Gagnants?

En général, les guerres, de nos jours, ne se terminent plus par un KO de l’adversaire. Les États Unis, ont ils remporté la victoire en Irak ? En Afghanistan ? Nul ne peut donc déterminer dés à présent le vainqueur du conflit à Gaza. Pour cela, il faudra certainement attendre des mois, sinon des années.

Israël avait annoncé qu’il n’avait pas l’intention de renverser le Hamas ou de le vaincre, mais seulement de l’affaiblir militairement. D’après ce que l’on sait, c’est fait. Les tunnels d’attaque, les galeries et les bunkers souterrains dans lesquels l’organisation islamique a investi des dizaines, peut être des centaines, de millions de dollars, ont été en grande partie détruits. Le Hamas a perdu de nombreux combattants parmi lesquels des chefs militaires importants et utilisé une grande partie de son stock de roquettes qu’il aura du mal à compléter en raison du bouclage de la frontière égyptienne. Le blocus de la bande de Gaza n’est pas encore totalement levé. Israël et l’Égypte vont maintenir le contrôle des matériaux de construction pénétrant dans l’enclave palestinienne.

Netanyahu préfère le Hamas à Gaza
En fait - et je le répète- on sait que Benjamin Netanyahu a toujours préféré un arrangement militaire avec l’organisation islamiste – cessez le feu, échange de prisonniers- à un accord avec l’OLP de Mahmoud Abbas impliquant des concessions territoriales en Cisjordanie.
Pinhas Wallerstein, un ancien président du Comité des implantations et un des fondateurs du mouvement de colonisation, l’a compris. Dans une interview à une radio israélienne, il a félicité Benjamin Netanyahu : « En acceptant ainsi l'arrêt des combats et en empêchant la prise de contrôle de Gaza par l'Autorité autonome, le Premier ministre a sauvé les implantations de Cisjordanie. Si Mahmoud Abbas avait récupéré Gaza, la communauté internationale nous aurait obligés à négocier avec lui et nous aurions perdu la Judée et la Samarie. » Car, Benjamin Netanyahu, craignait, plus que tout, une résolution du Conseil de sécurité, ordonnant, non seulement un cessez le feu mais ressuscitant un processus de paix en bonne et due forme. Cela ne s’est pas fait.

Les acquis du Hamas
Étouffé par Israël et l’Égypte, le Hamas, voulait sortir de son isolement. Il ne s’est pas effondré militairement, et s’est attiré les bonnes grâces de l’opinion publique occidentale. Mais, politiquement, dans le monde arabe, il n’a pas réussi à élargir ses soutiens au delà de ses deux sponsors, le Qatar et la Turquie. L’organisation islamiste est toujours interdite en Égypte et en Arabie saoudite, deux pays, qui avec les Émirats arabes unis, ont quasiment soutenu Israël dans ce conflit. Une situation sans précédent dans la région.
Sur le terrain, ses acquis matériels sont, pour l’heure, minces. A ce stade, les policiers de l’Autorité autonome ne sont pas encore déployés aux points de passage contrôlés par Israël. L’aide humanitaire qui passait déjà par le territoire israélien, (y compris celle envoyée par la Turquie), sera renforcée, ce qui n’est certainement pas une grande victoire pour le Hamas. La zone maritime permise au pêcheurs de Gaza sera doublée. Seule nouveauté, le poste frontière de Rafah a été rouvert par les Égyptiens et les convois d’aide y passent. Mais, le Hamas ne pourra pas revenir à la situation qui existait il y a un an, lorsqu’il prélevait sa dime sur tous les produits qui passaient par quelques deux mille tunnels de contrebande creusés sous la frontière près de Rafah. Ils ont été presque tous détruits par l’armée du général Sissi. C’est pour surmonter cette asphyxie économique que l’organisation islamiste exige un port et un aéroport. Cela doit être négocié d’ici un mois au Caire et Israël, d’ores et déjà, dit non. On verra si les égyptiens qui considèrent le Hamas comme une organisation terroriste au même titre que les Frères musulmans l’accepteront. Pour ce qui est de l’électricité et des carburants, le Hamas dépend donc plus que jamais des fournitures venues d’Israël.

Cessez le feu identique
Au plan intérieur, il est encore trop tôt pour évaluer l’état de l’opinion publique à Gaza. Va-t-elle considérer que l’élargissement de la zone de pêche et une levée du blocus - dont l’importance reste à déterminer - valaient un tel sacrifice humain ? Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité autonome, a rappelé, dans une intervention à la télévision palestinienne que ce dernier accord de cessez le feu est identique à celui proposé par les Égyptiens au début de ce conflit et rejeté alors par le Hamas.
Actuellement, les gazouis fêtent surtout l’arrêt des épouvantables bombardements israéliens. En Cisjordanie, les appels à une troisième Intifada sont restés sans réponse.
Donc, attendons les prochaines négociations du Caire pour savoir quel accord sera conclu, ou si les combats reprennent. D’ici là, il faut constater qu’il n’y a ni gagnant, ni perdant.