La BD de la semaine : "Hope One", dans l'espace, personne ne vous entendra paniquer

Peut-être avez-vous vu le film Passengers, avec Chris Pratt et Jennifer Lawrence qui se réveillent au beau milieu d'un voyage dans l'espace, seuls survivants d'une mise en sommeil qui a mal tourné. Ce scénario tournait depuis longtemps à Hollywood, mais personne n'osait mettre en chantier un tel projet, considéré comme difficilement rentable même avec deux énormes stars à l'affiche. Cette place sur la blacklist était méritée : le film est raté et n'a pas rempli les salles. Quelques années plus tard, 'Fane (à qui l'on doit le formidable diptyque Streamliner) revisite ce thème dans Hope One, mais avec autrement plus de brio.

Ça parle de quoi ?

"Megan ? Vous êtes réveillée Megan. Prenez votre temps. N'essayez pas de vous lever tout de suite. Prenez le temps de retrouver vos sensations. Pliez et dépliez vos bras et vos jambes doucement. Vos capacités motrices vont revenir progressivement. Faites ça calmement, c'est l'affaire de quelques minutes." On se doute que Megan gamberge. Quand elle se réveille dans son caisson de cryogénisation, elle ne sait pas du tout où elle est. Ni pourquoi. Ni comment.

Quand elle met le nez dehors, elle tombe sur un Adam. Un type un peu enrobé à la mèche incertaine. Il lui explique qu'ils ont tous les deux été sélectionnés au début des années 1970 par l'ONU pour être envoyés dans un petit vaisseau spatial. But de la manœuvre : sauver ce qui peut l'être de l'humanité, au cas où éclaterait une guerre nucléaire. Ce qui n'a pas manqué d'arriver, les bombes nucléaires volant au-dessus de l'Atlantique quelques mois plus tard. Dans la hâte, douze vaisseaux Hope sont lancés. Réveil des occupants prévu quelques décennies plus tard. Sauf que les premiers échanges radio laissent craindre le pire. Et plus il essaie de la convaincre, moins Megan est convaincue par la version d'Adam...

Pourquoi on adore

Quel bonheur de retrouver le trait si particulier de 'Fane dans une histoire radicalement différente de son précédent album ! Son trait nerveux, parfois évanescent, sied à merveille à une histoire (pourtant assez statique, vu qu'elle se passe dans un espace clos) bourrée de faux-semblants. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il sait ménager ses effets pour semer le doute dans l'esprit du lecteur, qui est fortement tenté de suivre le raisonnement de Megan... avant de se demander si ce n'est pas elle qui débloque. Et cerise sur le gâteau, le dénouement de l'histoire est attendu pour le mois de juin. Quatre mois d'attente, juste de quoi éprouver nos nerfs vu le cliffhanger que l'auteur, sadique, glisse dans les dernières pages.

C'est pour vous si...

... vous avez trouvé, comme l'auteur de ses lignes, que Passengers avait gâché un postulat de base prometteur. Si vous aimez passer des vacances en ermite au milieu de nulle part. Si vous économisez pour vous offrir un ticket pour un des premiers vols touristiques dans l'espace. Si vous avez aimé Streamliner (éd. Rue de Sèvres). Si vous aimez la SF. Si vous pensez que la fin du monde est proche. Et si vous aimez être mené en bateau, même dans l'espace.

Hope one, tome 1 de 'Fane, éd. Comix Buro, 72 p., environ 15 euros.

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