Le téléphone pleure, et pas forcément de rire.

"La polémique", "l'acharnement médiatique", volonté de "tuer médiatiquement" : M. Hanouna, ses collaborateurs et ses fanzouzes n'y vont pas de main morte lorsqu'il s'agit d'évoquer le mouvement de désapprobation qui a suivi, sur les réseaux sociaux et auprès du CSA, la diffusion de son dernier canular téléphonique tendant à piéger des hommes homosexuels, sans grand souci des répercussions qu'une telle séquence pourrait entraîner pour les "piégés".

L\'animateur Cyril Hanouna, le 30 avril 2015 sur LCI.

Un bref rappel des faits pour ceux qui auraient passé les derniers jours dans l'ISS. Jeudi 18 mai 2017, lors d'une émission en prime-time de "Touche pas à mon poste", l’animateur s’est fait passer pour bisexuel dans une petite annonce passée sur un site spécialisé, se décrivant comme un homme recherchant des rencontres sans tabou :  « Bonjour, je me présente : Jean-José, 1m85, très sportif et super bien monté, cherche relation courte ou longue selon le feeling. Bisexuel. Je vous invite à déjeuner et qui sait, peut-être qu’après je vous dégusterai. Je suis joignable au XX.XX.XX.XX.XX après 22h. PS : j’aime qu’on m’insulte ». Rien de bien particulier ni de répréhensible en soi, jusqu’à ce que M. Hanouna se mette en devoir de diffuser en direct les appels téléphoniques de plusieurs hommes répondant à ladite annonce et d'échanger avec ces derniers, voix de fausset et allusions salaces à l'appui, sous les éclats de rire encourageants de son public.

En matière d'Hanouneries comme d'humour, à chacun ses goûts. La séquence concernée a manifestement divisé ceux qui s'y sont penchés en deux camps : ceux qui l'ont trouvée drôle et ceux qui ont ressenti un malaise conséquent en voyant M. Hanouna, son équipe et leur public se moquer de quelques personnes à la recherche d'un profil compatible sur un site de rencontres.

Sur le plan juridique, en revanche, pas trop d'hésitation à avoir pour qualifier ces faits sur la base desquels certaines associations ont d'ores et déjà fait part de leur intention de déposer plainte. Au-delà en effet d’éventuelles sanctions que pourrait être amené à prononcer le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA), l’attitude de l’animateur peut parfaitement relever de poursuites pénales.

L’article 226-1 du code pénal précise qu' « Est puni d'un an d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende le fait, au moyen d'un procédé quelconque, volontairement de porter atteinte à l'intimité de la vie privée d'autrui 1° En captant, enregistrant ou transmettant, sans le consentement de leur auteur, des paroles prononcées à titre privé ou confidentiel ».

Dans la mesure ou l’objectif du « canular » était précisément de piéger des homosexuels en captant et retransmettant à la télévision des conversations manifestement destinées à demeurer privées, l’infraction d’atteinte à la vie privée semble à l'évidence constituée.

Pire encore : si l’on s’attache à la nature des propos échangés, de nature manifestement sexuelle (l’un des interlocuteurs piégés proposant, par exemple, de frotter son sexe contre celui de l’animateur), la peine encourue se trouve portée à deux ans d’emprisonnement et 60.000 € d’amende en application de l’article 226-2-1 du code pénal.

Le fait que les personnes piégées par M. Hanouna soient restées anonymes ne saurait être retenu, l'une d'entre elles ayant à son insu donné son nom et son prénom à l'antenne. Pour les autres, l'absence de brouillage de leur voix, la mention de caractéristiques particulières (leur profession, par exemple) a rendu leur identification par leurs proches ou collègues tout à fait possible.

Il est donc envisageable qu'au-delà des hypothétiques sanctions du CSA (qui serait saisi à ce jour de 20000 plaintes liées à cette émission télévisée) et des retombées commerciales négatives que constitue le retrait de plusieurs annonceurs des espaces de publicité de TPMP, M. Hanouna soit poursuivi devant le tribunal correctionnel pour les infractions précitées sur plainte préalable des victimes de sa farce (**). Ce qui lui éviterait peut-être, à l'avenir, de se lancer de nouveau dans ce type de canular "rassrah de rassrah" (*).

(*) Laissez, j'ai toujours rêvé de pouvoir citer M. Dupont-Aignan dans le texte.

(**) Merci @BetterCallYoda de m'avoir rappelé ce point fondamental.

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  • Lagun

    sur le site du CSA, rubrique "déontologie de l'information et des programmes" "déontologie à la télévision" "le recours à la caméra cachée" : "Le recours aux procédés permettant de recueillir des images et des sons à l'insu des personnes filmées ou enregistrées doit être limité aux nécessités de l'information du public. Il doit être restreint aux cas où il permet d'obtenir des informations difficiles à recueillir autrement. Le recours à ces procédés doit être porté à la connaissance du public. Les personnes et les lieux ne doivent pas pouvoir être identifiés, sauf exception ou si le consentement des personnes a été recueilli préalablement à la diffusion de l'émission. Ces précisions sont mentionnées dans les conventions et les cahiers des charges des chaînes." Il faut croire qu'Hanouna n'a pas lu le cahier des charges de C8.

