"True Detective" : les bons et les mauvais points de la saison 2

Il n'est jamais simple de donner une suite à un chef-d'œuvre. Surtout quand il s'agit de recommencer à zéro. Nic Pizzolato a voulu faire de True Detective une anthologie, c'est-à-dire une série où les personnages principaux changent à chaque saison. Et pour son deuxième exercice sur HBO, l'écrivain/scénariste américain a plutôt déçu les téléspectateurs enthousiastes après une première saison unanimement acclamée. Alors que le huitième et dernier épisode a été diffusé dimanche 9 août aux Etats-Unis, et lundi en France sur OCS, Pop Up' dresse le bilan en demi-teinte de la saison 2 de True Detective.

Ce que l'on a apprécié

Vince Vaughn. On n'attendait pas l'ancien roi de la comédie américain dans un rôle de méchant. Pourtant, Vince Vaughn convainc en gangster classe, charismatique et à la violence latente. Parfois, l'arc narratif qui implique son personnage traîne en longueur, c'est vrai. Certaines scènes (toutes ?) avec Kelly Reilly pourraient avoir été coupées. Mais le personnage de Frank est celui qui sort le spectateur de la torpeur, parce qu'au fond, c'est lui qui veut savoir qui a tué Ben Casper, et qui lui a piqué un paquet d'argent. Les quelques morceaux de bravoure de cette saison 2 sont tous avec Vince Vaughn, quand il prend sa revanche ou quand on l'aperçoit pour la dernière fois.

Colin Farrell. Sur le retour, un peu comme Vince Vaughn, l'acteur, porté disparu depuis Total Recall, s'offre une seconde vie dans l'une des séries les plus attendues de l'année. Lui aussi s'en tire bien, en flic ripoux et père torturé. Il joue juste et fait de Ray Velcoro, son personnage, l'une des bonnes surprises de la saison. A voir s'il trouvera grâce à True Detective la rédemption à Hollywood.

Rachel McAdams. Habituée aux romcoms, l'actrice se montre badass dans le rôle d'Ani Bezzerides. Elle est d'ailleurs au centre de l'une des scènes les plus marquantes de cette saison (la scène d'infiltration dans le milieu des parties fines angelinos). Tant mieux.

Le générique. Des basses lourdes, une voix de crooner... Nevermind, de Leonard Cohen, plonge d'entrée le spectateur dans l'atmosphère sombre de True Detective. Puis les juxtapositions de paysages industriels aux regards noirs des personnages finissent de donner le ton. Très beau et très réussi.

Ce qui n'a pas marché

Tayor Kitsch. On aurait beaucoup aimé retrouver le Taylor Kitsch cool et rebelle de Friday Night Lights. En plus d'être injustement associé à l'un des pires bides de l'histoire du cinéma hollywoodien (John Carter), l'acteur figurera aussi au casting d'une des saisons télé les plus critiquées. Pas de chance. Il faut dire que son personnage d'ancien soldat, homo refoulé, accro à la moto est l'un des moins développé.

L'intrigue. Difficile de s'y retrouver dans l'enquête de Bezzerides, Velcoro et Woodrugh sur le meurtre de Ben Casper. Au fil de leurs recherches, les inspecteurs découvrent une vaste conspiration de puissants hommes d'affaires, sans que le téléspectateur en comprenne vraiment les tenants et les aboutissants. Du coup, les investigations peinent à passionner le public. Plus personne n'élabore de théories plus ou moins fumeuses sur l'identité du mystérieux Yellow King et la localisation de Carcosa. Preuve du scénario trop flou et alambiqué : les rebondissements un peu artificiels, à la fin de chaque épisode, comme des tentatives désespérées de donner envie de voir la suite.

L'ambiance californienne. Bye-bye la Louisiane de la saison 1, bonjour la banlieue de Los Angeles, ses bretelles d'autoroutes tortueuses et ses cités industrielles crasses. L'Amérique profonde du bayou a laissé place à un décor plus civilisé. Cela donne de jolis plans de coupe, avec des paysages de béton, mais l'ambiance lourde participe moins au ton qui a fait le succès de la série.

Les dialogues. Pas de personnage aussi barré que Rust Cohle = pas de conversations mystiques entre coéquipiers. Dommage.

Nic Pizzolato. "La sensibilité. Moi. Le crime, les enquêteurs, les intimités, les idées... Tout ça, c'est moi. Voici ce qui en fait la même série." Dans l'édition de juillet de Vanity Fair, Nic Pizzolato montre qu'il se fiche pas mal de ce que les fans peuvent penser ou avoir envie de voir – il devrait peut-être. True Detective est son œuvre, sa propriété. L'écrivain et scénariste refuse d'ailleurs d'écrire la série avec d'autres auteurs. En dépit d'un accueil critique assez sévère, le showrunner a reçu le soutien de la direction de HBO, la chaîne qui diffuse True Detective, comme le rappelle The Hollywood Reporter (en anglais). Bref, Nic Pizzolato a plutôt intérêt à pondre une saison 3 de bonne facture s'il veut retrouver son aura.

A lire aussi