La drôle d'humanisation des insectes dans "Minuscule"

Mon père adorait me raconter une blague sur les fourmis, quand j'étais petite (attention, elle n'est pas très drôle). "Tu sais quel bruit fait une fourmi ?" ... "Elle cro-onde ! La fourmi cro-onde ! Haha !" Oui oui, papa... Vingt ans plus tard, je me suis souvenue de ce trait d'humour devant Minuscule - La Vallée des fourmis perdues, film d'animation français sur des-insectes-trop-mignons créés par ordinateur, évoluant dans les décors naturels des parcs alpins du Mercantour et des Écrins. Car les fourmis y paraissent sous un nouveau jour.

Hélène Giraud et Thomas Szabo adaptent à l'écran leur série Minuscule, version grand format : une jeune coccinelle ayant perdu de vue sa famille se retrouve embarquée dans une expédition de fourmis noires bien décidées à ramener chez elles une boîte à sucres oubliée dans une clairière. Et ce, malgré la présence d'une colonie de fourmis rouges hargneuses convoitant elle aussi le butin.

Etant friande des documentaires animaliers et des films d'animation du genre Turbo ou 1001 pattes, j'avais peu de chances de trouver Minuscule ridicule. C'est peu dire que ce film regorge de charme et d'ingéniosité. Ce n'était pas couru d'avance, dans la mesure où à aucun moment les animaux ne sont pourvus de parole, et qu'il a fallu inventer d'autres moyens de faire rire et attendrir. Son humour et sa poésie sont à mettre au crédit des situations et de la morphologie des personnages, d'une part, mais aussi du son, qui les humanise habilement, sans tomber dans la caricature.

Entre "1001 pattes" en "Microcosmos"

Une des astuces de Minuscule est d'attribuer des qualités humaines aux insectes (à commencer par la pensée), mais en nombre limité. Les fourmis ronflent, font la courte échelle, les coccinelles ont la trouille ou lâchent des pets... Mais contrairement à 1001 Pattes, par exemple, elles ne se tiennent pas debout et ne communiquent que par la vue, l'ouïe et le toucher. Détail essentiel pour rythmer l'histoire et créer un décalage comique, chacune de ces qualités est accompagnée d'un son distinctif, à l'instar du sifflet pour la cheffe des fourmis (ingénieusement dessiné avec ses mandibules) ou du "nananananère" bourdonnant de la coccinelle. J'aime tout particulièrement quand la fourmi tapotte sur le dos de la coccinelle avec ses antennes, créant un son proche du xylophone, comme si les animaux étaient sensibles à la musique.

chute

Ce mutisme généralisé, qui nous ferait presque revenir un siècle en arrière si le film n'était pas en 3D, rend les situations burlesques d'autant plus savoureuses. La course-poursuite entre la coccinelle et les mouches rappelle la chevauchée ewokienne de Star Wars - Le Retour du Jedi et les scènes plus intimes entre les deux protagonistes n'ont rien à envier aux bromances américaines. Mis à part les décors champêtres et les gros plans d'insectes, on reste assez loin de Microcosmos... Le clou du spectacle ? Une descente de rivière épique, à mi-chemin entre Merlin l'enchanteur de Disney (le brochet !) et Le Hobbit - La Désolation de Smaug, pour les tonneaux dévalant le torrent.

Grognements de fourmis

Les réalisateurs Hélène Giraud et Thomas Szabo ont donc choisi de mélanger différentes caractéristiques pour chaque personnage, à la fois humaines et animales. Pas d'anthropomorphisme premier degré. Ils y ajoutent une difficulté supplémentaire : réduire l'expressivité de leur "visage" à la forme de leur exosquelette. Faute de bouches ou d'oreilles, les tempéraments sont traduits presque exclusivement par les yeux. Ceux des coccinelles sont ronds et éberlués, ceux des fourmis rouges mi-clos en amande et ceux des mouches, sataniques. Le reste n'est que gestuelle, sons et enchaînements comiques.

Fourchette

Si Minuscule paraît aussi frais et amusant, c'est qu'il applique des sons de façon aléatoire. Bien que privée de parole, la coccinelle se fend ici et là de "hin hin hin" et de "youhou" pleins d'humanité. Les fourmis rouges, elles, ont carrément des attributs de mammifères, elles grognent et s'énervent comme des chiens de garde. De la même façon, les pics à dents utilisés comme projectiles fusent avec des sons de missiles. La forêt n'est plus un temple où de vivants piliers laissent parfois sortir de confuses paroles, mais un gigantesque carrefour où les libellules klaxonnent et les mouches grillent la priorité à droite. Un imaginaire trépidant qui renvoie davantage à l'univers de la science-fiction et du film d'aventure qu'aux documentaires du dimanche sur la vie secrète des potagers.

Crédits photos : Le Pacte.

Publié par Ariane Nicolas / Catégories : Actu

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