Quand Nicolas Sarkozy met les Gaulois à son service

Décidément, le roman national a le vent en poupe. Après François Fillon, c’est au tour de son concurrent Nicolas Sarkozy de partir à la chasse à la frange identitaire de l’électorat et d’agiter toute une série de signaux destinés à rappeler son attachement viscéral à la France et sa volonté de bien faire rentrer ce message dans toutes têtes, quitte à insister un peu pour que ça rentre. Voilà donc que l’ancien président proclame en plein meeting que « dès qu’on devient Français, on devient gaulois ».

L’histoire-Obélix

Il n’est pas question ici de (trop) rappeler que la thématique « nos ancêtres les Gaulois » est une approximation de première grandeur, pour la simple raison qu’il n’y avait pas de peuple gaulois mais DES peuples celtes . Le mot (latin) de Gaulois, au reste, est un terme d’envahisseur, romain en l'occurrence. Nos fameux « ancêtres » se désignaient eux-mêmes comme Celtes quand il s’agissait de définir les points communs  - notamment religieux, mais pas franchement chrétiens pour une bête question de chronologie – à une infinité de tribus. Bref : un coup d’œil aux ouvrages de vulgarisation des historiens spécialisés, la simple lecture d’un article comme celui de Wikipédia suffit à amener un peu de complexité au sujet, loin d’une conception qui prendrait une bande dessinée – géniale – de Goscinny et d’Uderzo pour une parole d’évangile. Inutile non plus de rappeler que les Basques, les Corses, les Grecs qui fondèrent Marseille six siècles avant Vercingétorix ou les Aquitains n’étaient pas celtes. Inutile aussi de rappeler qu’en 20 ou 25 siècles, la composition du peuple français s’est largement métissée – un mot qu’on aime pas trop, celui-là, dans la partie de l’électorat que Nicolas Sarkozy cherche à séduire. Les faits sont décidément bien pénibles.

Est-il question de dire qu’aucun Français ne descend des Gaulois ? Certainement pas.

Que tous les Français en sont issus en ligne directe et sans accrocs, pendant deux bons millénaires ? Que faute d’un tel héritage, il leur faudrait en somme faire semblant,  manger du sanglier et craindre les colères de Toutatis ? Pas davantage.

Non, la question est de savoir ce que veut faire un candidat à la présidentielle en prononçant une telle phrase. Coup de com’ ? Tant qu’on voudra, mais un coup de com’ n’est pas innocent. D'autant que la question de l’identité nationale est une ligne de force de la pensée de Nicolas Sarkozy, créateur de l’éphémère ministère du même nom.

Faut-il transmettre un mensonge ?

Ce que fait Nicolas Sarkozy, c’est demander aux Gaulois de jouer le rôle de mythe fondateur. Et ce qui suit, ce qu’un François Fillon gourmand de roman national appelle déjà de ses vœux, c’est exiger de l’école qu’elle participe à la construction de ce récit des origines, bien sûr légendaire et glorieux. Et tant pis si ce récit est truffé d’approximations, sinon de mensonges. Paris vaut bien une messe et la patrie un tour de passe-passe vieux de deux siècles.

200 ans de travaux scientifiques, d’historiographie, d’archéologie, de linguistique ?

Balayés par des soutiens comme Éric Ciotti, comme toujours au garde-à-vous, au rang de l’éternelle « bien-pensance », toujours bien pratique quand il s’agit d’éviter de répondre sur le fond. Les critiques contre ces positions aussi scientifiquement indéfendables que la théorie de la Terre plate ? Un « procès en sorcellerie ». On a vu sorciers moins bien traités que Nicolas Sarkozy, mais qu’importe : une fois de plus, qu’un candidat déclaré à la présidence aligne des contre-vérités que le FN lui-même n’en est plus à défendre ne pose en revanche aucun souci de morale ou de conscience aux lieutenants de l’ancien président.

Ciotti

L’idée de fonder la nation sur un mythe ne poserait aucun problème ? Ce serait du chipotage, sans doute, que de souhaiter que l’école ne commence pas sa mission d’instruction par un tissu d’approximations partielles, partiales, et scénarisées au service d’un discours patriotique ?

Le sentiment d’appartenance à la nation, l’amour de la patrie, le sentiment d’appartenir à un même peuple, puisque c’est de cela qu’il s’agit, ne s’apprend pas plus par un mensonge qu’on apprend l’astronomie par l’horoscope.

Qu’on puisse aujourd’hui revenir sur cette base essentielle, qu’on puisse envisager de baser l’attachement à son pays sur un mensonge, laisse rêveur. Qu’on puisse prendre Astérix et Obélix pour un ouvrage historique aussi. Et le tout en dit long sur l’estime que quelques bateleurs de la politique portent à l’école, aux enseignants, aux enfants et à l’histoire réelle de leur propre pays, qu’ils prétendent vouloir ainsi faire aimer. Quel serait la valeur d’un amour basé sur un mensonge ?

 

Publié par jcpiot / Catégories : Actu

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