Le nombre de mouvements d’extrême droite a doublé en 17 ans

Selon l'association Southern Poverty Law Center (SPLC), chargée de recenser et d'analyser l'évolution des groupes extrémistes aux États-Unis, ceux-ci connaitraient un regain important depuis le début du XXIe siècle. Tous défendent un but commun : imposer la suprématie de la "race blanche" dans le pays.

Augmentation des groupes haineux entre 1999 et 2016 

917 : c'est le nombre de groupes extrémistes répertoriés à travers les États-Unis en 2016, contre 457 en 1999. Leur effectif a donc été multiplié par deux en 17 ans. Comme en témoigne la carte intéractive réalisée par SPLC, ces mouvements racistes sont davantage concentrés sur les côtes littorales du territoire.

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Voici le classement des cinq États américains qui concentrent le plus d'extrémistes :

  1. 79 groupes en Californie
  2. 63 groupes en Floride
  3. 55 groupes au Texas
  4. 47 groupes à New-York (État)
  5. 42 groupes en Virginie

Cependant, bien que le nombre de ces organisations ait doublé en 17 ans, il a atteint son maximum en 2011 avec 1018 réseaux identitaires. "L'augmentation s'est accélérée en 2009, année où le président Barack Obama a pris ses fonctions. Puis elle a diminué en partie car un grand nombre d'extrémistes utilisaient internet pour partager leurs idées et s'éloignaient donc des activités sur le terrain", explique sur son site l'association SPLC.

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L'arrivée au pouvoir de Donald Trump aurait alors permis à ces mouvements de trouver un ambassadeur qui  incarnerait l'idéologie suprémaciste.

Les divers groupes extrémistes rassemblés par catégories

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L'association SPLC a également réparti les 917 groupes extrémistes recensés sur le territoire, selon leur appartenance idéologique. Dix catégories ont pu être identifiées, dont voici le classement des cinq entités les plus importantes :

  1. Les Séparatistes Noirs (193 groupes)
  2. Le Ku Klux Klan (130 groupes)
  3. Les Anti-Musulmans (101 groupes)
  4. Les Nationalistes Blancs (100 groupes)
  5. Les Néo-nazistes (99 groupes)

Les corporations incluant les Néo-confédérés, les anti-LGBT (Lesbiennes, gays, bisexuels et trans) et les racistes "skinhead" seraient les moins influentes, toujours selon l'étude menée par Southern Poverty Law Center.

Yelen Bonhomme-Allard 

Le retrait d'une statue controversée libère la parole suprémaciste

Depuis le début de l'été, Charlottesville dans l'État de Virginie est devenue le lieu de rassemblement des mouvements d'extrême-droite les plus radicaux. Ces derniers s'opposent au déboulonnement de la statue de Robert E. Lee située dans l'un des parcs de la ville. Pourquoi ce personnage historique, mort depuis 147 ans, fait-il encore tant polémique 

Depuis 1924, la statue équestre de Robert Edward Lee domine Emancipation Park, anciennement Lee Park, l'un des jardins publics de Charlottesville. Le général est représenté digne sur son cheval, avec un chapeau à la main et une barbe généreuse qui lui donne un air impérieux.

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Ce militaire (1807-1870) a dirigé les troupes confédérées des États esclavagistes durant la Guerre de Sécession de 1861 à 1865. Cette guerre civile a opposé les États-Unis d'Amérique "l'Union" (au nord), menés par Abraham Lincoln, aux États confédérés d'Amérique, "la Confédération" (au sud), dirigés par Jefferson Davis. Le pays était alors divisé en deux : les défenseurs des droits des Noirs au nord, face aux partisans de l'esclavagisme au sud. 

Lorsque les États esclavagistes sudistes ont déclaré la guerre en 1861, le général Lee est resté fidèle au président Abraham Lincoln. Mais à partir du moment où son État d’origine, la Virginie, a quitté l’Union, il a décidé de rejoindre à son tour les États confédérés.

