Conférence de presse d'Emmanuel Macron : tout comme la guerre de Troie, l'inflexion politique n'aura pas lieu

Emmanuel Macron le 25 avril 2019 lors de sa conférence de presse à l'Elysée (Paris). (LUDOVIC MARIN / AFP)

18 heures. Déjà les chaînes d'information tournent en boucle sur le sujet. Le président va enfin s'exprimer après cinq mois de manifestations des gilets jaunes sur les ronds-points et dans les rues. Déjà twitter frémit d'impatience après trois mois de grand débat qui a fait la part belle aux interventions du président, voguant de salles d'exposition en meetings télévisés tout sauf improvisés, en bras de chemise et micro à la main comme les chanteurs des années 80. Derrière leurs écrans en ce 25 avril, les militants, communicants et journalistes politiques, affûtent leurs crayons numériques pour se rallier sous la bannière du sobre hashtag #conferencedepresse.

Emmanuel Macron qui a l'habitude d'événementialiser la moindre de ses prises de parole a vu ses annonces fuiter la semaine passée. Un ballon d'essai pour prendre la mesure des réactions ou simple divulgation d'information destinée à rester un temps sous le sceau du secret ? Le pupitre blanc bardé d'un bandeau tricolore annonce la couleur. Sur la forme, toujours le même paradoxe, une mise en scène compassée qui ne correspond en rien au tempérament plus allant du président. D'où l'impression de carton-pâte de ce décorum de péplum républicain qui donnera plus tard aux téléspectateurs assistant à la scène le sentiment qu'Emmanuel Macron est littéralement "empêché" derrière ce faux bureau. La maîtrise de la scénographie, du texte mais aussi les décors, c'est pour le chef de l'État, le moyen de faire corps avec le personnage et la fonction. Jamais élu auparavant, il a dû s'habituer à l'habit sans répétitions préalables, quitte à surjouer le rôle. Fort de son tour de France en quelques dates de représentations et désormais scarifié de bienvenues balafres, il se présente sous les traits convenus de l'homme qui a "changé". Dorénavant, il est capable de nommer les "gilets jaunes", lui qui prenait grand soin à ne pas désigner et donc légitimer le mouvement. Pour autant a-t-il véritablement eu un mot pour les manifestants blessés ces mois durant ? Comment être entendu sans acter la souffrance de l'Autre ? 

Mais voilà, monarque il est et monarque il restera. Après tout, la Vème république et ses institutions sont là pour cela. Sans compter que depuis la nuit des temps, le roi, icône du pouvoir politique, exerce trois fonctions symboliques. Il est tout à la fois chevalier (guerrier), chaman (prêtre) et thaumaturge (guérisseur). Tout cela n'avait pas échappé à Emmanuel Macron, il y a un an déjà. Il était alors question d'imposer le terme "transformation" et son "urgence" face à une France "agonisante" comme la promesse d'un miracle à venir : la résurrection des villes et des campagnes, des banlieues et des territoires oubliés. Le retour à la verticalité du pouvoir, sa concentration et la mise en scène de sa détermination, ainsi que celle de son gouvernement à conduire les réformes esquissaient alors le portrait d'un guerrier habité par l'autorité qui s'est construit en opposition aux rois fainéants. Les éléments de langage montraient alors que l'homme ne reculera pas face aux réformes et leurs totems. En bon chirurgien au chevet d'une France mal en point, sa main ne tremblera pas et il ne se laissera pas submerger par le doute lorsqu'il sera question de mener tambour battant les réformes. Aujourd'hui, cette image laisse place à celle d'un simple "réparateur" qui entend replacer les corps intermédiaires tant décriés et mis de côté au coeur de l'action, tout en continuant de braconner sur les terres de la droite en s'emparant de la notion d'enracinement. Le chef de l'État réaffirme ce que son pensum "Révolution" annonçait déjà : « les vraies inégalités ne sont pas fiscales. Elles sont d’origine, de destin. Elles se déterminent dès la naissance. » Exit l'inflexion politique. Comme la guerre de Troie de Giraudoux, elle n'aura pas lieu. 

Comment tout ceci n'a-t-il pu interpeler les quelques 350 journalistes conviés ? Les questions de fond auraient pu être légion de la part de reporters, enfin reçus à l'Élysée. Pourtant, pas un mot. Pas plus pour pointer les omissions à commencer par l'enjeu écologique conjuguée à la nécessaire justice sociale, balayé d'un revers de main. La profession a quelque peu failli à sa mission, préférant sonder le coeur de celui qui leur a fait enfin honneur, le laissant à l'envi monologuer sous les lambris de l'Élysée sans interrompre son jeu d'acteur. D'ailleurs à qui s'adressait véritablement le président durant cette allocution devenue conférence ? Ni aux gilets jaunes, pas plus aux journalistes. Ni aux contributeurs du grand débat, pas plus à l'ensemble des Français. La question n'a pas été tranchée et la réception des messages n'en est que plus perturbée. Peut-être à ses ministres, serait-on tenté d'ajouter avec malice tant on les a vus en bons écoliers prendre des notes sur leurs cahiers. Ils n'auraient pas dû s'inquiéter, c'était à peu près mot pour mot l'allocution du 15 avril annulée. Mais étaient-il seulement informés des répliques déclamées devant eux...

Anne-Claire Ruel

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