« L’Islam n’appartient pas à l’Allemagne »: quand un ministre de Merkel drague l'électorat d'extrême-droite

C’est un débat éminemment sensible en Allemagne, et le nouveau ministre de l’Intérieur d’Angela Merkel, le bavarois Horst Seehofer, va certainement déclencher une intense polémique avec cette déclaration: « non, l’Islam n’appartient pas à l’Allemagne », dit-il dans un entretien à la Bild publié ce matin. Et celui qui est aussi ministre de la « Heimat », terme difficile à traduire mais qui signifie tout à la fois « patrie », « chez-soi » ou « région », ajoute: « L’Allemagne est marquée par le christianisme. Le dimanche chômé, les jours fériés chrétiens et les rituels comme Pâques, la Pentecôte ou Noël en font partie ». Mais il précise également: « les musulmans doivent vivre avec nous, pas à côté de nous. Pour arriver à cela, nous avons besoin d’une compréhension mutuelle et de considération. Nous n’atteindrons cela qu’en discutant les uns avec les autres. […] Mais les musulmans qui vivent chez nous appartiennent évidemment à l’Allemagne. Cela ne signifie naturellement pas que nous abandonnions pour de fausses considérations nos traditions et des usages typiquement de chez nous ». Dire cela sur l’Islam fait référence à la déclaration restée célèbre de l’ancien président fédéral Christian Wulff qui, en 2010, avait affirmée que la religion musulmane « faisait partie » de l’Allemagne, des propos repris à son compte par la chancelière Angela Merkel. A l’inverse, elle était devenue une obsession chez les sympathisants d’extrême-droite, que ce soit le mouvement Pegida ou le parti AfD. En disant cela, Horst Seehofer se verra assurément reprocher de draguer ces électeurs qui ont tourné le dos à la droite conservatrice, le tout dans la perspective des élections régionales qui auront lieu en Bavière à l’automne prochain.

Merkel à Paris, un nouveau départ ?

La chancelière, comme c’est de tradition, réserve à la France son premier déplacement à l’étranger depuis son élection. Elle sera reçue cet après-midi à l’Elysée par le président Macron, un rendez-vous très important pour le couple franco-allemand, à l’arrêt pour cause d’élections depuis près d’un an, et pour l’Europe. Il sera intéressant de voir quels signaux va envoyer Angela Merkel, maintenant qu’elle est pleinement en capacité de gouverner. Jusqu’où est-elle prête à suivre Emmanuel Macron dans ses projets de relance de la zone euro et de l’Union ? Va-t-elle suivre la même ligne que lors de ses mandats précédents ? Mercredi, sur la ZDF, la chancelière a déclaré: « Nous sommes prêts à fournir plus d’argent pour le budget futur de l'UE. Mais nous ne voulons pas communautariser les dettes », LA ligne rouge à ne pas dépasser pour les Allemands. La FAZ résume l’enjeu de cette rencontre et des mois à venir pour les relations entre Paris et Berlin: « le gouvernement allemand aura bien du mal à trouver un meilleur partenaire que la France, même si cela ne veut pas dire que Berlin doive dire oui à tout ce que propose Emmanuel Macron ».

En bref, les Bliztactus

On les savait rétifs aux médicaments, plus prompts à conseiller une bonne tisane pour se soigner, et les chiffres le confirment. En 2016, les médecins allemands n’ont jamais prescrit aussi peu d’antibiotiques aux enfants, 425 prescriptions pour 1000 enfants, soit une baisse de 33% par rapport à 2008.
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La Lufthansa se porte à merveille, en grande partie grâce à la faillite en octobre dernier de Air Berlin, son principal concurrent sur le marché intérieur allemand. Elle a transporté 130 millions de passagers en 2017 (+19%), son chiffre d’affaire a atteint 35,6 milliards d’euros (+12,4%), son bénéfice 2,4 milliards (+33%). « Nous avons un joli problème », jubile le patron de la compagnie: « nous avons trop de passagers et pas assez d’avions ».

Bonne journée !

Toute l'équipe du bureau de Berlin.

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