Une icône historique controversée 

Robert Lee a longtemps été présenté comme un héros de guerre et un fervent opposant de l'esclavagisme. Selon The Atlantic, le général aurait écrit une lettre à son épouse en 1856 dans laquelle il confiait : "L'esclavage est un mal moral et politique". Mais cette version tronquée, souvent reprise par ses admirateurs, ne dévoile pas la fin du message.

La suite de cette missive explique au contraire les bienfaits de l'asservissement. "Les Noirs sont définitivement mieux ici [États-Unis] qu'en Afrique, moralement, socialement et physiquement, décrivait le militaire à sa femme. L'éprouvante discipline qu'on leur apprend est nécessaire pour leur éducation et leur race (...)". Robert Lee possédait d'ailleurs plusieurs domestiques sur sa propriété. 

Un modèle de la suprématie blanche 

En protestant contre le retrait de la statue à Charlottesville, l'extrême-droite tente de certifier la supériorité du peuple blanc, et exprime sa nostalgie quant au passé esclavagiste du pays. Cette reconnaissance de l'Histoire est d'ailleurs partagée à l'échelle nationale, dans la mesure où plusieurs établissements scolaires et places publiques portent le nom de Robert Lee. À la fin de la Guerre de Sécession et jusqu'à sa mort (de 1865 à 1870), l'ancien militaire a été le directeur de la Washington and Lee University, le campus artistique de Lexington en Virginie.

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La Nouvelle-Orléans a, quand à elle, décidé de prôner la tolérance ethnique et de tourner le dos à son héritage raciste. Le 19 mai 2015, quatre statues à l'effigie de personnalités controversées, dont celle de Robert Lee, ont été déboulonnées. Durant la manœuvre, les applaudissements approbateurs s'étaient alors heurtés aux marques hostiles des opposants.

Cette décision avait été prise après l'assassinat de neuf personnes noires dans une église de Caroline du Sud, à Charleston. L'auteur de cette tuerie, Dylann Roof, un jeune blanc de 21 ans, voulait déclencher "une guerre raciale". Il a été condamné à mort en janvier 2017.

Vers une montée du nationalisme blanc ?

Les manifestations des groupes radicaux reflètent le désir d'un retour vers cet héritage patriotique. Cette volonté s'est notamment affirmée à travers l'élection du président américain Donald Trump. "Il ne fait aucun doute que l'élection de 2016 a servi à bien des égards à une reconnaissance publique du nationalisme blanc américain marginalisé depuis les années 1960. Les défenseurs de la suprématie blanche ont toujours été présents aux États-Unis. Mais le sentiment est qu'ils ont maintenant une légitimité en tant que défenseurs de l'État américain blanc", explique David Billings auteur de l'ouvrage Deep Denial, The Persistence of White Supremacy in United States History and Life.

Yelen Bonhomme-Allard 

De la ségrégation raciale à la mixité démographique, dans les rues de Washington D.C

Depuis les années 50, certains quartiers de Washington D.C subissent une transformation urbaine et démographique. La rue U, située dans le nord-ouest de la capitale, en est un exemple. 

Dans les années 1950, la ségrégation sévissait dans le pays, séparant les communautés blanche et noire. La capitale américaine était organisée de sorte que les Noirs habitaient en banlieue, notamment dans le nord-est de Washington D.C. U street était l'un des quartiers emblématiques de la communauté afro-américaine. Aujourd'hui, cette rue connaît une hétérogénéité démographique.

Un quartier mondain pour la communauté noire  

La famille Lee en est un des visages. Depuis 1945, quatre générations se sont succédées dans l'unique boutique de fleurs de la rue. Elle a connu les grands moments de l'Histoire pour l'égalité des droits des personnes noires, depuis la fin de la ségrégation en 1964 à l'élection du premier président noir des États-Unis en 2009, en passant par l'assassinat de Martin Luther King, le 4 avril 1968.