    • DCE

      Tant que le CSA ou la justice ne suppriment pas son émission ou ne le mettent pas en prison, il s'en fiche. Ce n'est pas Hanouna, le problème, dans cette histoire, c'est l'incapacité des instances de ce pays à agir, à être ferme, à sanctionner, à poser des limites. C'est pour ça que l'école va mal, alors qu'on voudrait nous faire croire que c'est parce que Napoléon est enseigné après Jeanne d'Arc alors qu'il devrait être enseigné en même temps que la fin des dinosaures... C'est pour ça que dans le 18eme arrondissement de Paris, on peut insulter des gens tranquillement. C'est pour ça qu'à chaque fait divers meurtrier, on entend l'éternel "il/elle était bien connu des services de police". Hanouna n'est qu'un récidiviste parmi tant d'autres qui a bien compris qu'il pouvait faire tout ce qu'il voulait, et que le temps que les mollassons du CSA et de la justice fassent quelque chose, il aurait fini de remplir son compte en banque avec cette émission

      • Rostock

        Les mollassons du CSA et de la Justice respectent simplement les procédures.

        De même : "bien connu des services de police", ça ne veut strictement rien dire.
        On peut trouver un individu avec une fiche STIC longue comme le bras, et zéro condamnations.
        Ou bien 25 mentions au casier pour des délits routiers, et l'affaire qui le mène devant les journaux consiste en une atteinte à la personne, ce qui ne rentre pas vraiment dans la même catégorie de délit.
        (pourtant, la récidive légale s'applique).

        Hanouna est destiné a être fini, il en profite autant qu'il peut, avec son émission d'inculture crasse a peine digne du 1h00 4h00.
        On lui impute un nouveau dérapage alors que le CSA n'a pas encore statué sur le précédent, a la fin ils vont faire un lot.

    • https://insta724.com/ideas/love love instagram

      Le fait que les personnes piégées par M. Hanouna soient restées anonymes ne saurait être retenu, l'une d'entre elles ayant à son insu donné son nom et son prénom à l'antenne. Pour les autres, l'absence de brouillage de leur voix, la mention de caractéristiques particulières (leur profession, par exemple) a rendu leur identification par leurs proches ou collègues tout à fait possible. https://insta724.com/ideas/google

  • Armand017

    Etrangement, ce qui semble poser problème à ceux qui ont vu la fameuse émission, est son homophobie supposée. Et vous n'en touchez pas un mot.
    http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2017/05/22/plus-de-20-000-plaintes-au-csa-apres-une-sequence-jugee-homophobe-dans-tpmp-de-cyril-hanouna_5131960_3236.html?xtmc=homophobe&xtcr=3

    Est-ce parce qu'elle n'est pas manifeste ? Ou qu'elle ne vous semble pas juridiquement constituée ?

    • Rostock

      C'est surtout parce que juridiquement, être homophobe, raciste, ou con ne constitue rien d'illégal.

      C'est tenir des propos, ou des actes qui l'est. Et la circonstance aggravante est bien mentionnée, et à mon gout, parfaitement valide.

      • Lagun

        Le fait que le délit d'atteinte à la vie privée est commis en raison de l'orientation sexuelle de la victime n'est pas une circonstance aggravante, comme il l'est d'autres infractions (violences, meurtre, menaces, discrimination...).
        La circonstance aggravante tient dans le fait que les paroles ou images diffusées sans consentement présentent un caractère sexuel, le législateur ayant vraisemblablement considéré que la vie sexuelle des individus nécessite une protection toute particulière.
        Etre homophobe n'est effectivement pas un délit, ce qui l'est c'est (article 23 et 24 loi sur la presse du 29 juillet 1881), "par des discours, cris ou menaces proférés dans des lieux ou réunions publics, soit par des écrits, imprimés, dessins, gravures, peintures, emblèmes, images ou tout autre support de l'écrit, de la parole ou de l'image vendus ou distribués, mis en vente ou exposés dans des lieux ou réunions publics, soit par des placards ou des affiches exposés au regard du public, soit par tout moyen de communication au public par voie électronique", inciter à la discrimination, à la haine ou à la violence à l'égard des homosexuels.
        Présenter les homosexuels comme des êtres nécessairement efféminés et ridicules, et, dans le même temps, attenter à la vie privée de l'un d'entre eux, est-ce inciter à la discrimination ou à la haine ou à la violence ? Il est permis d'en douter, le délit supposant des propos de nature à susciter un sentiment de rejet ou d'hostilité. Une chose est sûre, cela ne fait jamais avancer que la cause de la c. d'HANOUNA. N'importe quel salarié ou sous chef d'une entreprise qui en aurait fait le 10ème aurait déjà reçu sa lettre de licenciement pour faute grave. C8 est semble t'il une entreprise étanche au respect dû à chacun, du moins tant que l'audience et les annonceurs suivent. A ce propos, C8 c'est aussi Canal..., et si on se désabonnait ?. Personnellement, j'y songe très sérieusement.

  • DCE

    C'est oublier que nous vivons dans un pays d'un laxisme immense. Pour que le CSA supprime cette émission, il faudrait presque qu'Hanouna fasse l'apologie du nazisme tous les soirs pendant 6 mois de suite. Lire les articles de franceinfo sur le CSA. Et la justice de ce pays ? C'est à pleurer. Pour des peines maximales de 2 ans et 45000 euros d'amende, si on prend 5000 euros et 6 mois avec sursis, c'est qu'on a insulté le juge...... C'est sur ce laxisme que notre état fonde sa paix sociale : en évitant l'escalade avec les citoyens, en se montrant compréhensif. On instaure un climat pacifique, mais l'inconvénient est que chacun fait globalement ce qu'il veut........

    • Rostock

      Tentez d'insulter le juge, et plus des 2 ans et l'amende, vous vous offrez un doublé pour outrage.

      Il y a ce que certains journaux mentionnent, et la vérité vraie vu dans les salles de tribunal. Beaucoup plus sèche.