Trois raisons de jouer à "Enterre-moi, mon amour" sur votre mobile (plutôt qu'à "Candy Crush")

Depuis 2011, plus de cinq millions de Syriens – près d’un quart des habitants – ont quitté leur pays en raison de la guerre civile qui le ravage. Après un énième bombardement de Homs en septembre 2015, Nour décide à son tour de tenter l’aventure en Europe. Cette jeune Syrienne est l’héroïne fictive d’Enterre-moi mon amour, un jeu vidéo interactif sur smartphone développé par le studio français The Pixel Hunt en co-production avec Figs et Arte. Une manière ludique et intelligente de s’intéresser au sort des réfugiés, trop souvent déshumanisés et réduits à de simples chiffres. Vous en doutez ? Pop Up’ vous explique pourquoi Enterre-moi, mon amour est un jeu important.

C’est instructif sans être prise de tête

Nous sommes le 4 mars 2016. Sur votre téléphone portable, vous recevez une photo (sous la forme d'une jolie illustration). C’est Nour, votre épouse qui s’apprête à quitter son pays, la Syrie. Pas rassurée, elle s’inquiète de ne pas voir arriver son chauffeur au point de rendez-vous. A vous de lui redonner confiance, ou, au contraire, de lui faire part de vos craintes. Vous voici dans la peau de Madj, son époux, contraint de rester en Syrie pour veiller sur le reste de votre famille.

Enterre-moi, mon amour est une fiction interactive qui se joue via une messagerie instantanée de type WhatsApp. Une interface simplissime qui vous place dans la peau de l'interlocuteur privilégié du personnage. Votre mission : la rassurer, la conseiller, l’informer et l’aiguiller au mieux dans son voyage, avec des réponses qui vous sont suggérées.

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La première étape de ce voyage qui doit la mener en Allemagne est Beyrouth, la capitale libanaise que Nour doit rejoindre en taxi afin d’embarquer pour la Turquie. Mais évidemment, les choses ne se déroulent pas comme prévu. Entre passeurs malveillants, polices locales zélées, bombardement et champs de mines, Nour va devoir éviter tous les écueils qui vont se présenter sur sa route. Pour mesurer l'avancement de son voyage, vous pouvez à tout moment consulter une carte vous indiquant où elle se trouve et le chemin qu’elle a parcouru. Conseiller téléphonique, vous êtes aussi son Google, qui l'informe des situations plus ou moins tendues dans les pays qu'elle traverse ou de la meilleure façon de réaliser une amputation.

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Quelques notes (sommaires) vous donnent des précisions sur les lieux où Nour est passée, comme le camp de Zaatari en Jordanie, dans lequel Nour séjourne une nuit. Ouvert en 2012, ce camp accueille en moyenne 80 000 réfugiés syriens, mais en a compté jusqu’à 200 000 au cours de l'été 2013. Les descriptions que Nour fait à Madj de ces quelques heures passées au sein de ce camp où l’on vit entassés, sans eau potable ni électricité, donnent une idée du quotidien de ces gens parqués depuis des années.

Car Enterre-moi mon amour n’invente rien. Les lecteurs assidus du monde.fr auront sûrement reconnu ce Grand format qui racontait le "Le voyage d’une migrante syrienne à travers son fil WhatsApp" en 2015. Le récit commençait par les mots d’une mère à sa fille : "Enterre-moi, mon amour". Cette expression, qui en arabe signifie : "Je t’aime, donc je veux mourir avant toi", est employée au moment de quitter des gens auxquels on tient. Plus qu'une inspiration pour le studio, qui a choisi de nommer les deux protagonistes de cette histoire conseillères éditoriales sur le jeu.

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Ça humanise "les migrants"

Hormis le défi de nous faire vivre en temps réel les difficultés auxquelles sont confrontés les migrants qui tentent de fuir leur pays, Enterre-moi, mon amour réussit quelque chose que peu de documentaires ont montré jusqu’à présent. Nour et Madj sont comme nous. Avant d’être des Syriens en détresse, c’est un couple de jeunes adultes qui, en dépit de la gravité de la situation, plaisantent, font des selfies et utilisent les emojis pour faire passer leurs émotions.

Enterre-moi, mon amour est un jeu qui parle "de ce que ça signifie de devoir laisser derrière soi ses proches et ses biens, et de la difficulté de se faire une place dans un endroit où vous n’êtes pas le bienvenu" explique Florent Morin, son game designer à Polygon. "On aimerait que les joueurs réalisent qu’ils ont plus en commun avec ces deux jeunes Syriens qu’ils ne pourraient le penser" ajoute-t-il. C'est franchement réussi.

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Ce n’est pas un jeu chronophage

A moins de vouloir accélérer les choses (les préférences de réception des messages sont paramètrables), vos conversations avec Nour se déroulent en temps réel. Ainsi, il peut s’écouler près d’une journée avant que vous ne receviez de ses nouvelles, faute de réseau, de batterie sur son téléphone portable... ou simplement parce que Nour est occupée.

Ainsi, pour un périple d’une quinzaine de jours, comptez tout autant pour boucler le jeu, avec plusieurs sessions de quelques minutes uniquement par jour. Un jeu volontairement non chronophage, qui laisse au jouer le temps de réfléchir. Vous vous surprendrez même à ouvrir l’application après des heures d’inactivité, pour être certain de n’avoir pas raté un message important de Nour.

On reproche souvent aux jeux vidéo leur côté addictif et trop prenant. Enterre-moi, mon amour n’est pas de ceux-là, mais risque néanmoins de vous hanter longtemps après l’avoir terminé. Notez que dix-neuf fins différentes sont accessibles. Elles varient selon le moral de Nour, son budget et sa relation avec Madj. Le jeu est disponible en français et en anglais, mais également en allemand, en espagnol et en italien.

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Enterre-moi, mon amour est disponible au téléchargement sur IOS et Android depuis le 26 octobre pour 3,49 euros. Une introduction de 20 minutes racontant le quotidien de Nour avant son départ est accessible sur le site d'Arte et le jeu sera jouable sur le stand de l’éditeur lors de la Paris Games Week, porte de Versailles, du 1er au 5 novembre prochain.

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