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De gauche à droite : Kristie Lee, Chase Tyler, le neveu, et Stacie Lee Banks. Les deux soeurs sont les propriétaires du Lee's FlowerShop depuis 2012

"U street était une frontière. Les personnes noires n'avaient pas le droit de se rendre en centre-ville, habité par les Blancs, raconte Stacie Lee, 54 ans, petite-fille du premier propriétaire de la boutique 'Flower Shop'. Dans les années 1950, il y avait une sorte d'effervescence qui animait le quartier, où la classe moyenne fréquentait les restaurants, les clubs de jazz et les trois cinémas du quartier." U street était alors surnommé le Black Broadway.

En 1945, ses grands-parents, William P. Lee et Winnifred Lee, achètent le bâtiment où ils y établissent leur boutique de fleurs. Leur affaire prospère jusqu'en avril 1968, date de l'assassinat de Martin Luther King. Durant trois nuits, plusieurs magasins sont brûlés suite aux affrontements entre des policiers blancs et les activistes des droits des Noirs. "On a dû mettre un panneau sur la porte pour dire que c'était un magasin tenu par des Noirs...", se souvient Stacie, alors âgée de 5 ans. Après cet épisode, les activités commerciales de la rue ont été abandonnées sous les cendres.

1968, l'année du basculement 

À partir de cette date, les classes moyennes et riches s'exilent, laissant le quartier entre les mains des vendeurs de drogue et des prostituées. Jusqu'à la fin des années 1980, la violence règne sur le quartier, faisant de Washington D.C l'une des villes les plus dangereuses du pays.

Seuls trois établissements ont survécu au déclin : l'Industrial Bank, la banque de la communauté noire, installée en 1938, le Lee's FlowerShop et le Ben's Chili Bowl crée en 1958. Ce célèbre restaurant de hot-dogs, reconnaissable à sa devanture jaune, est un lieu prisé par les personnalités de la communauté afro-américaine. De Martin Luther King à Barack Obama en passant par Usher, ils ont tous goûté au fameux hot-dog à la sauce piquante.

Extérieur du Ben's Chili Bowl sur U street

Extérieur du Ben's Chili Bowl sur U street

Virginia Ali est propriétaire du restaurant avec son mari (décédé en 2009) depuis sa création en 1958. Aujourd'hui âgée de 83 ans, elle raconte avec précision la fin de la ségrégation et le début de l'intégration des Noirs dans la société américaine. Un souvenir en particulier lui revient en mémoire : "Pendant les trois jours d'altercations entre les autorités et le peuple noir, nous étions le seul restaurant à rester ouvert jusqu'à 3 heures du matin, malgré le couvre-feu imposé (de 21h à 7h du matin). À l'époque, nous étions déjà très populaires."

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A droite, Virginia Ali, propriétaire du Ben's Chili Bowl depuis 1958

La période des années 1968 à 1988 ont été particulièrement difficiles pour le restaurant. La population du quartier ayant changée, les clients respectables ont laissé place aux délinquants. "Après la mort de Martin Luther King, le quartier est devenu un ghetto, un couloir pour la drogue. C'était très effrayant", décrit-elle.

L'arrivée du métro, un nouveau souffle pour le quartier

Stacie est formelle, ce qui a sauvé le voisinage c'est l'arrivée du transport en commun souterrain : "Avec l'installation du métro, les prix immobiliers se sont envolés, de nouvelles personnes issues de diverses communautés culturelles sont arrivées." Une information confirmée par Virginia : "En 1958, on ne voyait pas d'étrangers ici." Les nouveaux habitants ont permis une re-dynamisation des rues autour du U street en lançant de nouveaux commerces.

