Après des altercations entre forces de l'ordre et demandeurs d'asile, Donald Trump menace de fermer la plus grande frontière du monde

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Après de violentes altercations dimanche matin à la frontière entre Tijuana (Mexique) et San Diego (Californie), l'administration Trump confirme le durcissement de sa politique migratoire en menaçant de fermer définitivement le plus grand point de passage du monde, où près de 100 000 personnes transitent chaque jour. 

Dimanche matin, quelques 500 centraméricains qui participaient à une manifestation pacifique à Tijuana, aux abords de la frontière, ont réussi à contourner la police mexicaine pour essayer de franchir le mur séparant les États-Unis et le Mexique. Les demandeurs d'asile ont finalement été repoussés par les forces de l'ordre américaines à coup de gaz lacrymogènes avant d'être arrêtés par des policiers mexicains, à l'extérieur du passage d'El Chaparral, situé à proximité du point d'entrée vers la Californie.

Des hommes, des femmes et des enfants se sont finalement résignés à se diriger de nouveau vers le centre sportif où s'abritent 5000 demandeurs d'asile issus de la caravane. Arrivés pour la plupart il y a deux semaine à Tijuana, ils ont parcouru plus de 4000 kilomètres en un peu plus d'un mois dans l'espoir de fuir la violence et la pauvreté au Honduras. La manifestation pacifique de dimanche matin avait été organisée pour exprimer leur frustration face à l’attente et les conditions de vie des migrants. Sur les pancartes confectionnées, on peut y lire "Trump nous ne te détestons pas".

En guise de réponse, la secrétaire à la sécurité intérieure Kirstjen Nielsen a déclaré dimanche que le point d'entrée était fermé "pour assurer la sécurité publique face au grand nombre de migrants cherchant à entrer illégalement aux États-Unis (...) Certains ont cherché à nuire aux gardes frontières en leur lançant des projectiles", indique-t-elle. 

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Donald Trump appelle le Congrès à fermer définitivement la frontière 

Donald Trump place la lutte contre l'immigration au cœur de sa politique. En début de mois, à l'aube des élections de mi-mandat, le président américain faisait déjà part de plusieurs mesure drastiques pour contenir la caravane : fin du droit du sol, construction de "villes gigantesques" pour abriter, sous tentes, les demandeurs d'asile dont le dossier est en cours de traitement... Le président avait même suggérer que désormais, l'armée pourrait tirer à balle réelle sur ceux qui tenteraient de passer la frontière avec "agressivité" : "[Les migrants] veulent lancer des pierres sur notre armée, notre armée réplique. Nous allons considérer cela, et c'est ce que je leur ai dit, comme si c'était un fusil", avait-il déclaré devant les journalistes à la Maison Blanche, avant de revenir sur ses propos quelques jours plus tard. 

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Après les élections, Donald Trump signait un décret rejetant automatiquement les demandes d'asile déposées par des personnes entrées illégalement aux Etats-Unis. Bien que la justice ait pour l'heure bloqué cette mesure, il menace désormais de fermer totalement la très longue frontière entre les Etats-Unis et le Mexique (3 200 km) si la situation devait dégénérer. 9 000 militaires américains y sont déjà déployés.

« Le Mexique devrait ramener dans leur pays les migrants dont beaucoup sont des criminels sans scrupules. Faites-le en avion, en bus, comme vous le souhaitez, mais ils n’entreront pas aux États-Unis. Nous fermerons la frontière de façon permanente si nécessaire. Congrès, financez le MUR !  »

Un accord mexico-américain ? 

Alors que Tijuana annonce l'arrestation de 42 migrants à la suite des incidents de dimanche matin, le ministre mexicain de l'Intérieur Alfonso Navarrete a condamné cette tentative de passage jugée « violente ». « Loin d'aider la caravane, ils lui nuisent », a-t-il ajouté. La frontière à San Diego a été fermée aux voitures et aux piétons durant plusieurs heures par les autorités américaines, avant de rouvrir en fin de journée. Les autorités mexicaines se sont inquiétées de l’effet économique que pourrait avoir la fermeture d'un tel carrefour  pour le commerce et les voyageurs. Cela impliquerait durablement des pertes de plusieurs millions de dollars.

AP Photo/Ramon Espinosa

Hier, le Mexique annonçait avoir expulsé 98 migrants centraméricains ayant tenté d'entrer de force aux Etats-Unis, selon l'AFP. Désormais, Donald Trump fait pression sur les autorités mexicaines pour que les demandeurs d'asile arrivés à Tijuana restent au Mexique le temps que leurs demandes d'asile soient étudiées. Un accord en ce sens aurait été trouvé entre Andrés Manuel López Obrador, le président mexicain fraichement élu qui prendra ses fonctions le 1er décembre, et l'administration américaine.

Samedi dernier, le Washington Post annonçait, en citant la future ministre de l’Intérieur mexicaine Olga Sanchez, que le Mexique avait validé cet accord. Pour le moment démenti par le Mexique, sa confirmation serait une victoire quant à la politique migratoire exercée par Donald Trump. Le maire de Tijuana, Juan Manuel Gastlum, a déclaré vendredi une crise humanitaire dans sa ville frontalière d'1,6 million d'habitants, qui peine de plus en plus à faire face à l'afflux de migrants.

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