"Voyage en Italie", le génie des fourmis et les corps absents de Pompéi

J'ai eu la chance de découvrir Voyage en Italie, de Roberto Rossellini, au cinéma il y a trois jours. Ce film en noir et blanc, sorti en 1954, est reprogrammé depuis le 3 juillet dans quelques salles. Il raconte l'histoire assez commune d'un couple britannique, les Joyce, interprétés par Ingrid Bergman et George Sanders, qui se déchire au cours d'un voyage à Naples (Italie).

Ce qui est moins attendu, c'est le décor choisi par le cinéaste. "Napoli", le Vésuve, Pompéi et la multitude de sites archéologiques que la région propose. Décor hautement symbolique, puisque Katherine Joyce les visite compulsivement, en repensant à un ancien amant qui chérissait les lieux. Elle flâne parmi ces ruines comme si elle déterrait non pas ses souvenirs à elle, mais ceux de cet homme adoré dont nous ignorons presque tout. L'amour en fuite, il ne reste plus qu'à aimer -et donc vivre- par procuration.

Voyage en Italie

Le plus beau moment du film, qui bouleverse cette femme sur le point de se faire quitter par son mari, se passe au petit matin, à Pompéi. Les deux époux assistent à une scène extraordinaire. Des archéologues ont découvert des trous d'air sous-terrains quelques jours auparavant et ont coulé du plâtre à l'intérieur afin d'étudier la forme du vide. Sous les yeux des Joyce, les employés retirent la terre qui recouvrait ces formes jusqu'alors invisibles : le plâtre a réifié deux être humains, mortellement figés dans leur sommeil après l'éruption du Vésuve, en 79 après J.C. Un "instantané de vie", comme disent parfois les historiens, il y a 2 000 ans.

Six pieds sous terre

Je ne connaissais pas cette technique d'excavation, je pensais que seuls les squelettes faisaient l'objet de telles recherches. Quelle belle image que ces corps absents de Pompéi, en partie ressuscités par la science et la folie nostalgique des hommes.

Le hasard des choses (ou plutôt, internet) m'a conduite ce matin vers une vidéo quasi-identique, tournée par une équipe scientifique britannique. Des entomologistes ont mis à jour une colonie de fourmis, sans doute une des plus grandes du monde. Comme à Pompéi, ils ont versé du plâtre du béton dans les tunnels sous-terrains, afin de déterminer la forme de l'ensemble. Le résultat est fascinant.

Fourmi

Des dizaines de mètres de galeries agrémentées de poches d'air, à intervalle régulier, comme autant de petits appartements aménagés par ces insectes. Quarante tonnes de terre ont été déplacées pour créer cette colonie qui s'étale sur 50 mètres carrés et 8 mètres de profondeur.

De la nature au cinéma, il n'y a qu'un pas... D'où mon interrogation : à quelques mosaïques près, les fourmis ne méritent-t-elles pas qu'on loue leur génie, comme on admire les trésors de Pompéi ou d'Herculanum ? J'aurais bien aimé connaître l'avis de Roberto Rossellini sur cette question...

 

Publié par Ariane Nicolas / Catégories : Actu

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