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Julian Everett, coiffeur-barbier pour hommes de la rue U street

Quelques mètres plus loin sur le même trottoir, Julian Everett est l'un de ces nouveaux visages. Il a ouvert son commerce en tant que coiffeur-barbier pour hommes, il y a un an. Lui-même remarque un changement démographique, encore perceptible aujourd'hui. "De plus de plus de personnes aisées, de tous horizons, investissent dans le quartier, ce qui est bon pour mon business. Je voulais, moi aussi, faire partie de cette nouvelle croissance économique."

Yelen Bonhomme-Allard & Aliénor Vinçotte

 

Les recherches sur le suicide en plein boom depuis la sortie de "13 Reasons Why"

La série très controversée 13 Reasons Why aurait entraîné une augmentation des recherches sur le suicide sur Google depuis sa diffusion sur Netflix. 

"Comment mettre fin à ses jours ?" Depuis la sortie de la série télévisée 13 Reasons Why (13 Raisons Pourquoi en français) sur Netflix, - dont l'héroïne raconte, à travers des cassettes audio, comment et pour quels motifs elle s'est donnée la mort - les recherches sur les manières de s'enlever la vie ont augmenté de 26% sur Google.

Une étude publiée le lundi 31 juillet, dans le Journal of the American Medical Association, Internal Medicine dévoile un constat alarmant : durant les 19 jours qui ont suivi la diffusion de la série, les recherches sur le net incluant les mots clés "se suicider" ont augmenté de 19%, soit 900 000 à 1,5 million d'intérêts de plus que d'ordinaire. Si l'expression "Comment mettre fin à ses jours" a connu une hausse de 9%, la formule "Comment se suicider" bat tous les records avec un bond de 26%.

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Estimations des renseignements sur le suicide entre le 31 mars et 18 avril 2017.

Dans la présentation de son étude, l'équipe de chercheurs explique n'avoir conservé que les données engendrées entre le 31 mars, premier jour de diffusion, et le 18 avril : "La date de fin a été choisie dans le but de précéder le suicide du joueur de football américain Aaron Hernandez le 19 avril 2017, de sorte que nos estimations ne soient pas erronées".

Quand la réalité rattrape la fiction 

Dès sa sortie, la série avait rencontré un énorme succès auprès des moins de 18 ans. Ses détracteurs l'avaient accusé de glorifier et de banaliser le suicide à l'égard des adolescents. Toutefois, les chercheurs n'ont pas pu confirmer si ces derniers étaient à l'origine de l'augmentation des recherches sur internet, ni de démontrer une hausse des suicides depuis la diffusion des épisodes. Les supporters de la série soutenaient quant à eux qu'elle aurait mis la lumière sur l'intimidation et le harcèlement sexuel, fléaux au sein des établissements scolaires.

Des incidents ont cependant laissé croire que 13 Reasons Why aurait eu une influence négative sur certains jeunes. En juin dernier, Franco Alonso Lazo Medrano, un Péruvien de 23 ans, s'était défenestré depuis le quatrième étage de son immeuble. Un chagrin d'amour avait motivé le jeune homme à mettre fin à ses jours. La police avait alors découvert deux lettres dans son  appartement, l'une adressée à une certaine Claudia dont il était amoureux ; l'autre contenait des instructions et des noms de personnes pour lesquelles des cassettes audio avaient été préalablement enregistrées.

Yelen BONHOMME-ALLARD


À la recherche des perles bleues, trésor colonial de Saint-Eustache

Cette semaine, nous vous emmenons au coeur des Caraïbes, sur l'île volcanique de Saint-Eustache, petit territoire néerlandais. Très peu connue des touristes, l'île cache en ses eaux claires de petites perles bleues, symbole de la liberté retrouvée après l'abolition de l'esclavage. 

Saint-Eustache est une île des Caraïbes, territoire néerlandais d'outre-mer, qui fait partie des petites Antilles. Elle est située au sud de Saint-Martin et au nord-ouest de la Guadeloupe. Ce petit bout de terre, aperçu par Christophe Colomb en 1493, a changé 22 fois de puissance coloniale au cours des 150 années qui ont suivi.

