Deux policiers poignardés en Tunisie: la presse s'interroge

Sur les lieux de l'attaque au couteau contre deux policiers le 1er novembre 2017 (AFP - Yassine Gaidi / Anadolu Agency

Au lendemain de l’agression, près du Parlement à Tunis, contre deux policiers poignardés par un jeune homme, «adepte de la pensée extrémiste», selon les autorités, la presse s’interrogeait le 2 novembre 2017 sur la nature et la portée de l’acte terroriste. Tout en se demandant si celui qui l’a commis est un «loup solitaire». L’une de ses deux victimes a succombé à ses blessures.

Dès le 1er novembre, le ministère de l’Intérieur a rendu publique l’identité de l’auteur de l’attaque : il s’agit de Zied Ben Salem Gharbi, né en 1992. L’homme a été arrêté et interrogé dès son interpellation. Selon le site webmanager.com, une vidéo amateur le représentant a été «partagée en masse sur les réseaux sociaux». La vidéo n’est plus accessible sur internet. Le site affirme que l’homme y «donne des détails sur l’opération». «Il déclare qu’il s’est levé tôt pour faire sa prière. Par la suite, il a pris le bus, à 7h, pour se diriger vers Le Bardo», ville proche de Tunis où a eu lieu l’attaque contre les policiers. Il se serait ensuite précipité contre eux en criant «Allahou Akbar» («Dieu est grand») et «Taghout» («taghout», pluriel «tawaghit», terme signifiant «tyran» en arabe et utilisé par la mouvance extrémiste pour qualifier policiers et militaires, rappelle Géopolis).

Zied Ben Salem Gharbi, était inaccessible sur internet le 2 novembre 2017. (capture d'écran du site directinfo.webmanagercnter.com) )

Zied Ben Salem Gharbi, était inaccessible sur internet le 2 novembre 2017.
(capture d'écran du site directinfo.webmanagercnter.com) )

Zied Ben Salem Gharbi n’avait apparemment «pas d’antécédents», «n’était pas connu» des services de sécurité. Et il n’était, semble-t-il, «pas motorisé», va jusqu’à préciser mosaïquefm… Selon La Presse, plus grand quotidien francophone de Tunisie, «on a saisi sur lui une liste de personnalités qu’il envisageait d’assassiner», et «il a avoué vouloir rejoindre les groupes terroristes en Libye». Leaders.com observe certains des symboles de l’attaque : celle-ci a eu lieu près de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), le Parlement, «à trois semaines de la commémoration de l’attentat perpétré il y a deux ans (…) contre des éléments de la Garde présidentielle (…), au centre-ville de Tunis, faisant 12 morts.»

«Loup solitaire», ou pas ?
D’où la conclusion (hâtive ?) de webdo.tn : l’homme est un «loup solitaire». Autrement dit : sans attache et qui agirait seul. Une conclusion qu’aucun élément de l’enquête n’est venu pour l’instant confirmer ou infirmer.

Un «loup solitaire» qui «a reconnu son adhésion à l’esprit takfiriste (tendance salafiste, NDLR), depuis trois ans». «Il considère que les agents de police sont des taghout et (que) leur assassinat est une forme de djihadisme», rappelle mosaiquefm.net.

S’il s’agit d’un «loup solitaire», ce serait la preuve, selon webdo.tn, que «le terrorisme désarmé, vaincu, amoindri, mis hors d’état de nuire dans ses steppes, ses montagnes et ses forêts, se rabat donc sur ces attaques isolées, employant des armes et des procédés rudimentaires». La preuve aussi que la Tunisie, «ce petit pays, flamme vacillante d’une bougie prise dans un courant d’air géopolitique complexe, dernier rescapé d’un printemps arabe qui pue le souffre et le sang, a su rester debout et résister aux innombrables coups de poignard qui fusent de toute part».

Pour autant, les difficultés qu’a le pays à organiser les procès des attaques de Sousse et et du musée du Bardo (2015), reportés à plusieurs reprises ces derniers mois, ne plaident pas forcément pour la thèse d’un combat victorieux des autorités tunisienne contre le terrorisme… Le procès de l’affaire du musée a ainsi été reporté pour la seconde fois le jour même de l’attaque contre les deux policiers. Ce que la presse tunisienne ne relève guère.

De son côté, leaders.com pense que «l’histoire des loups solitaires ne saurait plus convaincre personne». Pour ce site, «si l’enquête qui vient juste de commencer ne livre pas encore ses premières conclusions, l’accusation va droit contre le salafisme terroriste qui est loin de lâcher prise.»

Un policier sécurise la zone du Bardo où s'est produite l'attaque au couteau contre deux policiers au Bardo, près du Parlement, le 1er novembre 2017 (Yassine Gaidi / Anadolu Agency / AP / SIPA)

Un policier sécurise la zone du Bardo où s'est produite l'attaque au couteau contre deux policiers au Bardo, près du Parlement, le 1er novembre 2017 (Yassine Gaidi / Anadolu Agency / AP / SIPA)

Les propos de Rached Ghannouchi
Une chose est sûre : «‘‘les semeurs de mort’’ n’ont pas désarmé en dépit des réussites engrangées, ces derniers mois, par les forces de sécurité et de l’armée qui sont parvenues à dévoiler des centaines de cellules dites djihadistes», explique La Presse. Ces opérations auraient ainsi «touché de nombreux trafiquants et dealers qui ont avoué avoir des relations rapprochées avec les terroristes des cellules dormantes». Les responsables de la lutte anti-djihadiste auraient «compris que la contrebande et le terrorisme sont interdépendants».

Mais au-delà, le quotidien tunisois se pose d’autres questions. A commencer par celle de savoir s’il existe «un rapport quelconque entre la crise politique qui sévit dans le pays» et «l’acte terroriste» du 1er novembre. Et une autre, plutôt troublante : «Faut-il inscrire l’acte terroriste (…) dans les prophéties révélées, samedi (28 octobre), par Rached Ghannouchi (leader du parti islamiste Ennahda) aux journalistes à qui il disait s’attendre à ’‘des événements tragiques pouvant survenir d’un moment à l’autre au cas où les tiraillements divisant la classe politique se poursuivraient’’ . Et La Presse d’ajouter : «Certains commentateurs, y compris parmi ceux qui ont assisté à la rencontre-confidence avec Ghannouchi, n’ont pas hésité à dire que le président d’Ennahdha ne parlait pas dans le vide et avait sûrement des informations confidentielles qu’il aurait glanées lors de ses rencontres suivies avec les ambassadeurs des grandes puissances à Tunis.»

Lire aussi: «Tunisie: deux policiers poignardés devant le Parlement par un extrémiste» 

Publié par Laurent Ribabeau Dumas / Catégories : Non classé