Nicolas Sarkozy en Côte d'Ivoire ou comment tenter de redorer son blason

Le président des Républicains, Nicolas Sarkozy, le 13 février 2016 à Paris. (LIONEL BONAVENTURE / AFP)

Le déplacement était prévu depuis des mois nous rabache-t-on. Nicolas Sarkozy se rendra donc aujourd'hui et demain en Côte d'Ivoire. « Cette visite, prévue de longue date, s’effectue à l’invitation du président ivoirien Alassane Ouattara », a indiqué Brigitte Kuster, porte-parole des Républicains, lors du point de presse hebdomadaire de son parti à Paris. Néanmoins, actualité oblige, Nicolas Sarkozy rendra hommage aux victimes tombées dans la station balnéaire de Grand Bassam. Une manière de présidentialiser ce voyage et de se hisser au rang de chef de l'Etat. Un moyen de parvenir à concilier des objectifs internationaux, mais aussi hexagonaux et médiatiques. 

Redorer son blason en Afrique

Le sujet va être polarisé par les attentats récents survenus en Côte d'Ivoire, soit un boulevard pour Nicolas Sarkozy dont les éléments de langage sur le sujet sont travaillés et répétés depuis des mois. Ils ont d'ailleurs été clairement exprimés dans le communiqué paru sur le sujet : "cette attaque odieuse nous rappelle une nouvelle fois que la barbarie terroriste est notre ennemi commun, parce qu’elle a déclaré la guerre non à un pays, mais à la civilisation». Une "aubaine" car Nicolas Sarkozy a un rapport plus que compliqué avec l'Afrique. Preuve en est, l'oracle Google : lorsque l'on tape "Nicolas Sarkozy" et "Afrique", les internautes tombent directement sur la page wikipedia du "Discours de Dakar". Discours controversé à juste titre et qui a scellé la rupture entre Rama Yade et Nicolas Sarkozy notamment. Qu'il s'agisse du Sénégal ou bien l'intervention très critiquée de la France en Libye sous son gouvernement, le Mali ou la Centreafrique, Nicolas Sarkozy peine à faire l'unanimité à l'international et semble ne pas en maîtriser les enjeux. Dans leur ouvrage « Ça reste entre nous, hein ? Deux ans de confidences de Nicolas Sarkozy », Nathalie Schuck et Frédéric Gerschel prêtent d'ailleurs les propos suivant à l'ex Chef de l'Etat : « On a sorti Gbagbo, on a installé Ouattara ». Une simple visite de courtoisie ?

S'imposer face à ses rivaux de droite tout en empiétant sur les plate-bandes de François Hollande

François Fillon s'est rendu en Iran le week-end dernier et le moins que l'on puisse dire c'est que personne n'en a entendu parler. Pas un candidat ne gagne une primaire via un déplacement à l'étranger, mais c'est un moyen d'envoyer un signal interne auprès des militants de droite dans un contexte où Alain Juppé semble gagner un peu de terrain. Selon un sondage Harris Interactive, il est en effet celui qui incarne le mieux la droite aujourd'hui, pour 40% de Français se réclamant de droite. Seuls les sympathisants placent Nicolas Sarkozy en tête. C'est bien pour cette raison que l'ex chef d'Etat souhaite d'ailleurs être identifié comme le seul candidat à la primaire bénéficiant d'une stature internationale. Qui plus est, l'international est par définition le domaine de prédilection des présidents. En se déplaçant avec Eric Ciotti, non seulement, il donne des gages au député azuréen qui a rejoint son camp récemment, lui qui roulait pour François Fillon, mais plus encore, il poursuit et développe sa stratégie de Président "bis". La présence d'Eric Ciotti est ainsi justifiée par son travail en tant que président de la commission d’enquête sur les djihadistes. Dans les faits, il souhaite que le député soit assimilé à un ministre en déplacement accompagnant le Président.

S'assurer des reprises via un plan media rôdé

Dealer l'exclusivité et donc événementialiser ce déplacement c'est le meilleur moyen de  s'assurer des reprises médias. La preuve, nous en parlons aujourd'hui. Et côté plan média, Nicolas Sarkozy n'est pas un perdreau de l'année. Quoi de mieux qu'une interview exclusive donnée à iTELE depuis Abidjan, menée par les deux stars de l'info de la chaîne Laurence Ferrari et Mickaël Darmon. D'autant que cette interview a vocation à être diffusée ce vendredi à 18h50 dans "Intégrale week-end", soit une visibilité maximale puisque le programme est rediffusé. L'objectif ? Toucher les influenceurs. Pas nécessairement le grand public. Bref, Nicolas Sarkozy est en campagne et cela n'est pas nouveau. 

Anne-Claire Ruel

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