Municipales 2014: qui a peur de la vague bleue?

L'ancien Premier ministre François Fillon (G) et le président de l'UMP, Jean-François Copé (D), lors d'un conseil national de l'UMP, le 25 janvier 2014 à Paris ((MAXPPP)

En annonçant récemment qu’il n’aimait pas l’expression « vague bleue », Christian Estrosi a peut-être révélé, sans le vouloir, de vraies craintes. Mais sont-elles fondées ? On peut craindre la démobilisation dans le camp annoncé victorieux, pensant, « on va gagner » l’électeur se dit aussi que sa voix est marginale. Mais on peut aussi espérer, comme l’a démontré le célèbre politologue Lazarsfeld, un effet d’entraînement ou Bandwagon Effect, qui incite l’électeur à rejoindre le camp du vainqueur annoncé. Reste que l’annonce d’une victoire peut aussi participer à « re-motiver » les troupes adverses, humiliées par une promesse de défaite, c’est l’effet de ralliement au perdant annoncé, ou Underdog Effect.
Mais avant d’envisager 2014, regardons dans le rétroviseur de l’histoire des campagnes électorales américaines là où tout à commencé…

Bandwagon Effect : littéralement  « se raccrocher aux wagons »

La métaphore est inspirée des campagnes électorales américaines et de leur mise en scène burlesque mi-XIX°. Les voies de chemin de fer à peine posées offraient opportunément un parcours tout tracé aux nouveaux « VRP de la politique » qui tentaient de monter dans le train pour se forger une véritable notoriété. Pour attirer la foule, Abraham Lincoln ira jusqu’à louer les services du clown Dan Rice, celui là même qui incarnera plus tard le modèle de l’Oncle Sam. (http://electionscope.fr/)

Effet de panurge ?

L’effet d’entraînement est aussi assimilé à un mimétisme ou pire à du panurgisme. On suit l’opinion de la foule ou de ce que l’on prend pour l’opinion majoritaire, au détriment de toute considération sur la nature du choix. Peu importe le candidat, pourvu que mon choix s’inscrive dans la tendance annoncée ! C’est là que le bât blesse. Le candidat risque de voir fuir une partie de ses électeurs, certes il s’agira des moins fidèles, ou des plus indécis, mais ils risquent de lui infliger un coût d’opportunité fatal (ou manque à gagner) s’il est déjà en situation fragile (à 50-50 par exemple). A contrario, les électeurs peuvent aussi rallier le perdant annoncé (au sens de l’Underdog Effect) comme ce fut le cas pour Harry Truman à la présidentielle de 1948.

Et pour les municipales de 2014 : effet d’entraînement à droite versus lutte contre la démobilisation à gauche?

Pour simplifier, que peut-on imaginer pour 2014 ? Une droite, qui à l’instar de Jean-François Copé nationalise le scrutin en appelant à l’instrumentalisation du vote. L’électeur doit ici, profiter des municipales pour dire au gouvernement son désaccord avec la politique économique menée. En rassemblant autour de la critique gouvernementale, la droite tenterait ainsi de générer un effet d’entraînement, pour profiter des retombées locales bénéfiques de l’attente d’une vague bleue.
A moins, que la gauche ne se saisisse opportunément de la perspective d’une vague bleue pour endiguer une démobilisation, redoutée par beaucoup –dont Anne Hidalgo à Paris- et générer un sursaut local. En agissant ainsi, la gauche tenterait aussi de minimiser ou, de faire oublier les tracas nationaux comme les mauvais chiffres du chômage, qui affectent le bilan des sortants de son camp.

En mars, l’asymétrie du blâme risque de favoriser la participation à droite

Sans pouvoir trancher à priori entre les deux effets, on peut néanmoins imaginer que 2014 va se jouer sur l’ampleur de l’abstention. Sur l’ensemble de la V° République, le taux moyen d’abstention aux municipales, à près de 27% (Tour 1) vient juste après les présidentielles à 18,3% (Tour 1). Depuis 1988 le taux moyen de participation diminue. L’abstention frôle les 20% lors des premiers tours des présidentielles, contre près de 31,5% pour les municipales mais, près de 36% pour les législatives.
L’issue des municipales dépendra en grande partie, de la capacité des partis à rassembler les électeurs et, du pouvoir de persuasion des candidats sur le terrain. Si la gauche peut craindre une démobilisation, la droite ne sait pas s’il elle pourra générer un véritable effet d’entraînement. Cependant, les municipales seront le premier scrutin depuis l’arrivée au pouvoir il y a moins de deux ans, d’une gauche qui apparaît paradoxalement déjà très « usée ». Il semble qu’il soit trop tard et inopportun de changer les « troupes » … les dés sont jetés, si les électeurs ont un message à faire passer ils le feront dès le 23 mars prochain et conformément au principe de l’asymétrie du blâme les mécontents risquent d’être les plus motivés à participer.