Israël tire déjà les leçons du conflit syrien

Après s’être rangé derrière une position de neutralité à l’égard du régime d’Assad, l’Etat hébreu a progressivement établi des lignes rouges pour répondre à l’influence grandissante de l’Iran et du Hezbollah en Syrie. Les généraux israéliens savent que la période qui s’ouvre, post-guerre, n’augure rien de bon.

De prime abord, la guerre en Syrie a eu nombre d’aspects positifs pour Israël. Ce conflit a mis en evidence la vulbérabilité du clan Assad, fer de lance historique du “front du refus”, hostile à toute normalisation avec l’Etat juif; il a considérablement affaibli les forces armées syriennes, jadis réputées pour leur puissance de feu et réduites à présent à quelques divisions épaulées par des milices souvent issues de la minorité chiite; enfin, la guerre syrienne aura débarrassé Israël de l’unique menace non-conventionnelle qui pesait sur sa population: le gigantesque arsenal d’armes chimiques développé en son temps par Hafez al-Assad.

Sauf que le régime syien n’est plus à l’agonie, sauvé par ses parrains russe et iranien des griffes de la rébellion et de l’ogre djihadiste qu’a constitué l’organisation Etat islamique, en 2014, après sa conquête fulgurante de vastes portions de l’Irak et de la Syrie. Pour Israël, le tournant de la guerre coïncide avec la reprise d’Alep, en décembre 2016, après des années de combat acharné. “Il nous a toujours paru évident que le régime privilégierait une reconquête de cette ville au détriment de l’est syrien par exemple, confie un haut gradé israélien. Pour Assad, défaire les rebelles à Alep n’a été rien d’autre que le symbole de sa victoire dans cette guerre.” 

A Alep, ce revirement de situation a été rendu possible grâce à l’action coordonnée de milices chiites, à l’instar du Hezbollah, aidées dans leur avancée par les lourdes frappes de l’aviation russe. “A tort, beaucoup ont cru que l’action des Russes était inefficace les premiers mois. En réalité, leurs efforts ont permis de sécuriser ce qui pouvait l’être, les zones sous contrôle du régime. C’est ce qui a permis à ce dernier de reprendre l’initiative militaire. De notre point de vue, la guerre en Syrie est finie. Il n’existe plus d’alternative à Assad”, poursuit le responsable militaire israélien.  

Même sans le califat de l’État islamique, réduit à néant, le territoire syrien reste largement morcelé entre zones sous contrôle kurde, au nord, quelques poches rebelles dont la plus importante constitue la province d’Idlib. Fait nouveau, une large partie du désert se trouve sous influence iranienne le long de la frontière irakienne. “Toute la zone entre les localités de Tanef et Abu Kamal est sous contrôle exclusif des milices chiites. Le régime y est totalement hors-jeu”, explique l'officier israélien. Cette situation préoccupe l’État hébreu qui considère qu’à présent rien n’empêche l’Iran d’acheminer armes et combattants jusqu’au Liban, surtout dans l’hypothèse d’un conflit redouté avec le Hezbollah.

Depuis 2013, des frappes sont régulièrement attribuées à l’aviation israélienne pour freiner l’armement de la puissante organisation chiite libanaise, obéissant aux ordres de Téhéran. Reste que l’implantation de l’Iran en Syrie, agitée comme un chiffon rouge par le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, serait loin encore d’être assurée. “La Syrie n’est pas le Liban, même si les Iraniens tentent d’y reproduire le même modèle, reconnaît un responsable militaire israélien. Nous identifions également des tensions avec la Russie qui ne voit pas forcément d’un bon œil l’arrivée d’un corps expéditionnaire iranien en Syrie, alors qu’elle s’apprête à jouer un rôle majeur dans sa reconstruction.”

 

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