Une journée de grève au BTU

Le BTU, c'est bout de chaîne à l'usine. Le bâtiment est situé après celui du montage, l'ambiance change, la lumière est plus crue, le sol plus propre. Au BTU, il y a beaucoup de "professionnels" des ouvriers qualifiés en charge d'analyser la qualité des voitures qui vont sortir de l'usine.

Dans la bande de Mathieu, certains sont en grève, d'autres pas. Greg,Thierry, Olivier ou Philippe, ne se quittent pas. Ils sont copains à l'usine et en dehors. En grève ou pas. Aucun n'est syndiqué. Les uns vont aux assemblées générales, s'affichent dans les manifestations ou les collectes de fonds, les autres gardent le "bleu de travail" et ne débrayent pas. Mais ils se retrouvent toujours ensemble pour boire le café ou tuer le temps. Car grévistes ou non grévistes, personne ne travaille à l'usine PSA d'Aulnay si ce n'est quelques cadres qui tentent à intervalles réguliers de faire redémarrer la chaîne.

Mathieu, travaille à Aulnay depuis 10 ans, il a voyagé dans le groupe, Poissy, Rennes et même l'usine de Kalouga en Russie. Mais aucune ne ressemble à Aulnay. Ici l'ambiance est unique : "Franchement elle est magnifique cette usine, c'est le top" s'exclame-t-il. Mais pour l'heure, ils est dégoûté, trop de mensonges : "C'est un peu comme si ma femme m'avait trompé, on s'est fait tromper par la direction et maintenant par les syndicats soit disant majoritaires, ils prennent des décisions, ils parlent pour nous et on les voit jamais dans l'usine" s'énerve Mathieu mais l'éclat de rire n'est jamais bien loin.

Ce matin là, il s'agissait d'aller convaincre les non grévistes de se joindre à la sortie de l'après midi devant la direction générale du travail à Bobigny. Une manifestation pour soutenir les représentants du personnels, toujours en discussion avec la direction de PSA autour d'un médiateur.

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La décision a été prise en assemblée générale. Par petits groupes les grévistes vont à la rencontre des non grévistes. Mathieu et ses potes sont, bien sûr, candidats pour le BTU, c'est "chez eux" derrière Agathe, délégué CGT. Les non grévistes veulent rarement prendre la parole, ils écoutent en silence. Hors micro, beaucoup confient qu'ils n'ont pas les moyens financiers de faire grève. D'autres sont des grévistes ponctuels, quelques jours dans le mois. Alors Mathieu a entrepris, lui aussi, de convaincre ses camarades de "sortir".

À Aulnay "sortir" signifie se mettre en grève pour manifester.

 

 

 

 

C'est l'heure de la pause café. Mathieu, Thierry et Greg et toute la petite bande, grévistes ou pas, vont se retrouver pour décompresser "là bas on parle de la grève et ici d'autres choses" nous confie Greg. Ici, c'est l'UEP (Unité élémentaire de production), des bulles vitrées qui longent les ateliers. C'est là que tous les matins se tiennent les briefings quotidiens de la direction avant de démarrer les chaînes. En temps de grève ce sont devenues des aires de repos.

 

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Eux, ils ont passé en moyenne une douzaine d'années dans l'usine, ils ont entre 30 et 40 ans. Aucun n'est vraiment inquiet sur l'avenir : "On est des travailleurs, on trouvera du travail y a pas de raisons on a tous des diplômes et un métier dans les mains, mais pour moi PSA c'est fini" explique Greg, il veut tourner la page.

Olivier et Phiippe préfèrent attendre pour voir. Denis Martin, directeur industriel du groupe automobile, a annoncé, que "plus de 3 500 possibilités d’emploi" seraient proposées aux ouvriers d'Aulnay. Ils vont tenter leur chance. Olivier, non gréviste,  attend la signature du PSE (Plan de Sauvegarde de l'Emploi) et les propositions de PSA pour prendre sa décision.

Greg et Thierry ne croient pas à cette nouvelle promesse : "On ne peut pas leur faire confiance, 3 500 emplois dans le groupe, moi j'y crois pas. Ils font espérer qu'il y aura des postes mais il n'y aura rien au final, vous savez ils ne devaient pas fermer l'usine, c'est pareil, tant que ce sera pas écrit, ce ne sont que des effets d'annonces" renchérit Greg.

Et puis il y  ces cadres venus pour les surveiller, Thierry ne décolère pas : "Je ne viens pas au boulot  pour me faire surveiller par des cadres, on fait grève, on a le droit, on  nous enlève notre travail on a rien cassé on ne fait rien de mal ça me donne pas pas envie de reprendre le travail et encore moins de continuer à travailler pour PSA"

Lorsqu'on leur demande si malgré tout, il garderont de bons souvenirs de l'usine, en cœur ils répondent oui, l'amitié, la solidarité : "C'est ça qui sera le plus difficile à quitter".

 

 

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