéines végétales, il te faut aussi des protéines animales, que tu trouves en effet dans les œufs et les produits laitiers.

- Eh oui ».

Je me sentais d’humeur taquine…

«  Mais dis-moi, d’une certaine manière, les œufs que tu manges ce sont de futurs poussins… ».

Les copines se sont mises à réfléchir à ce que je venais de dire, mais la petite ovolactovégétarienne a clos la conversation avec un argument de poids.

« Pas vraiment, parce qu’il y a des poules qui font des œufs avec poussin et des poules qui font des œufs sans poussin. C’est ceux-là que je mange ».

Faudra qu’on force un peu sur les sciences, dans l’école, prochainement.


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