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Depuis 1784, Saint-Eustache appartient aux Pays-Bas. Le néerlandais et l'anglais y sont reconnus comme langues officielles. Selon un recensement effectué en 2010, 2 886 habitants peuplaient l'îlot volcanique contre 3 300 en 2007. La majorité de la population est composée de descendants d'esclaves noirs africains.

Contrairement aux Antilles françaises, le tourisme est très peu développé à Saint-Eustache. Le lieu est surtout connu des plongeurs en quête des légendaires perles bleues, dispersées dans les profondeurs des eaux turquoises.

Au XVIIIe siècle, et ce durant 200 ans, ces petites billes bleues à cinq facettes ont servi de monnaie d'échange entre les esclaves. Plus un esclave était important, plus il en possédait. Après l'abolition de l'esclavage, prononcée au XIXe siècle, les domestiques - achetés pour la majorité en Afrique - ont jeté ces pierres à la mer en guise de symbole de leur libération.

Aujourd'hui, les perles se font rares car le gouvernement néerlandais autorise ceux qui en trouvent à les garder. Mais l'espoir de mettre un jour la main dessus séduit encore les amateurs de plongée.

Reportage de Jacques Cardoze, Régis Massini et Andréane Williams

"Ma transsexualité n'a pas déterminé mon choix de carrière"

Darla Lannert, transsexuelle de 64 ans, a porté son ancien prénom d'homme durant 49 années, dont 3 pendant son service dans la marine américaine. Depuis l'annonce de Donald Trump, mercredi, interdisant l'accès aux personnes transgenres dans l'armée, l'ancienne militaire du Wisconsin ne décolère pas. 

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Lors de son entrée dans la marine en 1970, Darla portait encore son nom de garçon, Rick.

Comment avez-vous reçu l'annonce de Donald Trump ? 

J'étais sous le choc car cette déclaration n'est rien de plus qu'un acte discriminatoire contre une population déjà marginalisée.

Etre transgenre n'a aucun rapport avec notre travail. Si je me suis engagée dans la marine, c'était par amour pour mon pays. Je voulais me rendre utile en le protégeant. Ma transsexualité n'a pas déterminé mon choix de carrière.

Publier ce dossier sur Twitter était-il un acte approprié ?

Outre l'annonce elle-même, c'est la façon dont le président l'a communiquée qui me scandalise le plus. Trois tweets sur internet... j'ai l'impression de voir mon petit-fils de 8 ans derrière son ordinateur en train d'écrire des sottises, sans même penser aux conséquences de ses actes. Le comportement insensé de Donald Trump donne l'impression qu'il s'est réveillé un matin en se disant : "Je vais twitter quelque chose de stupide et on verra bien les réactions que cela va susciter". C'est le président des Etats-Unis tout de même ! Son attitude est vraiment irrespectueuse envers le peuple américain et, en particulier, la communauté transsexuelle.

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En 2002, Darla a jeté ses affaires d'homme et assumé au grand jour son identité de femme.

Le principal motif évoqué par Donald Trump est le coût financier, cela vous semble justifié ? 

Mon dieu, non ! Officiellement, il y aurait actuellement environ 15 000 personnes transgenres en service dans l'armée. Le coût de leurs traitements hormonaux s'élève à 8 millions de dollars par an. Cette somme ne représente qu'un faible pourcentage du budget de l'armée.

Chacun vit différemment sa transition. La plupart des transgenres n'ont pas recours au changement de sexe, possible grâce à une opération chirurgicale. Il faut compter entre 25 000 et 30 000 dollars (21 000 à 25 000 euros) sans prise en charge de la part des assurances. Un tel montant freine forcément les petits porte-monnaie.

La Marine est un monde réputé viril, comment y avez-vous vécu votre transsexualité ? 

