Quand l'agriculture tue : le scandale de l'atrazine en 5 questions

L'atrazine, un herbicide produit par SYngenta, est accusé de causer infertilité et cancers.

Société suisse spécialisée dans la chimie et l’agroalimentaire, Syngenta est l’un des plus grands fabriquants de pesticides et d’herbicides. Le nom de l’entreprise, qui attise les intérêts des multinationales de la chimie, y compris le géant américain Monsanto, est associé à un scandale sanitaire : celui de l’atrazine.

Cash Investigation, le magazine de France 2, a enquêté sur les produits chimiques utilisés dans l'agriculture qui mettent en danger nos enfants. Retrouvez l'enquête de Cash Investigation sur les pesticides ce mardi à 20h55 sur France 2

En attendant, 5 questions pour comprendre ce qui est reproché à Syngenta et à l'atrazine :

Qu’est ce que l’atrazine ?

L’atrazine est un herbicide principalement utilisé sur les champs de maïs, notamment dans les grandes plaines des Etats-Unis. Il est le deuxième produit phytosanitaire le plus couramment employé dans le pays, selon les données de l’US Geological Survey. Il arrive juste après le glyphostate de Monsanto. 

Quels sont les dangers de l’atrazine ?

De nombreuses études affirment que l’atrazine ne pose pas de risques pour la santé. Mais des doutes ont été émis sur la fiabilité de ces études, parfois financées par Syngenta. La société aurait même rémunéré des experts pour défendre les bienfaits de l’atrazine dans les médias.

L’atrazine est accusée de provoquer cancers et infertilité, notamment dans l’Illinois, un état agricole, qui recense une proportion de cancers plus élevée que la moyenne nationale. L’herbicide contaminerait la nappe phréatique et donc l’eau potable.

Cet herbicide est-il légal ?

Le produit est interdit en France et en Union européenne depuis 2004, pour éviter des pollutions de la nappe phréatique. Il est cependant autorisé aux Etats-Unis - même si l’état californien étudie une proposition pour interdire l'atrazine sur ses terres.

En 2010, l’agence américaine de protection de l’environnement, l’EPA, estimait que les dangers de l’atrazine pour les humains étaient négligeables.

Deux ans plus tard, l’EPA estimait que l’atrazine ne posait pas de risques pour les animaux, une décision basée notamment sur une étude co-réalisée par un scientifique rémunéré par Syngenta.

L’agence environnementale américaine était censée ré-évaluer la toxicité de l’atrazine en 2015. Elle n’a pourtant pas rendu de verdict cette année là.

Par le passé, Syngenta a été accusée d’avoir enquêté sur des membres de l’EPA. Une ex-membre du comité scientifique de l’EPA qui a travaillé sur l’atrazine a également affirmé au new Yorker que Syngenta avait tenté d’intimider ses étudiants et de la décrédibiliser.

Pourquoi Syngenta a-t-elle déboursé 105 millions de dollars ? 

En 2004, suite à la plainte d’un distributeur d’eau de l’Illinois, plus de 1000 distributeurs d’eau, dans 6 états différents (Illinois, Missouri, Kansas, Indiana, Iowa et Ohio) ont entamé une action collective en justice contre Syngenta. Ils demandaient que Syngenta finance le filtrage de l’eau. Un accord a été trouvé entre les plaignants et Syngenta en 2012 :  le fabricant de l’atrazine a accepté de payer 105 millions de dollars au distributeurs d’eau.

Qui est Tyrone Hayes ?

Les documents dévoilés par la justice au cours du procès ont montré que la société a fait pression sur un juge et un scientifique : Tyrone Hayes, professeur à l’université de Berkeley, Ce biologiste, qui a fait l’objet d’un long article du New Yorker en 2014, affirme en effet être la cible de d’attaques de la part de Syngenta. Ses recherches, financées par le fabriquant de pesticides lui-même, ont établi un lien entre l’atrazine et des modifications des organes reproductifs chez les grenouilles.

Selon le scientifique, Syngenta aurait orchestré des attaques pour jeter le doute sur sa crédibilité de chercheur. Tyrone Hayes a été l’objet d’un film réalisé par Jonathan Demme (réalisateur du Silence des agneaux) pour le New Yorker :

 

Publié par France 2 Washington / Catégories : Société