Le bulletin de notes de la saison 3 de "Orange is the New Black"

Vous n'avez pas encore eu le temps de regarder la dernière saison d'Orange is the New Black, diffusée depuis le 12 juin sur Netflix ? Pop Up' l'a binge-watchée pour vous. Voilà ce que l'on a aimé, et détesté, dans cette saison 3, qui a su épicer le quotidien des détenues de la prison de Litchfield. Autant vous dire que cet article est ponctué bourré de spoilers.

Le trafic de culottes sales de Piper : 10/10

On n'imaginait pas Piper, petite bourgeoise tombée là un peu par hasard, en véritable criminelle. La voilà à la tête d'un business de culottes portées par les détenues, qu'elle fait sortir de la prison pour les vendre à des pervers. A 75 dollars la culotte, l'affaire est lucrative, suscite les jalousies et donne de la carrure à une Piper un peu trop mièvre. Son moment de gloire étant son formidable discours de motivation à l'adresse des codétenues qu'elle embarque dans ses magouilles.

La privatisation de la prison de Litchfield : 10/10

Sans réclamer le réalisme à tout prix, il manquait une dimension sociale à la prison de Litchfield. Cette saison met le doigt dessus, avec brio. Après des détournements de fonds et une gestion catastrophique, l'établissement sans le sou, désormais dirigé par Joe Caputo, est vendu à une entreprise privée. De quoi changer radicalement le quotidien des détenues et du personnel.

La bouffe, livrée en sacs de 10 litres, devient parfaitement infecte, la bibliothèque n'a plus un seul bon livre, les détenues doivent fabriquer des petites culottes, qu'elles n'ont pas le droit de porter, et le personnel nouvellement recruté - et  totalement inexpérimenté -, enchaîne les dérapages, voire les crimes.

Orange is the New Black pose un regard ouvertement critique sur la privatisation du milieu carcéral américain. C'est terrifiant, et d'un point de vue scénaristique, cela fonctionne très bien.

La lumière sur Chang : 8/10

Cette saison a mis en lumière un personnage dont on ne faisait qu'entrevoir la silhouette dans les deux saisons précédentes. Alors que la saison 2 faisait la part belle aux "vieilles", Red et Vee surtout, c'est la discrète Chang qui a ici retenu notre attention. On aime ses drôles de rituels, ses astuces pour faire sortir de la nourriture de la cantine, son portable caché pour mater en douce des films romantiques chinois et son filet de clémentines planqué derrière un grillage éventré. On aime aussi son sens de l'humour inattendu.

Les flash-backs sur sa jeunesse de campagnarde mal-aimée devenue cheffe d'une bande de loubards lui octroient encore plus de points badass.

La rédemption de Doggett : 8/10

Appartenant à la caste des white junkies de Litchfield, Tiffany "Pennsatucky" Doggett (Taryn Manning) était jusque-là à ranger dans la catégorie des "bad" détenues. Catholique extrémiste, ayant tenté de tuer Piper lors de la première saison, elle était celle qu'il était évident de détester, tant elle transpirait l'homophobie, le racisme et, plus généralement, la bêtise. Plus supportable depuis qu'elle s'est, enfin, fait refaire les dents dans la saison précédente (son sourire provoquait jusque-là des haut-le-cœur), "Pennsatucky" et son hoodie gris chiné finissent cette saison auréolés d'un nouveau statut. Les nombreux flashbacks qui témoignent de son passé sordide additionnés à une scène de viol plus contemporaine ne peuvent que provoquer notre empathie. "Doggett, tiens bon, on t'aime !"

 

Cinquante nuances de Crazy Eyes : 8/10

Il était temps ! Crazy Eyes n'est plus seulement la dingue de service. Après la mort de Vee (écrasée par Rose à la fin de la saison 2), Suzanne est toujours aussi dérangée, mais elle a trouvé un nouveau passe-temps : la littérature. Elle se lance dans l'écriture d'un roman de science-fiction érotique, inspirée par son monde intérieur - semble-t-il très riche - et les personnes qui l'entourent. Un livre qu'elle décrit comme "l'histoire de deux personnes qui se rencontrent, et qui rencontrent quatre autres personnes. Et des extra-terrestres".

Son roman lui accorde une belle notoriété et Crazy Eyes cumule les fans, impatientes de lire les chapitres qu'elle distribue au fil de son écriture. Une codétenue tombe même sous son charme. On aurait bien aimé, toutefois, en entendre de plus longs extraits, complètement barrés, lus par l'auteure herself.

