Jeanette Winterson : la tueuse de lapin est aussi un écrivain (dont on recommande la lecture)

Jeanette Winterson( © (c) Peter Peitsch / peitschphoto.com, )

La romancière britannique Jeanette Winterson a fait un tabac ces jours-ci avec ce tweet lapidaire : "Le lapin a mangé mon persil. Je mange le lapin" 

Comme raconté ici, s'en est suivi un déluge de tweets indignés. Outre-Manche, des âmes sensibles considérent le lapin comme trop mignon pour finir en ragoût. L'histoire a amusé en France où le lapin figure encore, à la moutarde ou aux olives, sur les cartes de restaurants traditionnels.

Ecorchée vive depuis l'enfance

Avouons-le, cette histoire de vengeance en plat qui se mange brûlant sert de prétexte idéal pour parler de Jeanette Winterson, écrivain de talent dont les romans sont traduits en France (aux éditions de l'Olivier).

En 2012, la journaliste du Monde Josyane Savigneau avait d'ailleurs consacré un émouvant portrait à cette romancière, rescapée d'une "enfance dévastée" avant de devenir une "icône féministe".

Une enfance que Jeanette Winterson a racontée dans Les oranges ne sont pas les seuls fruits, et surtout dans  Pourquoi être heureux quand on peut être normal. Abandonnée à la naissance par une mère ouvrière de 17 ans, elle a été adoptée bébé par un couple de pentecôtistes, à Manchester. Les livres,  interdits, et considérés comme le mal absolu, n'entraient pas dans la maison.

La petite fille surdouée qui y voit son refuge et son salut les emprunte par ordre alphabétique à la bibliothèque de son quartier. Les cache sous son matelas. Jusqu'au jour où sa mère aperçoit, qui dépasse du drap, Femmes amoureuses de DH Lawrence.

Horreur absolue pour la bigote, qui considère l'auteur de L'amant de Lady Chatterley comme "un sataniste doublé d'un pornographe". La mère adoptive fouille la chambre jusqu'à trouver tous les précieux volumes dissimulés. Les jette par la fenêtre, puis les brûle. De cet autodafé, Jeanette ne retient qu'une chose : "tout ce qui est à l'extérieur peut disparaître à tout moment. Il n'y a de sécurité que pour ce que l'on garde soi".

"Nous n'étions pas amantes. Nous étions l'amour".

La jeune fille aggrave définitivement son cas à quinze ans, en tombant amoureuse d'une autre adolescente, Helen. "Nous n'étions pas amantes, écrit-elle. Nous étions l'amour". Sa mère - bienvenue dans une certaine Angleterre des années 70 - tente de l'exorciser. La fait battre par un "ancien" qui tente au passage de la violer pour la ramener aux "bonnes moeurs".

Pour elle, c'est désormais une question de survie (mentale) : Jeanette s'enfuit. Vit d'expédients avant d'être admise à Oxford. Les barrières sociales franchies et la dépression vaincue, reste à trouver le chemin du bonheur : comment aimer quand on a grandi dans un foyer d'où l'affection était absente ?

Pourquoi être heureux quand on peut être normal, son autobiographie,  est l'histoire de cette quête, et d'une rédemption. Un conseil ? Ne lisez pas Jeanette Winterson en 140 signes. Lisez ses livres (édités en format poche). Ca tombe bien, les vacances d'été arrivent.

-> Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? ->  Les oranges ne sont pas les seuls fruits,  Jeanette Winterson (Points Seuil)

Ajout : Le combat locavore de Jeanette Winterson ne vaut pas uniquement pour le lapin, comme le montre cet autre tweet, du mois dernier :

(Il est temps de boycotter Amazon. pas de si ni de mais ! 4,2 millions de livres d'impôts sur 4,3 milliards de ventes. Légal, mais votre argent qui sort ne reviendra pas. Achetez local ! )

 

Publié par Anne Brigaudeau / Catégories : Actu

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