Westminster, capitale du porno ?

Le Parlement Britannique, où les députés oublient parfois un peu vite que leurs ordinateurs sont surveillés

24 000. C’est le nombre de tentatives de connexions à des sites pornographiques enregistrées depuis le Parlement britannique entre juin et octobre 2017.  Ce n’est pas la seule affaire embarrassante qui éclabousse le cœur du pouvoir : entre la secrétaire envoyée acheter des sex-toys et des démissions qui s’enchaînent suite à des accusations de mauvaise conduite sexuelle, Westminster se retrouve dans la tourmente. 

Les drôles d’habitudes des députés : 160 tentatives de connexions à des sites classés X par jour

Pour expliquer les 160 tentatives de connexions par jour à des sites pornographiques, les autorités se défendent en affirmant que la majorité de ces connexions ne sont pas délibérées et résultent de publicités impromptues. Une explication qui a cependant bien du mal à justifier un tel chiffre ! Pourtant, si l’on remet ces statistiques en perspective, on se rend compte que les députés britanniques ont levé le pied sur le porno au travail. En effet, en 2015 c’est plus de 230 000 tentatives de connexion qui ont été bloquées par les pare-feu informatiques du Parlement. En 2016, le chiffre s’élevait à 113 208. Il semble donc que, bien qu’elle soit en déclin, la pratique ne date pas d’hier !

Des emplettes pas très nettes

La publication de ces chiffres survient dans un contexte déjà difficile pour le gouvernement qui a vu deux de ses ministres quitter leurs postes suite à des affaires sexuelles.

Ce mardi 9 janvier, c’est le député conservateur Mark Garnier qui s’est fait limoger de son poste de Ministre du commerce international. Caroline Edmondson, son ancienne secrétaire, avait révélé en décembre dernier, que le Ministre lui avait demandé d’aller acheter des sex-toys pour sa femme et une de ses collègues. La secrétaire accuse son patron également d’avoir utilisé à son égard des surnoms à caractère sexuels. Pourtant, Mark Garnier était resté en poste, malgré son silence face aux accusations, les faits remontant à 2010, alors qu’il n’était pas encore Ministre. Quelques semaines plus tard, profitant du remaniement ministériel, Theresa May s’est donc séparé du ministre controversé, avançant qu’il fallait laisser de la place à de nouveaux visages.

©Chris McAndrew

Mark Garnier, ancien Ministre du Commerce International, aux requêtes parfois déroutantes
©Chris McAndrew

Des démissions en cascade

Ce n’est pas la première fois que la classe politique britannique se retrouve dans la tourmente à cause des habitudes peu professionnelles de ses députés.

La première tête à tomber a été celle du Ministre de la Défense, Michael Fallon. Dans sa lettre de démission, il explique que son comportement par le passé n'a pas toujours été celui que l'on peut attendre des forces armées britanniques, dont il est le représentant. Quelques jours auparavant, une journaliste avait révélé qu'au cours d'un dîner en 2002, le Ministre avait posé sa main sur son genou sans son consentement préalable et à plusieurs reprises.

Le mois suivant, c'est au tour de Damian Green, alors vice-Premier Ministre, de démissionner suite à une enquête menée après la découverte de fichiers pornographiques dans son ordinateur professionnel. Ce qui lui a coûté sa place, c’est d’avoir menti en affirmant ne pas avoir été informé par la police des documents retrouvés dans son ordinateur. Le rapport officiel commandé par Theresa May prouve qu’il était au courant depuis 2008 et démontre donc que Damian Green a violé le code de conduite ministériel. En outre, l’homme avait aussi été accusé en septembre dernier de "comportement inapproprié" par une militante du Parti Conservateur. Des accusations que le rapport a jugées "plausibles", bien que difficilement vérifiables. Face à cette situation, Theresa May s’est retrouvée contrainte de pousser à la démission l’un de ses plus proches collaborateurs. Un moindre mal pour tenter de redorer l’image du gouvernement.

Damian Green et Teresa May ©NiklasHalle'N/AFP/Getty

Damian Green et Teresa May
©NiklasHalle'N/AFP/Getty

Mais les soucis ne s’arrêtent pas là pour Westminster. Ce mardi, moins de 10 jours après sa nomination au sein de l'autorité de régulation des universités britanniques, Toby Young a présenté sa démission dans une lettre publiée par le magazine conservateur The Spectator.  Cette démission fait suite à de nombreuses critiques envers sa nomination, concernant d’anciennes déclarations, jugées offensantes et sexistes. Parmi ses faits peu glorieux, un tweet, désormais supprimé et daté de septembre 2009, dans lequel il s’extasie sur le public des Emmy Awards. Il qualifie ainsi les femmes présentes de "super sexys" et propose même l’instauration d’un prix pour la "meilleure poitrine"

 

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Pareil en 2012, quand il note le "décolleté très intéressant" derrière le chef du Parti Travailliste, Ed Milliband, pendant une séance de questions au gouvernement, avant de demander à  "qui il appartient".

 

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Dans sa lettre de démission, Toby Young a remercié Theresa May “pour son soutien" et a déclaré "la caricature qui a été faite de moi durant les sept derniers jours (...) ne me ressemble pas" avant de s’excuser pour ces déclarations qu’il a qualifié de "peu judicieuses". Des excuses qui arrivent sans doute trop tard pour les 200 000 signataires de la pétition qui demandait sa démission.

 

Marion Russell avec Loïc de la Mornais

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