Le genre selon Big Boo et Sophia : 8/10

Orange is the New Black s'était déjà démarquée par son aisance à aborder les questions de société sans détour. Avec des lesbiennes pour jouer des lesbiennes et une actrice trans dans le rôle d'une détenue trans, la série marquait des points. Elle conserve sa dynamique et poursuit son discours sur l'acceptation de soi dans cette saison.

Big Boo, jouée par l'excellente Lea DeLaria, en est le porte-voix. Son adolescence passée à lutter contre les préjugés de ses parents en fait un role model pour les jeunes homos qui voudraient sortir du placard. Et on est ravi qu'elle abandonne sa "tentative d'hétéroisation" et redevienne la butch qu'on adore, en réponse aux propos homophobes d'un prêtre. Son look d'hétéro nous aura quand même bien fait marrer.

 

De son côté, Sophia, détenue incarnée par la formidable Laverne Cox, offre un aperçu douloureux du quotidien des personnes trans. Relativement épargnée jusqu'à présent, elle devient victime de la violence à l'égard de cette minorité, quand des détenues la molestent pour savoir si elle a encore un pénis. Après l'incident, c'est elle qui est envoyée à l'isolement, "pour sa propre sécurité", alors que ses agresseuses s'en tirent. Une séquence à vous retourner l'estomac, mais c'est un mal est nécessaire.

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Le retour d'Alex Vause : 7/10

Absente de la saison 2, notre druglord préférée Alex Vause (Laura Prepon) est de retour à la case prison, après avoir enfreint sa liberté conditionnelle. Joie. Sa romance avec Piper nous a toujours bien plu et l'on avait hâte d'assister aux retrouvailles. Mais avec son œil de biche gonflé par un vilain coquard, Alex revient déprimée (et parano) à Litchfield et passe beaucoup trop de temps à se moucher sur l'épaule de Piper. Dommage.

 

La fausse joie finale : 7/10

C'est la lumière au bout du couloir. Ce grillage grand ouvert, ce grand bain joyeux, les rires des détenues et cette lumière caressante, ont séduit notre petit côté romantique. L'épisode final nous offre une belle fresque collective, qui rappelle que les filles de Litchfield sont toutes dans le même bateau.

Mais ces belles minutes de liberté non surveillée sont comptées. Car la vraie séquence finale n'augure rien de bon. L'installation de lits superposés dans les dortoirs et l'arrivage massif de nouvelles détenues promettent de compliquer encore un peu la vie de la prison. Mais aussi de voir de nouvelles têtes !

 

Le soufflé Ruby Rose : 2/10

Un point pour ses cheveux, un autre pour le tatouage ironique qu'elle inscrit à l'encre blanche sur le bras de Piper : "Trust no bitch". Alors que le mannequin était le principal argument de vente de Netflix pour promouvoir sa saison 3, son personnage et son jeu d'actrice se sont avérés décevants. D'autant qu'elle n'apparaît qu'à partir de l'épisode 6, donc à mi-saison. A Litchfield, il ne suffit pas d'être une bombe pour se faire une place au soleil. Bye-bye Ruby.

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Soso, so boring : 1/10

On ne comprend pas bien ce qu'elle fait là. Brook Soso, la petite bobo trop bavarde que personne n'aime, est le personnage le moins réussi de la série. Son arrivée dans la saison 2 n'était déjà pas folichonne, mais là, elle est carrément barbante. La fin de saison laisse entendre une romance à venir avec une codétenue en mal d'amour, mais l'équipe de Pop Up' est à deux doigts de lancer une pétition pour réclamer son départ, lassée de l'entendre geindre.

Elle gagne tout de même un point, pour cette réplique : "Je n'y peux rien si j'ai les cheveux de Pocahontas, et ce n'est pas ma faute si tu as choisi la drogue plutôt que tes dents."

Appréciation générale

Avec réussite, cette troisième saison de Orange is the New Black continue de mettre l'accent sur les seconds rôles de la série. En multipliant les flashbacks, les épisodes se concentrent davantage sur le passé des détenues, et plus spécifiquement sur les relations parents-enfants. Cette saison aurait d'ailleurs pu être sous-titrée : "Don't mess with your kids !", tant le message de la créatrice du show, Jenji Kohan, est limpide. Et si le scénario est globalement une réussite (la privatisation de la prison en fil rouge), certaines intrigues secondaires traînent des pieds (la dépression de Poussey, le speed-dating de Morello, les magouilles de Nicky...). Bref, pour éviter le syndrome Game of Thrones (trop de personnages, tue les personnages), on suggère au showrunner de OITNB la même tactique : sacrifier quelques actrices...

- Camille Caldini et Elodie Drouard

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