La ville de Sarcelles que je connais

Des jeunes affrontent les forces de l'ordre, le 20 juillet 2014, à Sarcelles (Val-d'Oise), après une manifestation propalestinienne. (MAXPPP)

Je n'ai pas l'habitude de "parler" en mon nom ici. J'essaie de décrypter plutôt que de témoigner. Mais voilà, je fais cours deux jours par semaine à Sarcelles, antenne de l'Université de Cergy. Les événements ont eu lieu juste en face, près de la station "Flanades", desservie par le flambant neuf T5, qui change la vie depuis sa mise en service ici. Par pitié, qu'on ne réduise pas les habitants à ces quelques énergumènes décérébrés, qu’on ne les assimilent pas -une fois de plus- à ces voyous écervelés. A Sarcelles, depuis quelques mois, oui, les murs tagués témoignent de la montée de l'antisémitisme, c'est vrai. Mais au quotidien j’y vois surtout de la solidarité, du partage, de l’amitié. De sourires, des échanges, de la fraternité.

L'antisémitisme n'est pas une opinion, c'est un délit

L'antisémitisme n'est pas une opinion, c'est un délit. Inacceptable, il doit être puni. Les quelques clichés de ces lieux familiers, aujourd'hui détruits, me font mal. La ville de Sarcelles que je connais n'est pas celle dont les images de guerre tournent à un rythme effréné sur BFM TV. Flânez sur son incroyable marché et la réalité se révèlera à vous instantanément. La ville que je connais est celle qui réunit en son sein des talents, du savoir-faire, du savoir-être, des petites et grandes opportunités. Où le "vivre ensemble" n'est pas qu'un concept galvaudé, sorti tout droit des limbes du cerveau déconnecté d'un énarque, reclus dans son bunker de bureau. C'est la ville dépeinte par Yann Couedel, réalisateur du documentaire "Sarcelles, un autre visage", qui y a enseigné en tant que professeur pendant onze années. Dans ce reportage, mon IUT et certains de mes anciens étudiants (35:17).

L'image d'une ville et celle de ses habitants à protéger

Aujourd'hui, c'est l'image d'une ville et sa réputation qui doit être protégée pour que jamais l'on ne puisse assimiler les violences perpétrées à ses habitants. Le maire de la ville commence à prendre la parole pour dénoncer ces exactions sur les chaînes d'information. C'est bien. Mais il faudra que son message soit encore plus visible et sa parole encore plus audible. Ces manifestations de racisme sont le fait de quelques uns. Des jeunes, voire très jeunes, qui ont versé dans l'extrêmisme depuis peu, entraînant dans leur chute l'image d'une ville où le modèle de cohabitation est tout sauf un voeux pieux. Où le "vivre ensemble" doit être à tout prix protégé, comme un talisman précieux, un trésor à conserver.

Alors aujourd'hui, pas de décryptage, non. Mais un témoignage. Un appel au calme. Un regard bienveillant. Et plus que tout, une pensée pour les habitants, otages de cette déferlante de haine.

 Anne-Claire Ruel

Ci-dessous, une photo que j'ai prise aux Flanades à Sarcelles, il y a trois semaines. Vous y reconnaîtrez le magasin Naouri dont les images tournent en boucle sur BFM TV. L'heure était à l'insouciance et la Coupe du Monde de football pour tous les enfants du quartier. Elle est là, la ville de Sarcelles que je connais.

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