Les universités américaines veulent gommer leur héritage raciste

L’école de droit d’Harvard va abandonner son blason. Depuis 80 ans, la plus prestigieuse fac de droit des Etats-Unis est symbolisée par les armoiries d’une famille propriétaire d’esclaves qui avait contribué à son financement. Vendredi dernier, le comité de droit d’Harvard a décidé que ce symbole ne représentait pas les valeurs de l’école.

Harvard n’est pas la seule institution à revenir sur les heures sombres de son Histoire. A travers le pays, beaucoup d’universités de l’Ivy League- les plus anciennes et plus prestigieuses du pays - jettent un regard très critique sur leur passé. Il faut dire que la plupart de ces institutions ont été fondées au XVIIIème siècle, en pleine période esclavagiste. 

En 2013, Craig Steven Wilder avait jeté un pavé dans la marre avec son livre « Ebony and Ivy ». Dans cet essai, ce professeur du MIT revendiquait la thèse selon laquelle les plus vieilles universités de la nation, avec l’Etat et l’Eglise, constituaient « le troisième pilier d’une civilisation fondée sur la servitude ».

Un mouvement national

Amherst College, dans le Massachusetts, cherche à effacer toutes les références associées à Lord Jeffery Amherst, un officier de l’armée britannique accusé de brutalités contre les Amérindiens. L’université de Yale envisage d’abandonner le nom du « Calhoun college », baptisé en l’honneur de John C. Calhoun, un partisan de l’esclavage qui avait qualifié la pratique de « bien positif ». 

En novembre dernier, un collectif d’étudiants avait demandé à ce que toutes les statues et photos de Woodrow Wilson soient retirées de l’université. Un traitement par l’oubli pour un président jugé raciste même par les standards de son temps : Wilson est accusé d’avoir participé à la ségrégation en renvoyant 15 des 17 employés noirs du Service Fédéral, mais aussi d’avoir été un vif défenseur du Ku Klux Klan.  

Les protestations sont si nombreuses qu’un site web a vu le jour en fin d'année dernière : « thedemands.org ». Il recense chaque lutte organisée contre le racisme dans les universités du pays. Derrière ce site, le Black Liberation Collective, une organisation de jeunes adultes inspirée du mouvement Black Lives Matter.


Plus de 75 universités sont listées sur la page, chaque groupe d’étudiants avec ses revendications propres : changement de noms des bâtiments à caractères racistes, mais aussi plus de diversité dans le corps administratif ou davantage de financement pour les associations afro-américaines du campus.

Sûre réaction ou surréaction? 

L'abandon des symboles historiques des universités ne se fait pas sans remous. Pour beaucoup, ces mouvements relèvent de la censure, voire d'un déni de l'Histoire.

Ce débat s'inscrit dans un contexte plus vaste sur les campus américain. De plus en plus d'intellectuels dénoncent la protection d'une sensibilité exagérée des étudiants. The Atlantic, dans un célèbre article, appelait ce phénomène: "Le bichonnage de l'esprit américain". Les comédiens Chris Rock et Jerry Seinfeld refusent eux de se produire devant des foules estudiantines devenues "trop politiquement correctes".

Interrogé par BBC News au début du mois de mars, Wilder a répliqué à ces accusations : « Je suis plus choqué qu’il nous ait fallu aussi longtemps pour avoir une réflexion critique sur les noms et les titres circulant sur le campus. […] Je pense en fait que ce qui se passe en ce moment est très productif. Ca force des conversations que nous aurions dû avoir il y a très longtemps. »

A.S

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