Maternité. Quand le Brésil met la pression sur ses mamans

D.R. Julia Reis, archive personnelle

Après le #icebucketchallenge ou encore les kids challenges, les réseaux sociaux ont laissé place à un nouveau hobby collectif : le motherhood challenge. L'idée est simple. Afficher son bonheur d'être mère, puis nominer une ou plusieurs amies que l'on considère comme des bonnes mères pour qu'elles perpétuent les chaînes de photos qui envahissent Instagram.

Ce phénomène en provenance des États-Unis commence déjà à faire réagir sur la toile. Quelques Brésiliennes se sont prises au jeu. C'est l'occasion de revenir sur la maternité au sein du pays continent et sur la polémique créée par une Brésilienne avec ce hashtag.

#DesafioMaternidade Eu fui desafiada pela minha querida amiga @camila.kotlewski a postar 3 fotos que me fazem sentir feliz em ser mãe... tá ai Mimi! ? Mas é claro que 3 fotos não seria o suficiente pra mostrar todo meu amor e dizer que eu me sinto feliz em ser mãe 24 horas por dia! ❤❤❤❤❤❤❤❤❤❤ A maioria das amigas já foram desfiadas ? e como o desafio é MATERNIDADE... porque não desafiar uma mamãe especial com seu filhinho de 4 patas ? @mobertulino cuidou do @bbtheo quando ele mais precisava! Porque não? ?? #TeAmoPrincesa #presentedeDeus #princesadamamae #Giovanna #supermae #desafiodamaternidade #facebook #maternidade #desafio #soasmaessaofelizes #filhossaopresentesdeDeus #desafiofacebook #ultrassom #chadebebe #bookgestante #parto #saidadamaternidade #primeirojob #primeiroaniversario #talmaetalfilha #partiuescolinha #motherhoodchallenge

Une photo publiée par Carla Borghi (@crl.cris) le

Le plus beau métier du monde, vraiment ? 

Fières de leurs enfants, certaines mamans brésiliennes ont eu envie de poster les photos de leurs enfants. En légende, les femmes écrivent souvent qu'elles ne se sont réellement découvertes qu'en devenant maman. Elles en parlent comme d'une révélation, d'un pur bonheur ou d'un miracle. Et pourtant, la maternité n'est pas toujours toute rose. Première difficulté : la question du congé maternité. « Au Brésil, la majorité des mères ont un congé mater de quatre mois, mais certaines entreprises donnent six mois, voire plus. Moi, par exemple, avec la préfecture de Rio je suis seulement retournée au travail quand mon bébé a fêté ses 1 an. Mais la règle est le congé de quatre mois, ce qui est contradictoire pour un pays qui prône l'allaitement maternel exclusif jusqu'aux six mois... », explique Bruna, professeure à Rio.

La question de l'âge pose également un problème de taille. Au Bésil, certaines femmes deviennent mères très jeunes, alors qu'elles sont encore mineures. Une tendance souvent en lien avec l'éducation et la classe sociale, actuellement en déclin. De plus en plus, les femmes issues de la classe moyenne-haute attendent de terminer leurs études pour devenir mères.  

Mais une fois le bébé arrivé, de nouveaux obstacles apparaissent. C'est ce que souligne Bruna : « La mère brésilienne a beaucoup de défis. Elle gagne moins que le père, elle souffre de la pression de la société pour être la meilleure mère. La mère brésilienne n'a pas de crèche pour son fils. Et quand il y en a une, elle est bien trop chère ou de mauvaise qualité ». Souvent, le coût de la crèche est supérieur à ce que gagne une mère de famille. Quant aux crèches publiques, moins chères, elles ne fonctionnent pas à des horaires utiles pour les parents. Car les Brésiliens passent en moyenne 4h dans les transports tous les jours. « Finalement, la crèche est donc une option pour peu de femmes. Beaucoup arrêtent de travailler quand leur congé mater se termine », soupire la maman qui vient tout juste de reprendre le travail.

La révolution d'une maman
 
Capture d'écran Facebook.

Capture d'écran Facebook.

 

Pour dénoncer cette réalité, bien loin de la romance, une autre maman a pris la parole. Son nom est Julia. Sur Facebook, elle s'affiche douce, attentionnée et aimante avec son bébé. Et elle a décidé de "participer" au défi motherhood, mais en postant un message qui reflétait davantage la « vérité, la vraie ». Sur ses photos, en légende, on peut lire : "Je n'accepte pas ce défi. Je refuse d'être un outil supplémentaire pour faire croire aux autres femmes que la maternité est un monde tout rose et que toutes les femmes sont nées pour remplir ce rôle. Je vais lancer un autre défi, le défi de la MATERNITÉ RÉELLE. De tout ce que les mères traversent et qui n'est pas reconnu, comme si toutes les femmes avaient été programmées pour ça". Face aux commentaires choqués de certaines mamans, elle répond :"Que ce soit bien clair, j'aime mon fils mais je déteste le fait d'être mère". Depuis, Facebook a censuré et bloqué son compte. "Ça m'ennuie vraiment que l'on m'oblige à me taire", a-t-elle publié sur le compte d'un ami en même temps que sur une lettre ouverte. Elle se dit en deuil de la femme qu'elle était avant la naissance et explique la difficulté d'assurer le statut de mère. Un point sur lequel Bruna la soutient totalement. « La maternité réelle est douloureuse. On a des nuits blanches, on passe la journée sans s'occuper de soi, on mange de la nourriture froide, le bébé pleure et vous ne savez pas pourquoi. Un défi pour une mère n'est pas une question de jolies photos sur les réseaux sociaux, le défi est au quotidien. C'est la colique, la fièvre, les pieds qui enflent pendant la grossesse, le ventre immense, les pleurs incessants après l'accouchement. » Mais la maternité ne peut pas se résumé qu'à cela, "on aime tant nos enfants". Pour Bruna la maternité reste un bonheur, pas toujours rose, mais un bonheur d'accueillir un enfant dans son foyer. Etre mère c'est aussi les câlins et l'apprentissage au quotidien. Finalement, il semblerait qu'il y est autant de maternité que de femmes différentes.

Fanny Lothaire, Marie Gentric et Anne-Flore Roulette

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