J'ai servi mon pays dans le silence et le secret. Je me suis engagée à 17 ans, en janvier 1970, pendant trois ans dont 20 mois au Vietnam. Je n'ai jamais parlé de ma transsexualité à qui que ce soit jusqu'en 2002. J'avais peur pour ma vie, d'être tuée, mais également d'être exclue de la Marine sans ménagement. J'ai aussi été victime de maltraitance et d'abus sexuels en exercice.

De mon temps, le sujet était tabou et méconnu. Je n'avais pas les mots pour décrire ce que je ressentais. J'avais ce sentiment d'être la seule personne dans ce cas et que personne ne pouvait me comprendre. J'ai peut-être rencontré des personnes transgenres pendant mon service. Je ne sais pas. Elles ont gardé le silence, comme moi.

Yelen BONHOMME-ALLARD

Ni homme, ni femme, depuis un mois Nic Sakurai est un X dans la société

Depuis un mois, le 27 juin exactement, Washington D.C est devenue la première ville américaine à autoriser les cartes d'identité neutres, autrement dit sans marque genrée. Une semaine plus tard, l'État de l'Oregon lui a emboîté le pas. Nic Sakurai, habitant de la capitale, en a été le premier bénéficiaire aux États-Unis. Rencontre.

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Nic Sakurai, premier détenteur d'une carte d'identité non genrée

Une lettre peut changer une vie. C'est l'expérience que vit Nic Sakurai depuis un mois. Sur sa future carte d'identité, la lettre intiale « M » pour masculin, va se transformer en un « X » impersonnel. Une modification simple en apparence, mais synonyme de victoire pour cet Américain de 36 ans. « Je suis vraiment excité à l'idée que le gouvernement me reconnaisse tel que je suis. Mais surtout qu'il prenne en considération l'existence de plusieurs genres », confie ce directeur du bureau Lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres (LGBT) à l'Université du Maryland.

Pour l'instant, seule une feuille de papier délivrée par le Département des véhicules à moteur (DMV) de Washington D.C, atteste officiellement de son identité neutre - cela prend généralement plusieurs semaines avant de recevoir la carte en plastique - mais Nic possède d'autres documents prouvant son ancienne identité d'homme, si besoin.

La dépersonnalisation de tout identifieur genré découle d'une longue réflexion personnelle, dont les racines se forment dès son jeune âge. L'évocation de cette période laisse Nic songeur.

Ni un homme, ni une femme

Adolescent, Nic fréquente un lycée catholique pour garçons dans l'Ohio. Les interrogations quant à sa masculanité prennent de plus en plus d'importance, au point que l'Américain annonce publiquement son homosexualité après son baccalauréat dans les années 90. « J'ai très vite compris que mon rapport au genre était différent mais je n'avais pas les mots appropriés pour en parler. J'utilisais le mot « genderqueer » (terme qui signifie ni masculin ni féminin) pour qualifier ma sexualité et mon genre, car mon identité est la combinaison de ces deux éléments », se souvient le trentenaire, au style vestimentaire soigné.

Nic emprunte par la suite le terme « genre variant », avant de découvrir l'expression « genre non-binaire », adoptée et popularisée par la communauté. « Je ne me suis pas réveillé un jour en me disant : je suis ça, explique ce défenseur des droits LGBT. Lorsque le sujet était abordé dans les conversations, je disais 'je ne suis pas un homme, mais je ne suis pas une femme non plus'. En fait, je sais ce que je ne suis pas ».

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Dans la lignée de cette pensée, Nic n'utilise désormais plus les pronoms «il » ou « son » pour parler de sa personne mais « ille » et « san », issus du langage neutre . De la même façon, cet habitant de la capitale américaine a banni le titre « Mr » au profit de « Mixte » représenté par « Mx » sur certains formulaires sur internet. « Parfois, même si les gens doivent choisir, ils ont le choix de ne rien sélectionner. C'est bien mieux que de choisir quelque chose qui n'est pas vrai », déplore Nic.

