Qui est Gina Miller, la femme qui défie le Brexit ?

Gina Miller devant le Parlement britannique. Crédits AFP

Qualifiée de "femme du siècle" par les europhiles, ou insultée de "primate" par les éléments les plus extrémistes et racistes du camp pro-Brexit, la femme d'affaires Gina Miller mène un combat historique contre le gouvernement. Cette Britannique née au Guyana estime que son pays ne peut sortir de l'Union Européenne sans avoir consulté le Parlement. Alors qu'aujourd'hui s'achèvent les quatre jours d'audience à la Cour Suprême, voici trois choses à savoir sur cette femme qui donne des sueurs froides à la Première ministre Theresa May, et qui est aujourd'hui menacée de mort par les partisans du Brexit les plus acharnés.

C'est une ancienne mannequin devenue femme d'affaires

Née dans l'ancienne Guyane britannique (Guyana aujourd'hui), Gina Miller a grandi en Angleterre où elle a suivi des études de droit. Fille d'un haut magistrat, elle se lance finalement dans la finance. A 51 ans, l'ancienne top model qui se décrit comme philanthrope et militante pour la transparence, est à la tête de plusieurs sociétés dont la fondation "True and Fair", qu'elle co-dirige avec son mari et riche homme d'affaires Alan Miller. Il s'agit d'une organisation destinée à promouvoir la transparence dans le secteur financier et associatif, mais aussi à soutenir les petites associations caritatives. Au Guardian, elle a dit récemment que "l'un de mes principes dans la vie, c'est ce que j'appelle le capitalisme conscient. J'ai travaillé pour tout ce que j'ai eu, et je ne peux penser à une meilleure façon de l'utiliser que de me lever devant ce que je crois être juste, et ce qu'il faut pour construire une meilleure société." Elle lance en 2012 une campagne pour lutter pour plus de transparence dans les sociétés d'investissement, en dénonçant notamment les frais abusifs que certaines d'entre elles cachent à leur clients. Son action lui a valu le surnom de "Veuve noire" dans le milieu, en référence à l'araignée mortelle. Au fil de sa carrière, la redoutable Gina Miller ne s'est pas faite que des amis. Parce qu'elle est connue pour se battre pour ses convictions et ne jamais lâcher prise.

Elle est Européenne convaincue et juriste dans l'âme

Le 23 juin dernier, elle a voté "Remain". Européenne convaincue, Gina Miller n'a pas supporté le résultat des urnes qui, confie-t-elle aux médias britanniques, l'a atteinte physiquement. Elle dit s'inquiéter pour ses enfants, pour leur futur dans un pays qui n'a aucun plan de sortie. Avec le comité "The People's Change", elle se tourne vers la "High Court" et lance une procédure à ses frais, s'entourant de grands avocats dont le cabinet britannique Mischon de Reya, pour contester la décision du gouvernement de vouloir quitter l'UE sans consultation du Parlement. Par son action, elle souhaite rappeler le caractère consultatif du référendum, promettant de ne pas vouloir remettre en cause le Brexit. Le 3 novembre, la Haute Cour de Justice, qui traite des affaires les plus importantes et complexes, lui donne raison : le gouvernement n'a pas le pouvoir de déclencher seul le fameux article 50 du Traité de Lisbonne, qui ouvre la porte de sortie de l'UE. Un coup dur pour l'équipe de Theresa May qui fait immédiatement appel de la décision. Cette semaine, c'est à la Cour Suprême, dernière instance judiciaire britannique, que se poursuit le combat. La décision de la plus haute instance judiciaire britannique sera rendue publique en janvier prochain.

Elle est aujourd'hui menacée et insultée

La décision de Gina Miller de remettre en cause l'action du gouvernement suscite des réactions extrêmes. "Héros national", "femme du siècle" pour les pro-UE, elle est insultée avec violence par certains partisans du Brexit, qui n'hésitent pas à la qualifier de "prostituée" ou de "primate", pointant du doigt sa couleur métissée. Régulièrement menacée de mort, la mère de trois enfants est sous protection policière permanente – renforcée après le procès de l'assassin de la députée europhile Jo Cox. "Elle n'est même pas britannique, j'espère qu'elle recevra beaucoup de messages de haine", a écrit un internaute sur la page d'un groupe Facebook qui se réclame de l'Ukip, le parti de droite populiste. Des commentaires d'une extrême violence sur les réseaux sociaux se multiplient, appelant à lui "mettre une balle entre les deux yeux", à "la balancer à la benne", et à "la tuer si le Brexit est rejeté". Lundi dernier, un homme a été arrêté après avoir lui avoir adressé des menaces à caractère raciste sur internet. Dans un entretien accordé à Libération, la femme d'affaires affirme que "le plus affolant ce sont les lettres écrites par des gens éduqués, qui me disent que parce que je suis métisse, je n'ai pas le droit de parler. Je ne savais pas que le racisme était encore si présent." A la BBC, Gina a affirmé qu'elle était "apparemment la femme la plus haïe du Royaume-Uni". Or selon elle, "la question n'est pas d'être impopulaire mais de faire ce que l'on pense être bien".

 

Laure Van Ruymbeke avec Loïc De La Mornais

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