La revue féministe du Vatican n’a plus foi en l’avenir

Elle était la voix féministe du Saint-Siège. Lucetta Scaraffia, directrice de « Femme Église Monde », supplément mensuel au quotidien du Vatican « L’Osservatore Romano » a annoncé sa démission mardi 26 mars, ainsi que celle du comité de rédaction. En cause, l’emprise grandissante opérée par le nouveau directeur du journal, Andrea Monda. Ce dernier a remplacé en décembre Giovanni Maria Vian, qui était à la tête de « l’Osservatore » depuis 2007 et soutenait la revue.

« Quand la nouvelle direction éditoriale est arrivée, nous avons eu plus de problèmes pour faire notre travail avec la même liberté et la même créativité. C'est comme s'il y avait deux âmes opposées l'une à l'autre au sein de ce journal.»

La fin d'une publication engagée

Ce départ marque donc la fin de cette publication, née il y a sept ans avec l’assentiment de l’ancien pape Benoît XVI. La fondatrice du mensuel, journaliste et historienne respectée, a ainsi évoqué « un climat de méfiance et de délégitimation progressive. » La revue publiait généralement des textes concernant la théologie ou la spiritualité mais également des écrits plus engagés. En février, la revue avait publié un dossier sur les religieuses violées par des prêtres, forcées à avorter ou à élever seules des enfants jamais reconnus par leur père.

« Avec la fermeture de Femmes Église Monde se termine, ou plus exactement se brise, une expérience nouvelle et exceptionnelle pour l’Église » déplore Lucetta Scaraffia. Il est vrai que le mensuel proposait un regard différent et critique, au sein d’une institution peu ouverte à la pluralité des opinions. Le mensuel diffusait également ses contenus en anglais, en espagnol, mais aussi en français, dans l’hebdomadaire « La Vie ».

Dans un communiqué, Andrea Monda déclare avoir « pris acte » de la fin de la publication et remercie Lucetta Scaraffia pour son « précieux travail ». Il nie cependant toute interférence dans l’élaboration des contenus du mensuel et soutient s’être borné à suggérer des thèmes à aborder.

 

 L’info en + : Dans un portrait publié par La Croix en 2012, Lucetta Scaraffia éclaircit sa conception du féminisme : « L’obsession de la parité ne doit pas conduire à l’indifférenciation. Je suis une féministe de la différence, car c’est d’elle que naît la nouveauté. »

 

Laëtitia Giannechini

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