Le troisième genre intégré au sein des sociétés 

Le troisième genre occupe une place importante dans le monde contemporain. Et bien que la société thaïlandaise soit connue pour sa tolérance envers le troisième sexe, elle ne fait pas figure d'exception. En 2011, l'Australie a autorisé l'alternative de la lettre X sur les passeports des personnes transgenres ou transsexuelles, suivie de près par la Nouvelle-Zélande, en 2012, et Malte, l'année suivante.

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Au début de l'été, Washington D.C et l'Oregon - et peut-être bientôt la Californie - sont devenus les premières administrations américaines à reconnaître l'existence de plusieurs genres. En s'acquittant de la somme de 20 dollars - frais liés au processus de renouvellement - les habitants peuvent désormais modifier leur carte d'identité sans fournir aucune justification. Nic espère étendre cette modification à tous ses documents officiels : "Ils deviendront enfin authentiques et reflèteront qui je suis vraiment. Pour le moment, mon identité n'est qu'un mensonge".

Yelen BONHOMME-ALLARD

Le Far West se vide de ses derniers cowboys

Cette semaine nous vous emmenons dans l'Ouest, sur la trace des derniers cowboys, icônes de l'Amérique. En 50 ans, leur nombre a été divisé par quatre.

On les reconnaît à leur silhouette, chapeau vissé sur la tête et veste en cuir sur le dos. Les cowboys sont les icônes de l'Amérique. Ces hommes de l'Ouest, souvent solitaires, ont fait le bonheur des westerns. Mais aujourd'hui, leur destin n'est plus assuré.

Sur le dos de leur monture, les cowboys travaillent plusieurs heures par jour pour rassembler leurs troupeaux sur les hauts plateaux du Colorado. Mais aujourd'hui, ces cavaliers de l'Amérique sont menacés par l'élevage intensif des ranchs industriels. Leur présence représente une concurrence inégale impactant fortement le prix de la viande sur le marché.  

Les cowboys traditionnels, autrefois perçus comme des "bad boys" virils, ne font pas le poids. Sans compter que les générations futures ne souhaitent pas reprendre l'héritage des ranchs d'élevage. Les cowboys sont alors contraints de vendre leurs propriétés à de riches acquéreurs qui n'ont que faire du patrimoine passé. Ces derniers transforment les grands espaces en complexes luxueux où le bétail a quasiment disparu.

Reportage de Valérie Astruc, Thomas Porlon, Andréane Williams et Arielle Monange 

Du gazon à la prison, O.J Simpson court vers la libération

L'ancienne star des terrains de football américain, va être relâchée par anticipation, en octobre prochain, a annoncé aujourd'hui la justice américaine. O.J Simpson a passé 9 ans derrière les barreaux, suite à son arrestation pour vol à main armée, commis en 2007.

O.J Simpson, le meilleur athlète de sa génération 

Dec 16, 1973; Flushing, NY, USA; FILE PHOTO; Buffalo Bills running back O.J. Simpson (32) carries the ball against New York Jets defenders Delles Howell (20) and Ralph Baker (51) at Shea Stadium. During this game Simpson broke the single season NFL rushing record with 2003 yards. Mandatory Credit: Tony Tomsic-USA TODAY NETWORK

© Photo : Tony Tomsic-USA TODAY NETWORK

Orenthal James Simpson, plus connu sous le nom de O.J Simpson, est un ancien joueur professionnel de football américain, des années 70. À la fin de son parcours universitaire, le running back est sectionné en première position de la draft 1969 de la Ligue Nationale de Football (NFL) par les Bills de Buffalo. Il signe alors le contrat le plus lucratif pour un joueur de football américain de l'époque.

Au début des années 80, O.J Simpson prend alors sa retraite. Il se réoriente vers le cinéma à Hollywood et s'illustre également en tant que commentateur sportif.

