Mariage pour tous : et débrancher le #directAN

(MAXPPP)

Le sevrage commence. Après 109 heures et 20 minutes de discussions sur la loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe, les débats ont pris fin au petit matin, samedi 9 février. A 5h40, alors que le jour n'était pas encore levé, la 24e et dernière séance consacrée au texte a été levée par le président de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone.

Quitter les bancs inconfortables de la tribune réservée à la presse du palais Bourbon, sortir de l'Assemblée sous la pluie, et, dormir après avoir passé des jours et parfois des nuits à suivre les débats. Que restera-t-il de ces 11 jours de discussions enflammées sur le mariage pour tous ? Que retiendra l'histoire ? Au réveil, c'est une grande sensation de vide qui m'envahit. Et comme un manque. L'envie de remonter le fil des discussions sur le mot-dièse "directAN" sur Twitter, l'envie de se connecter sur le streaming de l'Assemblée nationale, l'envie de prendre la route pour le palais Bourbon, de s'asseoir sur ses fauteuils rouges, d'écouter et de regarder.

Exaspération, résignation, impatience

Pourtant, ces 11 jours n'ont pas été simples à vivre. Les débats ont souvent tourné en rond et les arguments ont été répétés, rabâchés  jusqu'à l'indigestion. Très souvent, nous avons assisté à un dialogue de sourds entre députés pro et anti-mariage pour tous. Je me suis souvent dit que le Parlement allait pâtir de l'image donnée par ces discussions. Des coups d'éclat, un jeu parlementaire théâtral voir caricatural, l'opposition cantonnée à une obstruction acharnée, une majorité réduite au silence par ses chefs qui ne voulaient pas rallonger les discussions...  Ajoutez à tout cela la fatigue, celle des parlementaires, mais aussi celles des journalistes et des nombreux observateurs, dans les tribunes, toujours pleine à craquer, et, sur le web, grâce au streaming et grâce à Twitter. Exaspérés ou résignés, on attendait donc la fin des discussions avec impatience.

Maintenant que nous en avons (provisoirement) fini, la nostalgie m'envahit. Pendant 11 jours, l'Assemblée nationale a été le théâtre de joutes oratoires mémorables. On se souviendra de grands discours, des personnalités qui ont marqué les discussions (Taubira, Mariton, en premier lieu), des moments de grâce, d'affrontements parfois violents, d'un certain nombre de dérapages, de fou-rires, de colères partagées... Si ces débats ont été autant suivis sur le net par tous les accros du direct, si Twitter est devenu le lieu pour "refaire le match", c'est aussi que ce projet de loi interroge nos valeurs, notre conception de la vie et de la famille. Il ne laisse personne indifférent. Et c'est presque une bouffée d'oxygène face à la guerre au Mali et aux chiffres du chômage.

Finalement, je me réjouis que ces discussions aient duré si longtemps. Que nos députés aient siégé jours, nuits et week-end, et, que nous les ayons suivis malgré l'épuisement et la lassitude. Chaque camp soutenait "ses" députés, les discussions ont réussi à tenir tout le monde en haleine, comme une grande bouffée d'air démocratique. Impressionnante par son caractère addictif. Et je me surprends aujourd'hui à avoir envie d'entendre Claude Bartolone dire pour la 242e fois : "La parole est à Hervé Mariton pour un rappel au règlement". 

 

PS : pour les intoxiqués du #directAN, vous pouvez revoir l'intégralité des plus de 109 heures de débats en vidéo sur le site de l'Assemblée nationale.

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