En Inde, on ne plaisante pas avec la cocaïne. Ni avec le boeuf.

Hermant Morparia - Mumbai Mirror "Tous en prison, sans aucun doute, pour avoir mangé du boeuf !"

A Bombay et alentours, les amoureux du boeuf vont devoir se passer de leur dose de protéine. Dans l’état du Maharashtra, l’amendement qui interdit son abattage, sa vente, et sa consommation a été signé par le Président Indien Pranab Mukherjee. Il est entré en vigueur au début du mois d’avril et depuis, le sujet divise.

Il est des espèces protégées auxquelles mieux vaut ne pas toucher. En Inde, c’est la vache qu’il faut respecter à tout prix. Depuis le mois dernier, à Bombay, le simple fait de posséder de la viande de vache, boeuf, taureau et même buffle, pourra être désormais considéré comme de la contrebande - au même titre que la possession de cocaïne! Et en cas d’infraction, les choses ne seront pas prises à la légère : quiconque ne respectera pas cette obligation devra payer une amende allant jusqu’à 10 000 roupies (environ 145 euros), et encourra une peine de cinq ans de prison.

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Pour les Hindous, c’est à dire 82 % de la population Indienne, la vache est un animal sacré. Elle symbolise la vie, donne son lait à tous, et est protégée par Krishna, l’une des divinités les plus vénérées de l’hindouisme. Conséquence, la vente et la consommation de boeuf sont largement restreintes dans de nombreux États du pays. En général, c'est le buffle que l'on est autorisé à manger.

Le boeuf, consommé dans toute les religions

Heureusement, l’Inde n’est plus à un paradoxe près. Depuis quelques années, elle s’est imposée comme le premier exportateur mondial de viande bovine, tout en trônant à la première place des pays végétariens. Mais en réalité, c’est surtout du buffle, et non pas de la vache, qui est exporté.

Le boeuf est pourtant consommé, en majorité par les musulmans et les chrétiens, mais également par de nombreux hindous, pour qui il est une source de protéines abordable. Certains dénoncent alors une manipulation politique et religieuse, visant à leur imposer la culture de la caste supérieure.

Face aux diverses pétitions lancées contre cette décision, le gouvernement du Maharashtra a affirmé que cette loi vise à protéger la vache et sa descendance en raison de ses nombreux avantages, allant du lait à l’utilisation du fumier et de l’urine à des fins agricoles, d’élevage et même de santé publique. Rien à voir avec la religion, donc. A ses yeux, il s’agit pour les habitants d’une « restriction raisonnable ».

La situation fait évidemment polémique dans le pays et notamment sur twitter, où le hashtag #BeefBan a caracolé en tête. Certains approuvent la décision du Gouvernement en évoquant le droit des animaux en général, auquel les bovins ne doivent pas échapper. D’autres rappellent le caractère sacré de la « Vache Mère ». 

"Les yeux d'une vache vous regardent comme une mère le ferait avec son enfant, croyez-le, sachez-le, dîtes-le"

"Quelle différence y a-t-il entre un chien, une vache, une chèvre... tous ont des yeux, ressentent la douleur et la joie "

 

Mais sur twitter, encore plus nombreux sont ceux qui contestent cette nouvelle loi, en critiquant le manque d’honnêteté du gouvernement, qui refuse d’en avouer les motivations religieuses.  D’autres, comme plusieurs acteurs et actrices de Bollywood, se sont exprimés sur le réseau social, pour prôner le droit à la liberté de choix.

Mon seul avis sur la question est que rien ne devrait être forcé, mais devrait être facultatif... Manger ou ne pas manger, c'est un choix personnel "

"Je suis végétarien, donc le #BeefBan ne me concerne pas personnellement. Mais la liberté de choix est importante, dans un pays où plus de 30% de la population mange du boeuf "

 

" Donc maintenant, dans le Maharashtra, on peut avoir un boeuf avec quelqu'un, mais on ne peut plus avoir du boeuf avec quelqu'un "

 

Les animaux aussi vont devoir s’adapter au régime : au Zoo National de Bombay, les tigres, pourtant férus de boeufs seront désormais nourris… au poulet et à la viande de buffle.

Cyrielle Granier (St.)

Photo de couverture : Hermant Morparia - Mumbai Mirror