De la pelouse à la prison 

En 2008, l'ex-star est arrêtée pour vol à main armée, agression et enlèvement. En septembre 2007, Simpson s’était rendu avec des complices dans un hôtel-casino de Las Vegas pour voler des souvenirs de sa carrière de joueur. Selon lui, il tentait seulement de récupérer ces objets qui lui avaient été volés par les deux vendeurs agressés. L'athlète a alors été condamné à 33 ans de prison. Mais aujourd'hui, après 9 ans passés derrière les barreaux, la justice a décidé de libérer O.J Simpson plus tôt que prévu. Il pourra rentrer chez lui, en octobre prochain.

"J'ai fait mon temps, a déclaré devant la cour, l'ancien joueur qui souhaite rattraper le temps perdu auprès de ses quatre enfants. Je ne me suis jamais plaint pendant neuf ans. J'ai essayé de me rendre utile (en prison), en épaulant les autres prisonniers."

Un nom entaché par les affaires judiciaires

Le nom de l'ex-star a également été mêlé à une affaire beaucoup plus sanglante. Le 13 juin 1994, les corps de son ex- femme, Nicole Brown - divorcée du sportif depuis deux ans pour violences conjugales - et celui de l'ami de celle-ci, Ronald Goldman, sont découverts sans vie. La première a été étranglée tandis que son ami a été lacéré de trente coups de couteau. En se rendant au domicile d'O.J Simpson, situé dans les beaux quartiers de Los Angeles, les enquêteurs découvrent un gant en cuir tâché de sang dans le jardin du sportif, lui-même absent.

Quelques jours plus tard, le 17 juin, alors que la somptueuse résidence est en état de siège par les journalistes et la police, O.J Simpson décide de ne pas se rendre au commissariat et prend la fuite à bord de la voiture d'un ami. Les forces de sécurité sont à ses trousses, faisant de l'ex-star un fugitif. Celui-ci se laisse finalement interpeller, filmé en direct par les hélicoptères des télévisons.

Finalement, au terme d'un procès de onze mois, O.J Simpson est acquitté du double meurtre, provocant de vives réactions. Beaucoup affirment que sa notoriété et sa richesse lui ont permis d'éviter la case prison.

Yelen BONHOMME-ALLARD

Les diners, la fin d’une tradition à New-York

Nous avons emmenons cette semaine au coeur de New-York, la ville qui ne dort jamais. Face à la rénovation urbaine et aux changements alimentaires, la tradition des diners se perd, au grand dam des touristes. 

Le Stardust, situé au coeur du quartier de Times Square, est le deuxième restaurant le plus fréquenté de la "grosse pomme". Les curieux s'y pressent tous les jours pour le déjeuner ou le diner. La file d'attente, de plusieurs heures parfois, est loin de décourager les plus téméraires. À l'intérieur, entre le ballet des plats, les serveurs assurent le divertissement des clients. Chants, danse et lancer de confettis pour le final forgent la réputation du lieu. Une chose est certaine : on y vient plus pour le spectacle, que pour les conversations en tête à tête.

Mais tous les diners ne se targuent pas d'une telle notoriété. Le Square Diner, par exemple, est plus authentique. La tradition familiale prime. Le propriétaire a quitté la Grèce il y a 50 ans, "comme un simple immigré", précise son fils. À la plonge, puis derrière les fourneaux, le responsable a gravi les échelons avant de racheter l'affaire et le terrain à son ancien patron. Depuis rien a changé, et c'est justement ce look rétro que les touristes apprécient.

Grâce à leur image vintage, les diners sont régulièrement les décors de nombreux films et séries américains. Les cinéphiles se souviendront de Happy Days dans les années 70 et 80, ou Goodfellas (Les Apprentis en français). Auparavant, ces restaurants étaient fréquentés par la classe ouvrière mais les changements alimentaires actuels ont eu raison de ces établissements. Leur nombre a considérablement baissé, à tel point que les diners se font rares dans le paysage américain, notamment dans les mégapoles.

Reportage de Jacques Cardoze, Laurent Desbois et Andréane Williams